Le 4 octobre doit ouvrir une nouvelle séquence pour le Partitu di a Nazione Corsa. Vendredi matin, au Café Napoléon à Ajaccio, son secrétaire général, Pascal Zagnoli, a annoncé une « démarche dynamique territoriale » appelée à redéfinir l’organisation et les priorités du mouvement. Elle sera suivie, dans les semaines suivantes, de « nouvelles annonces plus locales, plus ajacciennes », destinées à structurer une force politique implantée durablement dans la ville. « La priorité, c’est la démarche territoriale du 4 octobre. Mais, dans la foulée, il y aura d’autres annonces plus ajacciennes qui viendront structurer cette démarche d’avenir », a-t-il indiqué.
Derrière cette formule, le PNC entend capitaliser sur les 8,69 % recueillis par Pascal Zagnoli lors des élections municipales de mars dernier dans la cité impériale. Un score insuffisant pour accéder au conseil municipal d'Ajaccio mais que l’intéressé considère comme encourageant au regard d’une entrée tardive en campagne. « Je suis un compétiteur, donc je suis forcément déçu de ne pas avoir atteint la barre pour siéger. Mais, dans les conditions et le timing dans lesquels nous sommes partis, je pense que c’est malgré tout un bon résultat », estime-t-il.
Construire une alternative sur le temps long
Le secrétaire général du PNC ne veut pas réduire la future démarche à un simple rassemblement d’étiquettes ou de personnalités. Son objectif est de bâtir un projet municipal commun, susceptible de rassembler au-delà de son seul parti. Jusqu’à rebâtir l’impossible alliance avec les nationalistes réunis autour de la démarche initiée par Jean-Paul Carrolaggi ? « Nous avons quatre ans et demi, cinq grosses années pour apprendre à nous parler. Mais il ne s’agit pas seulement de Jean-Paul Carrolaggi ou de moi. Il faut être capables de se parler entre ceux qui aspirent à changer le visage de leur ville », souligne-t-il, regrettant à demi- mot l’incapacité de s’allier entre les deux tours de l’élection municipale de mars dernier. « Une alliance se discute avant le premier tour. Nous avons été incapables de nous parler avant, et on ne nous a pas donné l’occasion de nous rencontrer entre les deux tours. » Le PNC se dit néanmoins prêt à travailler avec toutes les bonnes volontés, à condition que cette coopération repose sur une ligne politique claire. « Soit on y va autour d’un projet, d’une méthode et d’une vision à dix ou quinze ans, soit cela ne sert à rien. On ne va pas remplacer l’inertie par quelqu’un qui ne partage pas la même vision. »
Cette structuration doit aussi permettre decorriger les faiblesses de la campagne municipale. Pascal Zagnoli reconnaît que sa liste avait davantage trouvé un écho dans l’hypercentre que dans certains quartiers populaires. « Nous avions un déficit de terrain, notamment parce que nous sommes partis tard. C’est ce que nous entendons combattre avec ce nouveau mouvement, en étant beaucoup plus présents là où il existe une forte attente de services publics, d’écoute et de réponses. »
Logement, centre-ville et sécurité
Sur le fond, le PNC entend reprendre le triptyque défendu pendant la campagne : permettre aux Ajacciens de vivre dans leur ville, redynamiser le centre-ville et répondre aux préoccupations de sécurité. « La première priorité, c’est de permettre aux gens de vivre chez eux », affirme Pascal Zagnoli. Il appelle notamment à un encadrement plus ferme des locations de courte durée. Si l’obligation d’enregistrement des meublés touristiques constitue une première étape, il souhaite limiter le nombre de nuitées autorisées et instaurer un mécanisme de compensation pour les logements soustraits durablement au marché locatif à l’année. « Dans certaines rues, comme la rue Fesch ou la rue de Rome, il n’y a plus assez de gens qui habitent à l’année. Il faut aller beaucoup plus loin comme ce qui se fait au Pays Basque par exemple », juge-t-il.
La démarche ajaccienne du PNC travaillera également sur le stationnement, la mobilité, le commerce, l’entrepreneuriat et le sentiment de sécurité. Sans décrire Ajaccio comme une ville en situation d’insécurité majeure, Pascal Zagnoli estime que la cité impériale a changé au cours des dix dernières années. « Il y a eu davantage de caméras et de policiers municipaux, et c’est positif. Mais il faut se demander ce que sera Ajaccio dans dix ou quinze ans si l’on poursuit le projet d’une ville à 100 000 habitants. » Il se montre, dans le même temps, réservé sur l’hypothèse d’une métropole ajaccienne. « Si elle n’est qu’un nouvel échelon pour lever de nouveaux impôts, cela ne m’intéresse pas. Si l’on démontre qu’elle améliore concrètement la mobilité, l’aménagement ou le logement, alors pourquoi pas. Mais, à ce stade, je suis dubitatif. »
Une ouverture au dialogue avec la majorité territoriale ?
Au-delà d’Ajaccio, Pascal Zagnoli a abordé les relations entre le PNC et la majorité territoriale., et notamment les fortes dissensions affichées avec Gilles Simeoni, ancien président du Conseil exécutif de Corse depuis plusieurs années. Sans renier les désaccords de fond, son secrétaire général reconnaît qu’un climat plus apaisé semble s’installer depuis l’arrivée de Gilles Giovanangeli à la tête de l’exécutif. « On a remplacé un Gilles par un autre. Sur la forme, c’est un peu plus cordial, certes. Mais, dans le fonctionnement, rien n’a véritablement évolué », nuance-t-il.
Le PNC reproche notamment à la majorité territoriale un manque de résultats sur les investissements, le recours aux fonds européens, l’agriculture ou encore les relations avec les communes. « Avant qu’il y ait une inflexion du PNC, il faut qu’il y ait une profonde introspection de la part de la majorité territoriale et de ses soutiens, afin de recréer des conditions de travail saines », prévient Pascal Zagnoli. Pour autant, il revendique une ligne de « discussion patriotique ». « Le PNC œuvrera toujours pour garder des canaux de communication et de discussion. Avoir des discussions ne veut pas forcément dire être d’accord. »
Cette ouverture se traduit d’ailleurs, à court terme, par le soutien annoncé du PNC aux candidats autonomistes aux élections sénatoriales dans les deux départements, Jean Giuseppi dans le Sud et Paulu Santu Parigi dans le Nord. Le parti explique avoir conditionné son appui à des engagements en faveur du processus institutionnel, d’un pouvoir normatif et de leviers fiscaux, financiers et législatifs renforcés pour la Corse. « La question n’est pas de savoir si le PNC change d’optique. La question est de savoir si la famille nationaliste est capable de se mettre autour d’une table pour parler d’un projet de long terme et d’une méthode », conclut Pascal Zagnoli. Candidat confirmé dans la 1re circonscription de Corse du Sud lors des prochaines élections législatives, le militant nationaliste a également confirmé que le PNC présentera des candidats dans les quatre circonscriptions sur l’île.
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