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DOSSIER. Violences intrafamiliales : en Corse 1 000 faits de violence ont été identifiés en 2021


Naël Makhzoum le Dimanche 9 Octobre 2022 à 20:20

Pour de nombreux professionnels qui ont participé à la première Agora de la santé en Corse une de forces de cet événement a été d'alerter sur ce qu'il est indispensable de mettre en place pour lutter contre toutes les violences afin de donner une réponse plus immédiate et une prise en charge globale des victimes. Mais malgré la volonté et les compétences intellectuelles insulaires, la question des moyens humains et financiers reste prédominante.
Explications



Une des conférences qui ont eu lieu pendant l’Agora de la santé organisée à Ajaccio par l’ARS
Une des conférences qui ont eu lieu pendant l’Agora de la santé organisée à Ajaccio par l’ARS
"La politique de l'autruche est terminée." Johana Giovanni, avocate au barreau d’Ajaccio et à la cour d’appel de Bastia ne mâche pas ses mots au moment d'évoquer le sujet des violences conjugales, sexistes et sexuelles. Il est vrai que longtemps, l'île de beauté dissimulait bien le mal. Mais la prise de conscience de ces dernières années a mis en évidence la nécessité de se pencher sur le problème. "On doit partir sur un fil conducteur de l'observation en passant par la détection des victimes puis leur accompagnement, explique Vannina Saget, directrice régionale aux droits des femmes et à l'égalité. Mais on cherche aussi maintenant à lutter contre la récidive en prenant également en charge les auteurs."
 
Ce combat émerge d'un constat inquiétant effectué par la coordination pour la sécurité. "L'an dernier, en Corse, environ 1000 faits de violence ont été identifiés par les forces de sécurité intérieure, dont 80% étaient des faits de violences conjugales, expose Vannina Saget. Et cette année, on observe déjà une augmentation de ces chiffres en fonction des territoires, comme à Porto-Vecchio par exemple." 

L'extrême sud de l'île, justement, où va s'implanter une association nationale, Women Safe and Children, qui aura pour objectif d'apporter une compétence en plus et de réunir les structures nécessaires à la bonne prise en charge des victimes.
 
11 féminicides depuis 2010 en Corse
 
Les deux derniers féminicides survenus en Corse, datant du mois de mars à Bastia et juillet 2021 à Porto-Vecchio, sont d'autant plus inquiétants qu'il s'inscrivent dans une succession de ces évènements dramatiques.
Depuis 2010, l'île a enregistré onze décès de femmes mortes sous les coups de leur conjoint. Et si l'on ne connaît pas le chiffre exact, on sait que le nombre de plaintes pour violences conjugales est grandissant, notamment en raison de la démarche pénale offensive mise en place par les nouveaux Procureurs depuis plus d'un an. "On veut traiter la question de la victime et son orientation vers des professionnels compétents, affirme la directrice régionale aux droits des femmes et à l'égalité. Une victime qui va être confrontée à un gendarme, un avocat, un psychologue, un enseignant, doit pouvoir être reçue par des gens formés."
 
Former pour mieux détecter, oui, mais à tous les types de violence. "Si une femme ne prend pas une gifle, on aura du mal à obtenir une condamnation, image Johana Giovanni. Ce que je veux dire, c'est qu'il doit aussi y avoir une reconnaissance de la violence morale, économique et pas seulement physique." Et en parallèle d'un besoin de former les acteurs confrontés à ces situations, le travail de sensibilisation et de prévention reste le nerf de la guerre. "Combattre les violences, ça commence par l’éducation de nos enfants, mais pas seulement, détaille l'avocate au barreau d’Ajaccio et à la cour d’appel de Bastia. Il faut aussi faire un travail avec les parents car ce sont eux qui sont l'exemple suivi par leurs enfants."
 
Accueillir les victimes et suivre les auteurs
 
Au-delà de cette structuration, l'un des objectifs majeurs est de multiplier les points d'accueil de victimes. "L'enjeu est de pouvoir installer des lieux d’information et d’orientation dédiés aux femmes victimes de violences et plus largement aux femmes, dévoile Vannina Saget. On s'est appuyés sur les Maisons France Services puisqu'elles se trouvent sur tout le territoire, et leur permettent d'y trouver de l’information sur le droit de la famille, l’orientation éducative ou simplement d'avoir un temps de répit précieux." Dans la même lignée, un projet est en cours de finalisation. "Un accueil de jour sur la région ajaccienne dédié aux femmes victimes de violences, présente la directrice aux droits des femmes et à l'égalité. C'est un lieu où on peut se recueillir comme déclarer ses difficultés et bénéficier d'une prise en charge globale par une équipe formée."
 
Dans le sillage de la volonté d'accompagner aussi les auteurs, un partenariat avec le ministère de la Justice a vu le jour il y a un mois à peine. "Un nouveau dispositif de prise en charge et de suivi des auteurs de violences conjugales (CAPA) a été créé avec la vocation de lutter contre la récidive, se réjouit Vannina Saget. On a pu évaluer qu'entre 80 et 100 auteurs pourraient être accompagnés lors d'un parcours de quatre à six mois durant lequel ils seraient pris en charge, si les magistrats pouvaient orienter vers ce nouveau CPCA."
 
Le défi des moyens financiers
 
Les actions sont de plus en nombreuses et suivent le chemin tracé par la politique nationale en la matière, composée de trois piliers : la prévention des violences faites aux femmes, leur autonomie économique et la culture de l’égalité au quotidien. "Des choses se créent, on en pointe aussi du doigt d'autres qui ne fonctionnent plus pour réfléchir à de nouvelles solutions, précise Johana Giovanni. Le problème est qu'il y a beaucoup de volonté en Corse mais un manque de moyens, on a des projets extrêmement ambitieux mais on ne permet pas de faire les choses."
 
Car malgré la volonté et les compétences intellectuelles insulaires, la question des moyens humains et financiers reste prédominante. "Aujourd’hui, plusieurs associations se créent sans être subventionnées pour prendre en charge les victimes alors qu’on devrait déjà avoir des structures pour ça, regrette l'avocate. Mais c'est le reflet de ce qu'il se passe dans le monde de la justice qui tourne au ralenti car on manque de greffiers, de magistrats..."
 
C'est aussi l'une des forces de cet Agora de la santé : alerter sur ce qu'il est indispensable de mettre en place pour lutter contre ces violences. Une réponse plus immédiate et une prise en charge globale du moment où on caractérise le besoin d'une victime jusqu’à sa reconstruction, ne peut pas se faire sans débloquer des fonds. Aux politiques désormais, de se saisir de ces questions pour faire évoluer les choses.














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