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Les aides du Secours Catholique à la hausse (+ 18%) : En Corse, la pauvreté augmente considérablement


Rédigé par José FANCHI le Jeudi 9 Novembre 2017 à 23:34 | Modifié le Jeudi 9 Novembre 2017 - 23:49


Aujourd’hui en Corse, un enfant sur cinq vit dans une famille en dessous du seuil de pauvreté ! Difficile à admettre dans la mesure où l’on découvre que les enfants sont le plus touchés. Cela fait 9 millions de pauvres au niveau de la France. C’est énorme, beaucoup trop et c’est triste à la fois. Voilà ce qu’indique le rapport annuel sur l’état de la pauvreté en France commenté hier par les responsables du Secours Catholique insulaire, Michel Kemel, président et Germaine Bourdais, déléguée pour la Corse


Michel Kemel, président et Germaine Bourdais, déléguée pour la Corse
Michel Kemel, président et Germaine Bourdais, déléguée pour la Corse
Tous les ans, le 9 novembre, le Secours Catholique Français présente son rapport annuel sur l’état de la pauvreté. Et comme tous les ans, la pauvreté ne recule pas, bien au contraire. Le Secours Catholique national a reçu près d’un million et demi de personnes l’an dernier (plus de 2000 en Corse) en situation totale de précarité.


Aucun recul amorcé 
Le Secours Catholique vient de publier son rapport annuel sur l’état de la pauvreté en France et dans les régions. Une pauvreté qui ne recule malheureusement pas. Elle dénonce les préjugés et demande au gouvernement une politique de lutte globale contre la pauvreté. Notamment un meilleur accès aux aides sociales, un effort sur la formation pour l’accès à l’emploi, le logement et les transports.
 Neuf millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France Il y a eu un bond après la crise économique de 2009, et depuis quatre - cinq ans, ça stagne, cela malgré la somme de politiques publiques engagées. L’association a reçu 1,4 millions de personnes l’an dernier  avec toujours 30 % de familles monoparentales, mais plus de couples avec enfants (24, 2 %) et environ 40 % d’étrangers très démunis, dont 40 % en situation régulière et autant en attente de l’être. Le nombre d’étrangers augmente beaucoup. Cela montre qu’ils sont en situation de pauvreté et de grande fragilité. Et ça vient battre en brèche un préjugé qui estime qu’ils ont beaucoup d’aides…C’est plutôt l’inverse qui se produit selon les chiffres !
 

 
 Mieux lutter contre la pauvreté 
Pour  le Secours Catholique comme pour les autres associations, une politique vraiment globale est indispensable. D’ailleurs, dans le rapport, on voit bien que la pauvreté a plusieurs facteurs : formation professionnelle et donc l’emploi, le logement, les transports, etc. Il faut vraiment s’attaquer à tous les problèmes à la fois, ce que peut faire un gouvernement avec une politique interministérielle. La priorité c’est véritablement un revenu décent. On considère aujourd’hui que le RSA ne l’est pas : vivre avec 500 euros par mois ce n’est pas une vie, c’est une survie. Donc il faut l’augmenter. Autre point non négligeable, un revenu décent devrait pouvoir être acquis par le travail. C’est donc l’accès à un emploi avec formation professionnelle et accompagnement social.
Pour ce qui est du logement, le  gouvernement semble vouloir mettre l’accent. Est-ce que le projet de loi de finance 2018 mettra-t-il les moyens nécessaires ?  Avec le logement, pour les personnes en situation de précarité, c’est le socle à partir duquel tout redevient possible. N’oublions pas de rappeler qu’il y a une forte demande concernant les familles avec enfants qui sont sans-papiers. On les retrouve durant des années dans des logements précaires, souvent à l’hôtel. Ces personnes sont ballotées d’établissement en établissement, avec tous les problèmes possibles de santé, d’impossibilité d’accès au travail, de déscolarisation des enfants. C’est un immense gâchis. Cela touche quelques milliers de familles, présentes depuis quatre, cinq ou six ans. On demande une régularisation et des droits pour qu’elles puissent accéder à un logement stable, une scolarisation des enfants.
Mme Germaines Bourdais, déléguée insulaire, explique également l’accompagnement du Secours Catholique auprès des gens qui se présentent régulièrement au siège :
« Il faut entrer dans une démarche, et cela freine considérablement ces personnes qui ne veulent souvent éviter le contact direct, ne veulent pas être jugées, n’osant pas  faire la démarche. Il y a de la pudeur, de l’orgueil, alors même qu’ils sont réellement dans le besoin, sans oublier le regard de l’autre, qui est pesant, difficile. Il faut alors lutter contre les préjugés. Il suffit souvent d’un rien pour avoir le déclic, simplement que le regard devienne positif et dès lors, tout rentre dans l’ordre. »  


Il faut des bénévoles et des dons
Il y en a au Secours Catholique comme il y en a dans les autres associations humanitaires, mais il en manque toujours. C’est le sentiment de Michel Kenel, président du Secours Catholique de Corse.
«Le Secours ne vit que de dons. Il faut savoir aujourd’hui que nous disposons d’un budget de 500 000 euros dont 80 000 venant de Corse, des gens de l’île. Il reste donc 420 000 euros qui nous sont envoyés par Paris et les délégations. Nous avons grand besoin de cet argent pour pouvoir faire face. C’est une sorte de solidarité interne. L’année dernière, nous n’avons rien eu des collectivités, à l’exception de quelques municipalités, mais cela ne représente qu’une infime partie de notre budget, ça compte quand même…Pour l’instant cela s’avère suffisant, mais l’avenir est sombre avec la pauvreté galopante qui se développe. Les 80 000 euros des corses c’est important et on les remercie, mais on a besoin d’un soutien plus important. Nous avons en projet des actons nouvelles et pour cela, il nous faut des moyens financiers. C’est capital. »  

-  Quels sont les besoins des gens dans les antennes du Secours Catholique ? 
C’est frappant de voir que la première demande des personnes très pauvres n’est pas matérielle mais un besoin d’écoute sans jugement, un besoin de reconnaissance. On voit bien que le poids de la misère enferme les gens, qu’ils ne sortent plus de chez eux. Et derrière ce besoin d’écoute, arrive aussitôt le besoin d’être utile. De plus en plus de personnes accueillies, dont certaines très pauvres, s’engagent très vite avec nous, deviennent bénévoles, parce qu’elles veulent contribuer. Les aides demandées sont surtout pour l’alimentation et liées au logement (loyer, factures). Nous avons aidé en Corse 2000 situations, uniquement financièrement. On ne comptabilise pas tous les  gens qui viennent parce qu’ils ont besoin de parler, de boire un café, ils se sentent seuls et isolés. Le Secours Catholique insulaire a  noté entre 2015 et 2016, une augmentation de 18% au niveau des aides, majoritairement des femmes avec enfants, des personnes âgées.  C’est énorme.  Les bons d’achat viennent compléter des aides données par d’autres associations.


- Les plus touchés ces dernières années ?
On observe que les familles sont peut-être les plus en danger. Ce qui nous frappe c’est le nombre de couples avec enfants, 25 % des personnes accueillies, des femmes seules avec enfant (s) alors que traditionnellement ils s’en sortent mieux. Derrière cela, il y a aussi la pauvreté des enfants, qui est dramatique. C’est beaucoup de renoncements : alimentation pas équilibrée, pas d’accès à la santé, aux loisirs et aux vacances. Les personnes de plus de 60 ans, notamment les femmes isolées, sont aussi plus nombreuses à venir frapper à la porte du Secours Catholique. C’est peut-être un signe avant-coureur d‘une précarisation des femmes âgées. Ce phénomène va sans doute s‘amplifier parce que l’on voit arriver maintenant , à l’âge de la retraite, des gens qui ont vécu avec de tout-petits salaires ou avec des trous très longs dans leur carrière professionnelle, et donc les retraites seront très faibles, en-dessous du seuil de pauvreté


- Comment s’en sortent ces personnes qui passent au Secours Catholique ?
-Les gens qui ont un bon niveau de qualification s’en sortent mieux, arrivent à rebondir, à retrouver un emploi. Or parmi les gens que nous recevons, 67 % sont sans emploi et très peu qualifiés. Il n’y en a que 1 % en formation professionnelle. On voit bien qu’il y a là quelque chose à creuser. On fonde beaucoup d’espoir sur les ambitions du gouvernement et des collectivités locales en matière de formation professionnelle, pour que ça touche vraiment ces personnes sans qualification


- Les préjugés tuent la cohésion sociale ?
-Toute une campagne avait été menée durant la dernière présidentielle sur cette question des préjugés parce qu’ils tuent la fraternité. À partir du moment où vous avez des préjugés sur une personne pauvre, sans la connaître, vous vous dîtes que c’est un fraudeur, un fainéant, que s’il cherchait vraiment du boulot il en trouverait… Mais ça empêche totalement d’entrer en fraternité et donc ça mine très gravement la cohésion sociale. Par exemple sur la fraude aux prestations sociales. Elle existe comme partout et il faut la combattre. On sait que la fraude au Revenu de solidarité active (RSA) concerne moins de 1 % des allocataires. Faire de certains cas des généralités révolte les personnes en situation de précarité. Il y a aussi deux tiers des gens qui pensent que si les chômeurs cherchaient vraiment du boulot, ils  en trouveraient. Pourtant le chômage touche toutes les familles, on connaît tous des chômeurs autour de nous qui cherchent du travail. On voit à quel point c’est destructeur et malgré tout, il y a un préjugé très tenace. 




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