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Européennes. A Porto-Vecchio, Jean-Christophe Angelini réaffirme son soutien à Jean-Charles Orsucci


le Samedi 1 Juin 2024 à 08:42

C’est confirmé : Jean-Christophe Angelini, l’autonomiste, soutiendra Jean-Charles Orsucci, le macroniste, aux élections européennes le 9 juin prochain. Le maire de Porto-Vecchio a persisté vendredi soir, au cours d’un meeting organisé chez lui, et durant lequel il s’est dit heureux d’œuvrer pour les ambitions européennes de son « vieil ami », maire de Bonifacio. Car au-delà des postures politiciennes, des désaccords passés et des étiquettes si faciles à coller, les deux hommes forts de l'Extrême-Sud ont rappelé avec acuité ce qui les rassemble : l’humain.



Vendredi soir à Porto-Vecchio, Jean-Charles Orsucci a reçu plusieurs marques de soutien, dont celui de Jean-Christophe Angelini.
Vendredi soir à Porto-Vecchio, Jean-Charles Orsucci a reçu plusieurs marques de soutien, dont celui de Jean-Christophe Angelini.
Dans le landerneau politique de la Corse, son récent appel à soutenir Jean-Charles Orsucci, candidat en 22e position sur la liste de Valérie Hayer (Renaissance), a fait jaser, et il le sait. « Des gens disent : "vous êtes nationaliste et vous le soutenez ?" Ne pas le comprendre, c’est ne pas connaître les hommes et la sociologie de ce pays », a cinglé le maire de Porto-Vecchio sur l’estrade de l’espace culturel Jean-Paul-De-Rocca Serra, faisant face à près de 200 personnes. « Il faudrait, parce que nous n’avons pas les mêmes cartes, que nous divergions ! a-t-il ironisé. Mais ce qui nous rassemble a toujours été et doit demeurer plus important que ce qui nous divise. » Puis se tournant vers Jean-Charles Orsucci : « Sans renier une seule seconde de mes engagements, je te soutiendrai car je te sais loyal et compétent. »

"Sortir ensemble la Corse de l'ornière"

A y regarder de plus près, la décision de Jean-Christophe Angelini n’est pas si surprenante. Le leader du PNC n’a cessé, ces derniers mois, de planter les graines du compromis dans les discussions avec Paris sur l’autonomie. Ce qui n’a pas échappé à Jean-Charles Orsucci : « C’est un message que nous envoyons au Président de la République, au gouvernement et au Parlement, a lancé le maire de Bonifacio. Nous essayons de construire ensemble, en loyauté, un projet pour sortir la Corse de l’ornière. » Puis il a salué « le courage » de Jean-Christophe Angelini. Le courage de venir en campagne, à ses côtés. Comme pour le protéger des réactions que cette décision allait immanquablement provoquer, il a sorti le bouclier : « Non, ton soutien ne veut pas dire que tu votes pour Emmanuel Macron, c’est clair, net et précis. Mais par contre, le 9 juin, nous voterons tous ici pour une certaine idée d’un idéal européen. » 

Car s’il ne renie rien de son attachement aux valeurs républicaines véhiculées par la France, Jean-Charles Orsucci les trouve parfois un peu jacobines sur les bords, d’où l’intérêt de porter haut les intérêts de la Corse au niveau européen : « La construction européenne, c’est la défense de notre langue et de notre identité. Nous tous qui sommes réunis ici, c’est ce qui nous rassemble car cette insularité, nous l’avons chevillée au corps. » Parmi ceux qui se sont reconnus, Jean-Christophe Angelini, bien sûr, mais aussi les autres personnalités qui avaient fait le déplacement à Porto-Vecchio pour soutenir le candidat Orsucci : le président de Renaissance en Corse, Côme Agostini, le député européen Gilles Boyer (candidat également sur la liste de Valérie Hayer), l’Ajaccien Antoine Maestrali, directeur de cabinet de Stéphane Sbraggia et fidèle de Laurent Marcangeli, la doctorante pro-européenne Marie Luccioni et enfin le maire de Linguizzetta Séverin Medori, Chacun a pris la parole pour soutenir la candidature de Jean-Charles Orsucci, qu’ils voient comme un parfait ambassadeur des intérêts de la Corse à Bruxelles... à condition qu’il soit élu. Or les sondages créditent pour le moment d’une quinzaine de sièges la liste de la majorité présidentielle, sur laquelle le maire de Bonifacio figure en 22e position. En tête des intentions de vote, le Rassemblement national : « Si le RN gagne en Corse, il utilisera ce vote pour dire que les Corses sont opposés au processus d’autonomie », redoute Côme Agostini.

Jean-Charles Orsucci (à gauche) est candidat aux élections européennes, sur la liste de Valérie Hayer (Renaissance).
Jean-Charles Orsucci (à gauche) est candidat aux élections européennes, sur la liste de Valérie Hayer (Renaissance).
L'aveu de Jean-Christophe Angelini

La crainte de voir le RN déferler à Bruxelles a même conduit Jean-Christophe Angelini à un aveu. En 2022, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, il n’avait pas donné de consigne de vote entre les candidats Macron et Le Pen. « Aujourd’hui, je le regrette, oui », a-t-il confié publiquement, ce vendredi. Une déclaration que Jean-Charles Orsucci a accueilli avec soulagement : « Je ne te cache pas qu’il y a des fois où j’ai attendu une certaine clarification dans ton discours, notamment par rapport à ton absence de choix à l’élection présidentielle. Et ce soir, c’est le top ! J’affirme que le projet politique que tu portes pour cette île, c’est celui qui je porte depuis longtemps. »

"Montrer patte blanche"

Mais au fond, relève Jean-Christophe Angelini, « jamais nos chemins n’ont réellement divergé, même si nous avons eu des opportunités différentes », estime-t-il aujourd’hui, à l’approche de la cinquantaine. Et de se souvenir, près de trente ans en arrière, de leurs engagements communs pour un syndicat autonomiste sur les bancs de la fac de droit à Corte. Et de se rappeler l'un et l'autre les marques de respect que le Porto-Vecchiais et le Bonifacien n’ont jamais manqué de s’adresser au fil de leurs différentes aventures électorales. Aujourd’hui, ce procès en macronisme que d’aucuns seraient tentés d’intenter à Jean-Christophe Angelini a quelque chose de familier pour Jean-Charles Orsucci : « Je suis un autonomiste historique, revendique-t-il, même si aujourd’hui encore, on me demande de montrer patte blanche. » Quelques minutes plus tôt, Jean-Christophe Angelini confiait à la salle combien la candidature de « Jean-Charles » à Bruxelles lui semblait opportune, à la fois « en tant que maire de Bonifacio et en tant qu’autonomiste corse ». A « autonomiste corse », le maire de Porto-Vecchio a cherché, d’un regard, l’approbation de son ami bonifacien. Il l’a obtenue très vite, d’un signe de tête.