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Education : que pensent les syndicat corses des mesures annoncées par Gabriel Attal ?


Laurent Hérin le Mercredi 6 Décembre 2023 à 15:51

Le ministère de l'Éducation veut relever le niveau à l'école. Gabriel Attal a dévoilé, ce mardi 5 décembre, une série de réformes pour "remettre de l'exigence" dans le primaire comme le secondaire. Plusieurs mesures annoncées – sans être détaillées – sur lesquelles les représentants des principales organisations syndicales de l'enseignement public de l'île ont bien voulu réagir.



Photo d'illustration, archives CNI
Photo d'illustration, archives CNI
Les résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) est sans appel : le niveau des élèves de 15 ans révèle une forte chute dans les disciplines majeures et une stabilisation des inégalités sociales. En mathématique, en compréhension de l’écrit et en sciences, les résultats sont parmi les plus bas jamais mesurés. Un constat qui a poussé le ministre de l'Éducation nationale a annoncer, ce mardi, plusieurs mesures : une réforme du brevet, le redoublement à la main des enseignants,  des programmes revus en primaire, des groupes de niveaux au collège et la labélisation des manuels scolaires (détail des mesures à lire ici).

Réaction des syndicats


Suite à ces annonces, plusieurs représentants des principaux syndicats enseignants de l'île ont réagi. Ainsi, pour Fabien Mineo, secrétaire départemental du Snuipp (Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs) et  professeur adjoint à Lucciana, tout n’est pas à jeter. La mesure concernant le redoublement est même « profitable. Elle va être plutôt bien accueillie par le corps enseignant. » Même constat du côté de la mesure concernant le renforcement des épreuves du brevet des collèges et du baccalauréat : « Il faut reconnaître que c’est positif de tenir compte de ces diplômes. » L’enseignant est plus mesuré sur la mise en place de groupes de niveaux. « On manque de moyens et de remplaçants. Il faut d’abord revaloriser le métier pour créer des vocations. Peu de monde se présente au Capes. Je suis comme Saint-Thomas, je crois, ce que je vois et, pour le moment, ce sont surtout des coupes budgétaires. »
À l’occasion d’une récente réunion entre les enseignants du collège et du primaire de Lucciana, le sujet a d'ailleurs été évoqué. S’ils ont constaté un léger mieux dans les évaluations des élèves, le pourcentage est encore trop faible : « 40 % suivent bien, les autres un peu moins voir pas du tout. » La méthode appliquée à Singapour, citée comme exemple par le ministre, le fait sourire : « Elle a de bons côtés, mais attention à ne pas tomber dans le bachotage. »
Enfin, pour Fabien Mineo, si les résultats ne suivent pas, on ne peut l’impliquer uniquement à l’enseignement : « L’école ne peut pas sauver tout le monde. Les élèves passent six heures en cours. En dehors, l’accès à la culture est souvent limité et la société s’appauvrit. »

Même son de cloche du côté du STC (Syndicat des travailleurs corses). Son représentant, Jean-Pierre Luciani, qui regrette l’annonce de mesures sans avoir été consulté, ne démord pas : « Nous sommes tous d’accord pour reconnaître que les résultats sont mauvais. Il faut faire remonter le niveau, mais ce ne sont pas des réformes prises à l’emporte-pièce qui vont changer grand-chose. Le ministre donne l’impression de ne pas se rendre compte de la réalité. » Pour lui, Gabriel Attal n’a pas pris en considération des spécificités locales : « Dans nos collèges, nous avons des sections bilingues et d’autres qui ne le sont pas. Nous allons encore diviser les classes en créant des groupes de niveaux ? Impossible, à moins de foutre en l’air cet enseignement spécifique. » Il s’inquiète également de la labellisation des manuels : « On touche à la liberté pédagogique. C’est à l’enseignant de faire des choix, pas à l’état. Ça relève de l’amateurisme, nous ne sommes plus dans l’école de Jules Ferry. » Enfin, le représentant du STC insiste : « Comme tous les autres ministres de l’Éducation avant lui, Gabriel Attal ne déroge pas à la formation en dehors du temps de travail, uniquement pour faire des économies. Mais on ne doit pas en faire dans l’éducation sinon, comme c’est le cas, on assiste à une dégradation de la santé scolaire. »

Remettre la formation au cœur du système


Pour Charles Casabianca, secrétaire général de la CGT Haute-Corse, les mesures du ministre sont un effet d’annonce : « Gabriel Attal est un bon communicant. Des suppressions de postes sont encore prévues même s’il annonce vouloir les geler. À voir… » En effet, le budget 2024 de l'Éducation nationale, adopté sans débat après l’activation du 49.3, prévoit 2 500 suppressions de postes après 1 500 en 2023, à répartir sur 48 000 établissements scolaires dans l’Hexagone. « Les effectifs sont trop importants. Nous devons nous inspirer de ce qui fonctionne ailleurs : des enseignants mieux formés, mieux rémunérés et des classes plus petites », insiste Charles Casabianca qui souhaite « remettre la formation au cœur du système. Comme l’école Normale. Aujourd’hui, on devient enseignant sur concours, sans jamais avoir vu un élève. » Sur le redoublement, il avoue que « c’est une bonne chose que les professionnels décident, mais, comme toujours, à condition que le redoublement soit profitable à l’élève. » Selon lui, l’étude Pisa révèle également le poids de l’environnement dans le niveau des élèves : « Quel accès à la culture en dehors de la classe ? Certains élèves n’ont pas un livre chez eux. » Globalement, il s’inquiète pour l’Académie de Corse où il faut, parfois, attendre trois semaines avant d’avoir un remplaçant : « Qu’on nous traite comme à Henri IV ou Louis Legrand qui sont aussi des établissements publics d'enseignement. » Avant de conclure, un peu blasé : « Mais une région pauvre reste une région pauvre… »

C’est enfin Catherine Boutet-Agostini, secrétaire académique du SNES-FSU Corse qui avoue avoir trouvé du positif dans ces annonces : « Redonner de la valeur aux examens, brevet comme Bac, c’est indispensable. » Elle approuve par ailleurs la fameuse méthode « Singapour » avec l'apprentissage de certaines notions plus tôt dans la scolarité. « Commencer les fractions dès le CE1, c’est bien », détaille cette professeure de mathématiques.
Sur les groupes de niveaux qui peuvent alléger les effectifs, elle s’inquiète qu’ils perdurent toute l’année : « On retourne à l’idée de filière, les groupes faibles risquent de le rester. Attention à ne pas créer de nouvelles classes CPPN ! »
Pour le redoublement, elle insiste sur le dialogue avec les parents, même si le fait que le professeur ait le dernier mot est un signal fort : « Oui, on reconnaît notre professionnalisme. » Si elle préfère relativiser les résultats de ces enquêtes, elle confirme une baisse du niveau depuis la période COVID. « Le comportement des élèves a changé. Il y a une perte de repères. Mais ça conforte aussi l'idée que notre rôle est essentiel. »