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Tribune Libre-Jean Zuccarelli : "L'incinérateur, oui et vite, si…"


Rédigé par le Lundi 24 Septembre 2018 à 18:53 | Modifié le Lundi 24 Septembre 2018 - 23:01


Dans une tribune libre Jean Zuccarelli, conseiller municipal de Bastia, s'exprime sur le problème des déchets qui se pose tous les jours avec plus d'acuité en Corse.


Tribune Libre-Jean Zuccarelli : "L'incinérateur, oui et vite, si…"
Dans les prochains jours, l’Assemblée de Corse va se prononcer sur la stratégie de gestion des déchets pour les prochaines années.
Les débats actuels, à ce propos, nous renvoient à une évidence qu’électoralisme et démagogie ont voulu occulter : l’enfouissement des déchets dans le sol de Corse, dans notre terre si chère, est une absurdité qu’on ne saurait prolonger longtemps. 
Le voudrait-on que les obstacles seraient vite insurmontables.
Déjà les communes, élus en tête, ne veulent pas que leur territoire serve de dépôt et s’ils y trouvaient une compensation budgétaire leurs opposants auraient vite fait d’exploiter la faille.
On parviendra vaille que vaille, « à calci è à pugni », à tenir quelques années. Cinq ? Sans doute. Dix ? C’est peu probable.
Et, soyons réalistes, l’exportation de nos déchets, telle qu’elle semble lancée, peut être, à l’extrême rigueur, un palliatif de court terme.
En faire une solution de durée n’est pas sérieux et serait la démonstration de notre incapacité à gérer de façon autonome notre territoire.
Quand bien même on continuerait de trouver preneur, on imagine les conséquences, ne serait-ce que pour l’image de la Corse.
Sans parler des coûts !

 

La seconde évidence, ignorée elle aussi, c’est que le tri sélectif est une nécessité majeure dans le traitement des déchets. Mais il ne résout pas le problème de l’enfouissement.
Si on parvient à trier en amont 60% des déchets, objectif généralement admis, au lieu des 20% actuels insuffisants, il resterait encore à enfouir 40% de la masse de départ au lieu de 80% comme actuellement.
On enfouirait, donc, en 20 ans ce qu’on fait actuellement en 10. 
On voit bien que c’est  inacceptable sur la longue durée.

 

Reste l’incinérateur. Parlons plutôt d’UNITE DE VALORISATION THERMIQUE, car la technique évolue.
D’abord, ça marche. C’est propre. La pollution, dioxine ou autre, est maîtrisée. Le bilan énergétique est bon. On récupère même de l’énergie. Et plus de souci d’enfouissement !
Alors, où est le problème ? Pourquoi l’incinération a-t-elle été combattue. Et, à bien des égards, à juste titre ?



C’est qu’elle est la solution de facilité. Elle dispense du tri sélectif. On envoie tout à l’incinérateur et c’est réglé ! On ne recycle pas ainsi la plus grande partie des ressources minières de la planète consommées chaque année et c’est une grave perte.

 

 

En résumé : OUI à la VALORISATION THERMIQUE si on a fait l’effort de porter le taux de tri  au  bon niveau.

Ce bon niveau évoluera, d’ailleurs, dans le temps avec les progrès à venir des techniques de tri et recyclage et de la réduction des déchets en amont.  Aujourd’hui il est de 60%.
Il faut donc un plan très volontariste pour doper le tri. D’autres l’ont fait. Pourquoi pas la Corse ?

 

Avec l’appui des toutes les autorités (Etat, CdC, Syvadec,..), l’engagement des communes et intercommunalités, une forte action de sensibilisation de la population, la montée en régime peut demander jusqu’à 5 ans.
La construction de la ou des unités de valorisation thermique demandera aussi 5 ans. Trois pour les décisions (y compris localisation, études, jusqu’à passation des marchés). Deux pour construction.
Nous tiendrons difficilement dix ans.



Il faudra, donc, travailler en temps recouvert selon un plan valant engagement public :
- Lancement immédiat du plan « Tri » et, simultanément, décision de principe et études de l’unité de valorisation thermique. 
- Suivi pas à pas des progrès du tri. 
- Au bout de trois ans, lancement de la construction si les progrès du tri l’autorisent.

Cette démarche, qui demandera, certes, courage et volonté, est la seule, à mon sens, qui nous permettra de sortir, en 5 ans et par le haut, de la crise actuelle.




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