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Paillotes : Eviter que le torchon brûle !


Rédigé par Irène Ferrari le Mardi 14 Août 2018 à 23:42 | Modifié le Jeudi 16 Août 2018 - 20:06


C’est pour éviter un embrasement de réactions entre les professionnels des plages et l’Etat que les paillotiers ou paillottistes, - termes péjoratifs qu’ils préconisent d’abandonner -, se sont constitués en « Culletivu di i prufissiunali di u litturali ». Ce Collectif des professionnels du littoral s’est réuni lundi soir à Porto-Vecchio en présence d’élus, notamment le maire Georges Mela, le conseiller exécutif et président de l’ADEC, Jean-Christophe Angelini, le député Paul-André Colombani, le sénateur de Corse du Sud, Jean-Jacques Panunzi, ou encore le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci.


Paillotes : Eviter que le torchon brûle !
Ce collectif s’est formé tout d’abord assez confidentiellement pour ne pas envenimer les choses, suite à l’action des forces de l’ordre, il y a une quinzaine de jours sur la plage de Palumbaghja. Lundi soir, c’est publiquement et soutenu par plusieurs personnalités politiques qu’il a tenu à s’exprimer dans les locaux de la Chambre de commerce de Porto-Vecchio, où près 200 personnes s’étaient réunies. Les revendications, résumées dans un texte qui est distribué, sont reprises au fur et à mesure par les différents intervenants. Une façon de démontrer que les idées sont communes, et qu’il y a très peu de divergences entre professionnels.

Un rôle majeur
Après une allocution d’entrée collant aux termes du texte de Jean Christophe Angelini, président de l’ADEC (Agence de développement économique de la Corse), César Filippi, le président du Cercle des Grandes Maisons Corses, explique l’enjeu des paillotes : « Les paillotes ont un rôle important dans l’activité touristique. Si elles disparaissent, les hôtels s’en ressentiront. Les gens réservent s’ils trouvent des plages avec des activités diverses (bar, restauration, clubs de plongée, bases nautiques, locations de pédalo etc.). Les caricatures leur portent tort, mais les paillotes sont devenues indispensables, car elles sont le garant de l’hygiène, de la sécurité et du confort. C’est faux de dire que les paillotes cherchent à privatiser les plages, il reste à Palumbaghja 87% d’espace public ! Il est nécessaire de les réguler et la Collectivité de Corse (CDC) est d’accord pour le faire. Je constate que l’Etat s’acharne sur ce dossier, et non sur les 75% de l’offre para-hôtelière pour laquelle du reste, nous allons nous organiser ».

Une propagande négative
Si Michel Giraschi, conseiller territorial à l’Assemblée de Corse, reconnait avoir une double casquette d’élu et de professionnel du tourisme, il enfonce le clou : « Ma famille exploite une paillote depuis 40 ans, mais n’a jamais empêché qui que ce soit d’accéder à la plage. 37 AOT (Autorisation d’occupation temporaire) doivent disparaitre l’année prochaine ! La propagande négative, que font certains sur les réseaux sociaux, est fausse ! Les gens sur les plages sont en attente de loisirs et de prestations. S’ils ne les trouvent pas, ils iront les chercher ailleurs. S’il y a eu des dérapages, notre collectif discutera avec la Chambre de commerce, les professionnels, les élus et les maires. Il faudra définir des règles entre les usagers et les professionnels ».

Des paillotes familiales
Si cette affaire des paillotes réunit autant de monde, c’est qu’elle est épidermique ! Même en ayant fait en temps voulu leurs demandes d’occupation pour édifier leurs structures, certains paillotiers ne se sont vus notifiés un refus qu’à la mi juillet ! D’autres ont reçu une autorisation leur précisant que l’AOT leur sera refusé l’année prochaine… Dans ces conditions, la plupart considèrent avoir fait un investissement voué à l’échec. « Nous ne sommes pas des spéculateurs », ajoute Michel Giraschi, « mais des familles corses avec des dizaines de salariés ». Il est rejoint par Jean-Christophe Angelini qui constate que « aucune paillote n’est franchisée, elles sont toutes familiales ». Le Président de la Commission littoral pour l’union des métiers et industries de l’hôtellerie, André D’Oriano, fait également l’unanimité en demandant que les établissements de plage « perdent leurs noms de paillottes, car ce sont de vrais restaurants, contrôlés comme les autres. Il faut qu’ils puissent ouvrir dès Pâques, avec une fermeture prolongée bien au-delà de l’été. On ne peut pas demander aux professionnels du tourisme de favoriser l’étalement de la saison et, en même temps, exiger le démontage au 15 octobre, ce qui pour certains coûte entre 30 000 € à 40 000 €… »

Pas d’opération prévue
Si Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président du Groupe En Marche à l’Assemblée de Corse, annonce, d’emblée, que son intention n’est pas de polémiquer avec l’Etat. Il indique qu’il a appelé la Préfète qui l’a assuré « qu’aucune autre opération n’est prévue concernant les paillotes ». Ceci dit, s’il affirme, lui aussi, que « l’activité commerciale des paillottes est capitale pour tous », il estime « qu’il faut tenir compte des difficultés d’accorder des AOT en fonction de contraintes du PADDUC. Il y a eu des abus sur la multiplication des matelas, des transats et sur le niveau sonore », tout en soulignant qu’il ne parle que pour sa commune, et non des autres.

Le PADDUC en question
Le PADDUC, c’est bien là le problème pour le sénateur LR de Corse du Sud, Jean-Jacques Panunzi, qui prévient que « le Collectif ne pourra obtenir des résultats que si tout le monde se met autour de la table pour, en premier lieu, apporter des modifications au PADDUC ». Un point repris par Georges Mela  maire de Porto-Vecchio, qui tente, d’abord, de dédouaner la préfète des récentes actions anti-paillotes en indiquant qu’elle « n’est en poste en Corse que depuis peu de temps, donc les interventions sur les plages ont été programmées avant sa prise de fonction ». Tout en apportant « son soutien au collectif et aux paillotistes pour tout ce qui a été dit », il assène, lui aussi, que « pour arriver à une harmonisation, il faudra être capable de mettre de côté les casquettes politiques. Le PADDUC peut être corrigé si, tous ensemble, nous analysons, d’un côté, les débordements et de l’autre, la rudesse de l’Etat. Pour en sortir, il faut former un socle commun. Je vous propose de nous réunir en mairie ou ailleurs, début octobre ».
Lors de prochaines réunions, le Collectif travaillera à établir, avec tous les acteurs de la société, une charte définissant l’activité économique sur le littoral et un statut pour les professionnels.
 




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