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« Voilement et Dévoilement » jusqu'au 25 novembre à l’Espace Diamant Ajaccio


Rédigé par le Mardi 8 Novembre 2016 à 23:15 | Modifié le Mercredi 9 Novembre 2016 - 09:20


Cette exposition organisée par l’association populaire des tunisiens de corse et amis (APTC et amis) invite à découvrir à travers les siècles et les pays méditerranéens le sens culturel et spirituel du « voilement dévoilement ».


« Voilement et Dévoilement » jusqu'au 25 novembre à l’Espace Diamant Ajaccio
Zerdalia Dahoiun l'évoque en ces termes
« J’ai vu cette exposition en 2014 en Algérie où je m’étais rendue pour participer en tant qu’intervenante à un colloque intitulé « l’islam au féminin, parole aux femmes, pour un islam de paix », où il a constamment été question de la place de la femme dans la société, de l’égalité homme-femme.
Cette exposition m’a marquée par plusieurs points :
Elle montre que la question du féminin et de sa place dans la société patriarcale qui a existé depuis l’aube de l’humanité.
Elle nous invite à un voyage dans le temps sur la question du voilement des femmes, à travers plusieurs cultures méditerranéennes, en passant par les trois monothéismes. Ce voyage, où le carcan patriarcal est présent, nous montre que le voile a été une tradition déclinée différemment selon les époques et les cultures ; ainsi par exemple, en déchiffrant des tablettes d’un roi assyrien datant de 12 000 ans avant JC, on découvre que pour ce roi, l’obligation de porter le voile avait pour but de distinguer les femmes ordinaires des esclaves ou des prostituées ».
 
La Corse et le voile
« Préparant l’édition d’un livre de photographies anciennes de mon village d’adoption corse, j’ai eu accès aux albums de famille et je me suis aperçue de deux choses importantes : la première c’est qu’il y a à peine une génération, sur les photographies contenues dans les albums de famille, un mezzaru couvrait la tête des femmes, et à l’église ,les femmes toutes voilées se tenaient séparées des hommes. Ce qui nous a donné le goût d’enrichir cette exposition en y ajoutant 4 panneaux de photographies anciennes montrant la femme dans la tradition corse.
Ce que j’ai découvert aussi à l’occasion de ce projet et qui m’a fait plaisir c’est que presque tous les anciens du village avaient vécu et travaillé dans les colonies, voire même y étaient nés, particulièrement en Algérie, comme moi. J’avais au village des frères, frères de Méditerranée partageant ses coutumes et frères de sol par la naissance. Nous sommes donc, nous méditerranéens, les enfants d’une même mère qui a enfanté la même culture ; Cette exposition montre que nous méditerranéens avons partagé les mêmes traditions patriarcales, malgré nos différences actuelles apparentes. Elle fait pont entre le nous corse et le eux immigrés ou fils d’immigrés du sud ».
 
Une exposition pour développer la tolérance
« Cette exposition m’avait marquée aussi parce que je lui trouvais une valeur pédagogique : en apportant des connaissances, elle informe, elle donne des outils de réflexion sur le féminin ; elle intéressera j’en suis sûre les jeunes collégiens et lycéens ;
Un voyage documenté dans les traditions du passé permet de mieux comprendre le présent, de dialoguer, de confronter les points de vue, développer le discernement et donner du sens. La connaissance est la meilleure école de tolérance. Nous souhaitons qu’elle soit largement ouverte aux enseignants et aux élèves.
 
- Pourquoi avons-nous pensé à faire immigrer chez nous à Ajaccio cette exposition ?
« En cette période difficile de mondialisation, à l’aube dit-on de la 4eme révolution industrielle, où l’on assiste impuissant à un monde qui s’en va et à un autre qui se met en place, les repères des uns et des autres vacillent, le désarroi s’installe, ne présageant rien de bon. Nous avons été assez secoués par les récents évènements qui se sont produits en Corse et qui nous ont fait craindre le pire. C’est pourquoi il nous a paru pertinent, à l’association, de proposer des projets communs à tous et à toutes, projets qui permettaient la création d’espaces tiers et de moments où se poser, réfléchir ensemble, partager pour éviter les réactions, de haine, de repli sur soi, de rejet de l’autre ». 
 
- Qu’est-ce pour nous à l’association « le vivre ensemble » ?
 - « Vivre ensemble, ce n’est pas seulement ETRE ensemble, sur un même territoire ; car on peut se côtoyer sans se parler, sans forcément se connaître.
Vivre ensemble c’est FAIRE ENSEMBLE, se parler, échanger, mieux se connaître, faire de la place en soi pour l’autre différent, surtout s’il est une femme.
Nous vivons dans une société plurielle et chacun a sa vérité. La vérité est une mais elle se diffracte de manière multiple ; apprenons à écouter les vérités de chacun de nous, et cherchons s’il existe des PONTS entre elles. Tout cela pour se trouver des valeurs communes à défendre, pour œuvrer à construire un projet, un futur commun, qu’on a déjà appelé « communauté de destin. ». J’aime ce mot et ce qu’il contient. »
 
- Que mettons-nous dans ce projet et ce futur commun ?
- « Œuvrer ensemble à faire respecter notre chère laïcité, principe de concorde si chèrement acquis. Lutter ensemble contre le racisme et les faiseurs de haine. S’ouvrir au culte et à la spiritualité de l’autre (par exemple à ne pas avoir peur de l’islam pour les catholiques, et pour les musulmans accepter l’athéisme et l’agnosticisme). Apprendre à être citoyen dans un monde pluriel, c’est à dire à vivre avec des gens différents de soi mais pour le bien commun, l’intérêt général, la paix et la fraternité ; enfin et surtout vivre ensemble pour nous, c’est sortir de l’identité des remparts où certains politiques veulent l’enfermer pour des raisons électoralistes. Il n’y a pas d’humanité sans dialogue avec l’autre, car l’autarcie, l’enfermement dans sa tribu est mortifère.
Se cantonner à une seule origine, souvent mythifiée, me renvoie à l’image du poisson qui se mord la queue ; il tourne en rond, Notre île par sa situation géographique et par son histoire a toujours eu affaire aux conquérants et aux cultures autres qui ont accosté chez elle de tous temps. Le concept de pureté du sang ne tient pas la route et « l’extranéité » des grands parents de certains îliens ou de leurs parents, ne les empêche pas de se sentir pleinement « paese ».
Arrêtons de dire : « le fils du portugais ou le fils de l’arabe » à un jeune qui est né et qui a grandi dans l’île, comme autrefois on disait « le lucquois » ; Car comme l’a dit fort justement JC Angellini « la Corse a toujours su fabriquer des corses ». Ne dit-on pas d’ailleurs que notre île « a toujours su assimiler et conquérir ses conquérants ? »

Enfin et pour conclure, vivre ensemble c’est apprendre à CO-EXISTER, à FAIRE CO- NAISSANCE, c’est à dire œuvrer à permettre la naissance de l’un dans l’espace psychique et dans le cœur de l’autre. C’est en quelque sorte essayer d’atteindre un degré supplémentaire de civilisation ».




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