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Europe - CRPM : Gilles Simeoni engage à Madère le combat pour la prise en compte de l’insularité


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 18 Octobre 2018 à 23:42 | Modifié le Vendredi 19 Octobre 2018 - 03:18


Lors de l’Assemblée générale de la Conférence des régions périphériques et maritimes (CRPM) qui s’est tenue à Funchal sur l'île de Madère au Portugal, le président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse et président de la Commission des îles, Gilles Simeoni, a insisté sur la nécessité de maintenir et renforcer la dimension insulaire dans le cadre de la prochaine programmation budgétaire européenne 2020-2027. Et réaffirmé sa volonté d’agir en ce sens auprès de la CPRM, de l’Union européenne et des Etats membres. Il s’est également entretenu avec les représentants des gouvernements de Madère, des Açores, de Sicile, des Canaries et des îles ioniennes. Des échanges bilatéraux jugés particulièrement fructueux.


Medeiros Gaspar, Chef de cabinet du Président du gouvernement de Madère, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse et président de la Commission des îles, Miguel Alburqueque Président du gouvernement de Madère, Vasco Cordeiro, Président du gouvernement des Açores, et Gaetano Armao,Vice-Président de la Sicile.
Medeiros Gaspar, Chef de cabinet du Président du gouvernement de Madère, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse et président de la Commission des îles, Miguel Alburqueque Président du gouvernement de Madère, Vasco Cordeiro, Président du gouvernement des Açores, et Gaetano Armao,Vice-Président de la Sicile.
C’est une réunion de combat qu’a présidé Gilles Simoni, jeudi matin, à Madère. Le président de l’Exécutif de Corse, qui a fait le déplacement pour participer à l’Assemblée générale de la CRPM et présidé une nouvelle réunion de la Commission des îles, sait que, face à la centralisation rampante de Paris et de Bruxelles, l’heure est plus que jamais à la mobilisation pour défendre les spécificités des territoires en général et des îles en particulier. D’autant que se joue en ce moment à Bruxelles l’avenir de la politique de cohésion assez malmenée par la Commission européenne dans ses propositions budgétaires pour la période 2021-2027. Avec en ligne de mire : la perspective de coupes sombres dans la politique de coopération territoriale et de développement rural et la remise en cause de certains programmes transfrontaliers comme Interreg. « Pour l'instant, les propositions de la Commission européennes sont inquiétantes. D'une part, le budget global alloué à la politique de cohésion sociale est diminué de 10%, celui du développement rural de 28%, cela impacte directement le volume des fonds communautaires qui pourraient être mobilisés. D'autre part, la dimension insulaire n'est, pour l'instant, pas prise en compte dans les instruments et dans les politiques que la Commission projette de mettre en œuvre », a rappelé Gilles Simeoni.
 
Des échanges fructueux
Comme il l’avait fait à Bastia en juillet dernier, le président corse a réaffirmé avec force la nécessité de maintenir et renforcer cette dimension insulaire dans la prochaine programmation européenne et sa volonté d’agir en ce sens auprès de la CPRM, de Bruxelles et des Etats membres. Pour cela, il a, tout d’abord, engagé les membres de la Commission des îles à s’emparer résolument de cet outil pour le rendre encore plus performant au bénéfice de tous les territoires représentés. Il a, ensuite, fait acté le principe de l’organisation d’une rencontre avec le Président du Parlement européen. Mais surtout, il a profité de ce déplacement portugais pour s’entretenir longuement avec ses collègues européens, notamment Vasco Alves Cordeiro, le président du gouvernement des Açores et actuel président de la CRPM. Mais aussi avec les représentants des gouvernements de Madère, de Sicile, des Canaries, de Sardaigne et des Îles Ioniennes. « Ces échanges se sont révélés particulièrement fructueux. J’ai eu, d’abord, mercredi soir, un long et très intéressant entretien avec le président de l’île de Madère, Miguel Alburqueque, son directeur de cabinet, Medeiros Gaspar, et le Vice-Président de la Sicile en charge du développement économique, Gaetano Armao. Nous avons convenu de travailler ensemble sur trois questions que nos îles partagent : le tourisme, les transports notamment aériens et l’énergie », précise-t-il.
 
Une stratégie de discussions
De manière plus structurelle, le lendemain, pendant la réunion de la Commission des îles, Gilles Simeoni a rappelé que ladite Commission avait produit, notamment lors de l’Assemblée générale de juillet à Bastia, des textes intéressants mais qu’il était temps d’accélérer la cadence et de se donner les moyens d’obtenir des résultats. Pour cela, il a proposé une stratégie de discussions à trois niveaux : interne, national et européen. « La Commission des îles doit se faire entendre et relayée pleinement par la CRPM qui regroupe 150 régions et territoires, dont 21 insulaires. C’est un débat à un niveau interne. Chaque île doit, aussi, tenter de peser sur son Etat de rattachement. C’est un débat au niveau national. Nous devons, enfin, poursuivre la discussion avec les institutions européennes. Il y a clairement une différence entre le Parlement européen qui s’est montré très réceptif à nos demandes et la Commission européenne qui, pour l’instant, ne donne aucun signe d’ouverture sur la prise en compte de la dimension insulaire. Ce niveau s’adosse à tout le travail déjà réalisé par Nanette Maupertuis - la conseillère exécutive en charge des affaires européennes - au Comité des régions ».
 
Des axes de travail
A partir ce cet axe-là, Gilles Simeoni a développé quatre grandes thématiques de travail. La première concerne la politique de cohésion. « Sont en jeu plusieurs problématiques : la dévolution de l’enveloppe globale, la remise en cause de la coopération transfrontalière maritime qui exclut les îles, la diminution des programmes Interreg : - 83% de budget. Nous devons travailler sur tous ces points pour inciter l’Europe à revenir à une politique de cohésion plus favorable aux îles qui inclut la revendication de la prise en compte explicite de l’insularité en s’appuyant sur l’article 74 ». La deuxième thématique porte sur les transports. « La Corse, par exemple, est exclue des grands corridors des Mécanismes d’interconnexion en Europe (MIE) qui visent à développer des réseaux transeuropéens dans les transports, l’énergie et les télécommunications. On ne peut pas demander à être directement desservis par les MIE, mais on peut demander la possibilité de s’y connecter, de s’y raccrocher par capillarité, notamment dans le domaine aérien ou dans le domaine du financement des infrastructures. Le but, pour les îles, est d’obtenir un allègement de la réglementation concernant les aides d’Etat ».
 
De nouveaux modèles
La troisième thématique concerne la question de l’énergie. « Les îles partagent la même problématique : comment réaliser la transition énergétique, passer de modèles où les énergies fossiles sont historiquement dominants à un modèle d’autonomie énergétique fondée sur les énergies nouvelles renouvelables. Plusieurs projets sont en cours en Corse. Notre île a un rôle pilote à jouer notamment dans le nouveau réseau qui est en train de se mettre ne place autour de l’économie circulaire ». La quatrième problématique est le tourisme durable, feuille de route de l’Agence du tourisme de la Corse. « Là aussi, l’enjeu est la transition vers un nouveau modèle économique : comment passer d’un tourisme de masse souvent destructeur des grands équilibres écologiques, humains, sociaux et territoriaux à un tourisme durable où l’écologie et le développement durable sont au cœur de l’équation ? ». Les élus des îles ont approuvé la feuille de route, tout en étant conscients que la tâche à accomplir, comme le défi à relever, est d’importance. D’autant que les marges de manœuvre et le calendrier se resserrent autour de l’échéance électorale de mai 2019. Et que se profile un autre souci d'envergure : la conditionnalité et la recentralisation des aides européennes vers les Etats-membres, ce qui pourrait sonner le glas de l'Europe des régions et des espérances insulaires.
 
N.M.
 




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