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Le culte des morts en Corse : rites, croyances et... réseaux sociaux


J. L le Lundi 1 Novembre 2021 à 08:20

La façon de rendre hommage aux morts est relative et différente selon les localités et les individus. En Corse, le culte des morts est une coutume religieuse séculaire, on connaît de nombreux rites où le religieux et le païen se côtoient.
Tony Fogacci, anthropologue, nous livre ses réflexions sur les croyances et les rites autour de la mort.



Tony Fogacci (Photo J. L)
Tony Fogacci (Photo J. L)
Comment vous définiriez le culte des morts en Corse
- Pour beaucoup de sociétés, la mort est un rite de passage entre deux mondes, celui des vivants et le monde des morts. Le passage entre ces deux mondes est très codifié en Corse, et se traduit par des rites divers. Je dirais que le religieux et le païen sont très proches, il s'agit presque d'une double religion. Un syncrétisme où la religion catholique avec sa doctrine et les pratiques des groupes d'individus sont mélangés. Le culte des morts traduit un dialogue avec les défunts qui se fait au travers de rites présents sur tout notre territoire. Ce culte est aussi une parole adressée aux ancêtres, et le statut d'ancêtre est très important chez nous.Les cycles de la naissance, de la vie et de la mort ne s'amalgament pas, il est primordial de toujours terminer un cycle, par exemple le mari d'une femme enceinte ne peut pas porter un cercueil lors d'un enterrement ce qui amènerait la répétition de la mort.
 
- Quels rites étaient pratiqués ?
- Pour la Toussaint, on ne sort pas dans la nuit entre le 1er et le 2 novembre parce que c'est l'espace des morts, à ne pas confondre avec la Sant Andria, cette nuit-là les morts investissent leur espace domestique. Dans certaines régions, on laisse une assiette avec de la nourriture sur la table sans oublier d'enlever couteaux et fourchettes car le fer peut blesser les morts.Pour d'autres, on met un nombre impair de bougies sur les tombes.U caracolu est la danse des morts, les femmes tournaient autour du défunt et se prosternaient.
 
- Justement la place des femmes dans ces rites ?
- C'est précisément sur elles que portent les premiers interdits de l'Eglise catholique. On se rappelle des femmes qui s'arrachaient les cheveux, qui se griffaient le visage ou qui chantaient u voceru. Certaines constitutions d'évêques ont interdit ces pratiques jugées trop païennes. « Un peuple qui ne respecte pas les codes religieux surtout les femmes » dixit un évêque. L'interdit était un moyen de contrôler le territoire religieux. De ce fait, certains rites se sont perdus.
Extrait du texte de la Constitution Synodale, Monseigneur Leoni, évêque de Sagone, 1574:
« Les femmes qui hurlent, s'arrachent les cheveux, selon l'usage des Maures, paieront dix livres chaque fois et le défunt sera privé de messe. Nous défendons les cantilènes ou voceri, les repas funèbres..
 
- Quels rites subsistent aujourd'hui ?
- Certains existent encore sous une autre forme, par exemple u pranzu , le repas funèbre qui ne se fait plus sous sa forme initiale, mais on sait que lors d'un décès c'est commun de se réunir autour d'un repas familial. Beaucoup d'entre nous respecte encore par tradition, de rentrer chez soi après un enterrement, là encore on respecte les cycles, on ne rend pas visite à quelqu'un après un enterrement, au risque d'un double enterrement. Cette notion est très présente dans le culte des morts, il faut toujours couper le cycle. Dans certaines localités, on pratique encore le rite de l'assiette avec de la nourriture, et on laisse une fenêtre ouverte le 1 novembre pour laisser les âmes rentrer chez elles.
 
- Les réseaux sociaux, un autre mode de passation ?
- De nos jours, les jeunes ont tendance à oublier nos coutumes ancestrales, on voit apparaître sur les réseaux sociaux des « post » qui annoncent le décès d'un proche avec des petits mots d'affection. Le choc de la société de consommation a fait évoluer les rites. Certaines personnes transmettent même de façon collective des prières comme celle de l'occhju par le biais des réseaux sociaux, d'autres signent u focu en utilisant WhatsApp. Les rites sont escamotés mais toujours là malgré tout. Les réseaux sociaux sont un autre mode de passation, il faut vivre avec son temps.
 
O tempora, o mores !
 
J. L





















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