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Plan CASI : L’intersyndicale agricole dénonce d’une seule voix le peu de moyens alloués à la Corse


Nicole Mari le Mardi 15 Septembre 2026 à 20:37

Union historique des syndicats agricoles corses derrière la Chambre d’agriculture régionale pour dénoncer d’une seule voix la faiblesse de l’enveloppe de l’Etat allouée à l’île dans le cadre du Plan CASI, destiné à pallier les effets du changement climatique et les pertes de production liées à la canicule estivale. La Corse, impactée durement et de manière récurrente, n’obtient que 1,3 million d’euros pour des pertes estimées à plus de 20 millions d’euros. L’intersyndicale appelle l’Etat à revoir sa copie et promet une forte mobilisation si elle n’est pas entendue.



Plan CASI : L’intersyndicale agricole dénonce d’une seule voix le peu de moyens alloués à la Corse
« Le compte n’y est pas ! ». La colère gronde dans le milieu agricole après l’annonce de l’enveloppe de 1,3 million € allouée à la Corse dans le cadre du Plan CASI – Climat-adaptation-sécheresse-incendies –, un plan destiné à pallier les effets de la canicule et de la sécheresse inédites qui, depuis plusieurs mois, impactent durement la production agricole. Le 4 septembre dernier, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait présenté ce plan exceptionnel de 1,3 milliard d’euros pour soutenir les trésoreries et relancer l’exploitation. La Chambre d’agriculture régionale et les six organisations syndicales – la Coordination rurale de Corse, les FDSEA 2A et 2B, les JA de Corse, Mossa Paisana et Via Campagnola – ont décidé de se rassembler et de parler d’une seule voix pour dénoncer une enveloppe dérisoire par rapport à la réalité des pertes subies notamment par les éleveurs et les maraichers, mais pas seulement. Une union syndicale inédite et historique à la hauteur de la crise actuelle. « La proposition de 1,3 million d’euros avancée dans le cadre du plan CASI n’est pas à la hauteur de la réalité vécue sur nos exploitations. Les évaluations réalisées par les services techniques de la Chambre d’agriculture estiment les pertes entre 8 et 9 millions d’euros dans l’hypothèse basse, et jusqu’à 21 millions d’euros selon les estimations les plus élevées », estiment-elles dans un communiqué commun. Derrière cet écart, il n’y a pas seulement des chiffres, poursuit le communiqué : « Il y a des récoltes perdues. Des troupeaux qu’il faut continuer à nourrir. Des charges qui, elles, ne disparaissent pas. Il y a des mois de travail anéantis et des familles qui se demandent aujourd’hui comment elles vont tenir. 1,3 million d’euros face à cette réalité, ce n’est pas une réponse à la hauteur ! ».
 
Le refus de l’arbitrage
L’intersyndicale rappelle qu’en Corse, la sécheresse n’est pas un accident conjoncturel, mais une réalité structurelle et qu’il faut la traiter comme telle. « Il aura fallu que d'autres territoires français découvrent en 2026 des situations de sécheresse exceptionnelles pour que l’urgence climatique agricole prenne une nouvelle dimension nationale. Ce que certains découvrent aujourd’hui, nos agriculteurs corses le vivent et l’affrontent depuis des années. Année après année, ils s’adaptent, nourrissent leurs troupeaux, supportent les surcoûts liés à l’insularité et continuent à produire malgré une ressource en eau toujours plus incertaine. Cette antériorité donne à la Corse toute sa légitimité pour demander aujourd’hui une réponse spécifique et durable », plaide-t-elle. Une revendication portée par la Chambre d’agriculture de Corse : « Nous ne pouvons pas accepter, face à l’histoire, que l’arc méditerranéen, que ce soit la Corse, mais aussi l’Occitanie et la région PACA, durement touchées depuis maintenant deux décennies de manière récurrente par la sécheresse, soient traitées à égalité avec les Hauts de France, la Bretagne ou l’Alsace. C’est inconcevable pour nous ! Nous bénéficions de la même aide que ces régions qui viennent de connaître une sécheresse exceptionnelle, alors que nous nous la subissons depuis 2003 », renchérit son président Jean-Baptiste Arena. « La ministre a raison lorsqu’elle part de décapitalisation de l’agriculture française, due notamment au changement climatique, mais la décapitalisation de l’agriculture corse, nous la vivons déjà depuis un demi-siècle. En l’espace de cinq ans, nous avons perdu 10 000 ovins, c’est énorme ! On nous demande en plus de faire un arbitrage entre les filières sur une enveloppe déjà très restreinte et même de faire un arbitrage supplémentaire au sein même de certaines filières. Ce n’est pas acceptable ! ». Il précise que s’il faut aider en priorité les quatre filières de l'élevage - les petits ruminants ovins et caprins, les porcins et les bovins –, il faut également soutenir les filières apicoles, oléicoles, castanéicoles et maraîchères qui subissent de lourdes pertes depuis des années.
 
Une copie à revoir
Le refus exprimé par la présidence de la Chambre d’agriculture de Corse et soutenu par la présidence de la MSA de Corse, traduit une conviction partagée par tous les syndicats qui n’acceptent pas que « la Corse soit ramenée à une simple règle de trois. Notre insularité, nos surcoûts, notre climat, la taille et la fragilité de nos exploitations sont des réalités. Elles doivent être reconnues… Quand une exploitation disparaît, ce n’est pas seulement une entreprise qui ferme. C’est une famille qui vacille, un savoir-faire qui disparaît, une terre qui se vide et un village qui perd un peu de sa vie ». La Chambre d’agriculture et l’intersyndicale demandent à l’Etat de revoir sa copie, de rouvrir immédiatement les discussions afin d’obtenir une enveloppe à la hauteur des pertes réellement constatées sur le terrain. Et préviennent : « À défaut d’une réponse digne de la situation, nous nous mobiliserons ensemble. Parce qu’aujourd’hui, il ne s’agit plus de défendre un syndicat contre un autre. Il s’agit de défendre ceux qui vivent de cette terre. Il s’agit de défendre notre agriculture. Il s’agit de défendre la Corse rurale ». Faute d’écoute de l’Etat, la mobilisation pourrait bien prendre la forme d’un blocage de l’île. Affaire à suivre…