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Jean Pereney : « Le SYVADEC profite du confinement pour déstocker les balles : c’est une infamie ! »


Nicole Mari le Mardi 31 Mars 2020 à 19:55

« La sanction de la honte ! ». La commune de Viggianellu dénonce la verbalisation du maire, Jo Pucci, et du 1er adjoint, vice-président de la ComCom du Sartenais-Valincu en charge des déchets, Jean Pereney, qui voulaient faire respecter un arrêté municipal interdisant l’accès du centre d’enfouissement aux camions de plus de 19 tonnes. Elle accuse le SYVADEC de profiter du confinement pour déstocker en douce les balles entreposées dans l’île et les enfouir à Viggianellu. Jean Pereney explique à Corse Net Infos qu’en ces temps de pandémie, déplacer des milliers de tonnes de déchets rajoute un risque à des populations qui ont droit aussi à la sécurité sanitaire.




Un camion empli de balles de déchets et non bâché traverse le village d'Olmetu.
Un camion empli de balles de déchets et non bâché traverse le village d'Olmetu.
- Pourquoi ce nouveau bras de fer avec le SYVADEC et l’Etat ? Que se passe-t-il ?
- Le Collectif Valincu Lindu bloquait le centre d’enfouissement de Viggianellu depuis 4 mois quand est survenue la crise sanitaire. On nous a demandé d’ouvrir le centre, nous avons accepté de le faire et de recevoir, avec le centre de Prunelli, la production quotidienne des déchets, mais pas les balles de toute la Corse. En temps normal, la production journalière des déchets s’élève à 400 tonnes. Elle est moindre avec le confinement puisque tous les restaurants sont fermés. Donc, nous avions proposé de répartir cette charge avec Prunelli et d’accepter chacun 200 tonnes ou même 300 tonnes par jour. C’était une question de solidarité. Mais, le SYVADEC a profité du confinement, qui rendait toute opposition impossible, pour déstocker les balles qui étaient réparties sur l’ensemble de la Corse. Nous avons vu arriver 30 à 40 camions par jour. Ce qui représente entre 700 et 800 tonnes. Déstocker a des effets très nuisibles.
 
- En quoi le déstockage est-il nuisible ?
- Il est nuisible d’un point de vue sanitaire. Les camions traversent l’ensemble des villages avec des bennes contenant des balles qui sont stockées depuis 4 mois, qui sont crevées et ne sont pas bâchées. Cela crée, non seulement des nuisances, mais des risques sanitaires pour la population. Dans cette période où on ne connaît pas ce virus, où on ne dispose pas de tous les éléments le concernant, est-ce vraiment le moment de déplacer ces balles qui ne gênaient personne puisqu’elles étaient stockées dans 21 plateformes dans les différentes Intercos ? En période de crise sanitaire, notre geste était justement de faire en sorte qu’il n’y ait pas de déchets dans les rues d’Ajaccio, de Bastia, sur les territoires pour ne pas rajouter de la crise à la crise. Mais en prenant la décision de déstocker, le SYVADEC, lui, rajoute de la crise à la crise sur le Valincu et sur les villages traversés.

Un camion peinant à grimper la pente de la la route de Teparella déverse des lixivats.
Un camion peinant à grimper la pente de la la route de Teparella déverse des lixivats.
- Comment réagit la population ?
- A Olmetu, par exemple, les gens n’en peuvent plus de voir passer sous leurs fenêtres des vingtaines de camions chaque jour. « Ce ne sont même plus des camions, ils ont deux remorques derrière. Ce sont pratiquement des trains ! C’est épouvantable ! », disent-ils. D’autant plus que ces convois empruntent la route de Teparella, qui est moitié communale – moitié privée et surtout pas adaptée à ce type de trafic (cf photo). Cette route a une pente à 18% et est étroite : sur de nombreux tronçons, les camions ne peuvent pas se croiser, des tracteurs sont obligés de les sortir de là ! En plus du risque sanitaire, le SYVADEC fait prendre des risques routiers aux riverains. Sans parler des émanations de gaz d’échappement de 40 poids lourds articulés chaque jour, des importants écoulements de lixiviats (jus de poubelle) au niveau de la pente, et des odeurs qui sont pestilentielles ! C’est une horreur ! Comment peut-on faire cela dans une région en pleine période de crise sanitaire ! Qu’on ne vienne pas nous dire qu’en plein risque sanitaire, on s’intéresse subitement aux déchets alors que des gens sont en train de mourir ! On rajoute une crise sanitaire à la crise sanitaire !
 
- Avez-vous discuté avec le SYVADEC ?
- Personne ne nous a contacté pour nous avertir. Quand nous avons vu arriver cette vague de camions, nous avons fait savoir notre mécontentement auprès de la Préfecture, mais nous n’avons eu aucune réponse. Le SYVADEC agit avec la complicité de l’Etat. Nous avons prévenu la Collectivité de Corse (CDC) qui nous a dit qu’elle prenait en compte notre demande et qu’elle essaierait de faire le nécessaire.
 
- Est-ce la raison pour laquelle la mairie de Viggianellu a pris un arrêté ?
- Oui ! Samedi, nous avons pris un nouvel arrêté pour interdire ce type de trafic sur la route en question et n’autoriser que les camions dont le poids total à charge roulant est inférieur à 19 tonnes. Nous ne voulons surtout pas bloquer l’accès du site. Nous pensons que des camions de 19 tonnes sont suffisants pour amener tous les déchets consommés quotidiennement sur l’ensemble de la Corse. On ne veut plus ces semi-remorques avec deux bennes qui ressemblent à des trains ! Nous avons envoyé cet arrêté au SYVADEC, à l’Etat, à la gendarmerie et à la CDC.
 

Traversée d'Olmetu.
Traversée d'Olmetu.
- Un arrêté qui n’a pas été respecté… et qui vous a valu une amende ?
- Oui ! Lundi à 5 heures du matin, nous sommes descendus sur place pour le faire respecter. Nous nous sommes retrouvés devant les gendarmes et nous leur avons demandé s’ils étaient là pour le faire respecter et arrêter les camions, ils ont répondu : « Non ! ». Nous avons mis nos écharpes de maire et d’adjoint et nous les avons arrêtés nous mêmes. Là, les gendarmes nous ont verbalisés pour « non confinement » ! Ils nous ont dit : « Ne revenez pas demain. Si vous revenez demain, ce sera 1500 € d’amende, et si vous revenez le troisième et le quatrième jour, on vous amènera au poste et ce sera la case Prison. C’est ce qui est prévu dans le règlement du confinement ».
 
- Comment avez-vous réagi ?
- Nous sommes revenus, ce mardi matin, avec un huissier. Les gendarmes avaient déjà laissé entrer deux camions. Le commandant de gendarmerie, qui était là, a été surpris de nous voir. Je lui ai demandé s’il allait nous verbaliser, il a répondu : « Oui ». Je lui ai montré la fiche et lui ai rappelé qu’un maire et un adjoint sont des officiers de police judiciaire et que nous étions là en tant qu’officiers de police judiciaire pour faire respecter notre arrêté. J’ai ajouté : « On voit que non seulement vous ne faites pas respecter notre arrêté, mais en plus vous verbalisez ceux qui sont chargés de le faire respecter ». Quand les deux camions sont ressortis, l’huissier les a photographiés et a constaté le non-respect de l’arrêté. Les deux camions sont repartis, nous avons fait remarquer aux gendarmes qu’ils ne les avaient même pas verbalisés. Il y a eu appel au sous-préfet qui a donné l’ordre de les verbaliser. Mais ce n’est pas la solution qui nous convient ! Je leur ai demandé : « Quand un véhicule se trouve devant un sens interdit, est-ce que vous attendez qu’il franchisse le sens interdit pour le verbaliser ou vous lui dites qu’il ne faut pas y aller ? ». C’est complètement incohérent !
 
- Que s’est-il passé ensuite ?
- Les gendarmes ont verbalisé le camion suivant. Puis, quand un camion s’est présenté en double benne, ils l’ont averti qu’il le verbaliserait à la sortie, donc le camion est reparti sans décharger. Ensuite, sont arrivés trois petits camions de Rocca qui se sont adaptés à l’arrêté après le refoulement des gros camions hier. Ils ne transportaient que des déchets frais, nous les avons laissé passer.

Jean Pereney à l'entrée de la roue de Teparella.
Jean Pereney à l'entrée de la roue de Teparella.
- Les gendarmes vous ont-ils de nouveau verbalisés ?
- Non ! Nous les avons prévenus : « Si nous ne pouvons pas exercer notre droit de police, si vous n’exercez pas le vôtre et ne verbalisez pas les camions en infraction et si en plus, vous nous verbalisez, savez-vous ce que nous allons faire demain ? Nous allons démissionner puisque nous ne servons à rien ». Les gendarmes ont tout de suite appelé le Préfet qui a dit de ne pas nous verbaliser, ce qui a eu pour effet de calmer les choses. Mais il a fallu en arriver là pour faire respecter notre arrêté totalement justifié, ne serait-ce que par l’état de la route !
 
- C’est déjà une petite victoire ?
- Oui, sauf que le Préfet a attaqué notre arrêté disant qu’il est illégal. Nous répondons que notre arrêté sera illégal quand il sera jugé comme tel. Tant que le tribunal n’a pas statué et ne l’a pas invalidé, il est légal. Nous venons de recevoir un avis de la Préfecture disant que l’arrêté passera en jugement accéléré, jeudi. Aujourd’hui, on est revenu à un tonnage normal avec des petits camions, les transporteurs ont décidé de respecter l’arrêté pendant 2 jours, mais si l’arrêté est invalidé – et on sait qu’ils vont tout faire pour ça -nous aurons droit à une nouvelle vague.
 
- Que ferez-vous si ça recommence ?
- Aujourd’hui, nous sommes venus seulement à deux, nous avons demandé à tout le monde de rester chez eux et surtout au Collectif de ne pas venir. Mais, si ça recommence, nous reviendrons groupés. Si nous venons à 200 personnes, les gendarmes verbaliseront 200 personnes ! Et si l’arrêté est invalidé, je pense que nous en prendrons un autre que l’on essaiera de mieux sécuriser avec un avocat. Il faut respecter notre population ! Elle ne peut pas être en permanence sacrifiée, elle l’est déjà en période normale et c’est insupportable qu’elle le soit en période de crise sanitaire ! La situation est déjà assez grave dans le Valincu pour qu’on y ajoute un risque sanitaire. On ne sait pas ce que véhiculent ces déchets et le risque qu’ils font peser sur les villages traversés. Y avait-il urgence à déstocker ces balles ? Non, il n’y en a aucune. Le déstockage est une affaire qu’on aurait pu régler après le confinement, parce que nous aussi, nous avons droit, comme tout le monde, à la sécurité sanitaire. Ce que fait le SYVADEC est une infamie !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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