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Corse : le mystère du trésor de Lava


Livia Santana et Antoine Irrien le Dimanche 22 Novembre 2020 à 11:23

CNI a réécrit pour vous le récit d'un trésor unique en Méditerranée dont les secrets ne sont pas encore tous révélés.



Une pièce du trésor de Lava
Une pièce du trésor de Lava

Qui aurait cru qu’une oursinade entre amis dans le golfe de Lava aboutirait sur la découverte d’un des trésors de l’empire romain. Pourtant, un jour de septembre 1985, lors d’une pêche à l’oursin dans la commune d’Alata, près d’Ajaccio, Félix Biancamaria et son ami Marc Cotoni tombent nez à nez avec des pièces d’une valeur inestimable. Frappé à l’effigie d’empereurs antiques, cet or proviendrait du butin d’un navire qui aurait, au IIIe siècle, transporté à son bord une partie des richesses de l’une des plus grandes civilisations de notre ère. Près de 1700 ans plus tard, le mystère entourant sa découverte n’est toujours pas résolu. 

Lorsque les deux Corses plongent il y a 35 ans en face du rocher de Pietra Piumbata, ils sont loin d’imaginer le trésor dont ils deviennent les inventeurs. Ils troquent vite les parties d’oursinades contre la pêche aux objets précieux. En un mois, les deux compères, rapidement rejoints par le frère jumeau de Félix, Ange Biancamaria, remontent à la surface plus de 4000 pièces, médaillons, et plats en or. 


De l’expertise à l’enquête judiciaire

C’est l’heure de la “vida loca” pour les jeunes plongeurs qui enchaînent les soirées et des achats de luxe jusqu’à dépenser plus de 50 000 euros par semaine. Félix cherche à vendre les pièces. Il monte plusieurs fois à Nice et à Paris, chez des cabinets de numismates. Ce n’est qu’un an plus tard, lorsqu’ils mettent une partie de leur trophée aux enchères à Monte-Carlo, que le trésor prend une nouvelle tournure. Paul Silvani, correspondant pour Le Monde sur l’île de beauté titre alors : “L'or de Lava en vente à Monaco”. Après des coups de fil anonymes, l’histoire remonte jusqu’au parquet d’Ajaccio. Suite à une dizaine d’interpellations, l’information judiciaire est ouverte.
 

Un trésor corse éparpillé 

Le trésor de Lava devient en l’espace de quelques jours une affaire d’Etat. La gendarmerie d’Ajaccio et le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) fouillent la crique, face au rocher de Pietra Piumbata. Mais les Biancamaria ont déjà écoulé une bonne partie des pièces. Si le trésor est d'origine terrestre, il appartient au découvreur et au propriétaire du terrain, donc aux frères jumeaux. S'il s'agit d'une « épave maritime », il appartient à l'Etat. Après huit ans d'enquête, l'audition de près de 500 personnes, la justice condamne en 1994 les Biancamaria et Marc Cotoni à 18 mois de prison avec sursis et 25 000 francs d'amende. En tout, seulement 78 pièces ont été saisies. 
 

Des pièces d’or en direction de Hong-kong

En mars 2017, l’affaire du trésor de Lava ressurgit à Bastia quand 4 personnes sont interpellées en possession de 16 pièces d’or dissimulées dans des tampons encreurs de décoration en bois et caoutchouc. Très rapidement, le procureur de Bastia se saisit de l’affaire. Pour les gendarmes, il n’y a pas de doutes, il s’agit ici de pièces provenant de Lava. L’enquête est confiée à la section de recherche de la gendarmerie de Bastia qui établit bientôt la valeur des pièces entre 50.000 et 700. 000 euros. Cette belle transaction devait se réaliser à Hong-Kong.

Malheureusement pour eux, les trafiquants, Simon Giuntini et Pierre-François Sabiani, sont mis en examen avant leur départ. Sous la pression des enquêteurs, les deux Corses reconnaissent les faits, de même qu'un complice. Tous sont écroués pour “association de malfaiteurs, contrebande, aliénation de biens culturels et détention d'armes en bande organisée”. Après expertises, l’enquête conclut que les pièces n’étaient pas celles du trésor de Lava, mais des copies.
 

Le dossier Lava aux oubliettes

En novembre 2017, le colonel Michel de la brigade de recherche d’Ajaccio rend le dossier Lava. A ce même moment est sur le point de s’achever “Secret d’épaves”, une exposition au musée de Bastia qui dévoile pour la première fois la pièce maîtresse du trésor de Lava : un plat en or, estimé à près de 2 millions d’euros. Quelques années auparavant, cet objet unique avait d’ailleurs échappé à Félix Biancamaria. En 2010, le Corse se rend à Bruxelles pour le ramener en Méditerranée, et le vendre à Marseille. Mais le plongeur de Lava, sur écoute depuis son départ d’Ajaccio, se fait attraper par la douane dans une gare parisienne.  

Le plat finit par retourner sur son île. En 2017, une fois l’exposition terminée, ce dernier est rangé auprès des autres pièces, “entreposées en Corse dans des lieux tenus secrets”, précise le directeur de la Direction régionale des Affaires culturelles (Drac), Franck Leandri. 

Depuis, plus personne n’a entendu parler du trésor, comme si le secret avait été replongé dans l’eau du golfe. “D’après les experts numismastes, personne ne risquerait de mettre sur le marché français ou même européen des pièces si facilement identifiables”, explique le colonel Michel. Mais où sont donc passées les autres pièces ?
Pour Nicolas Bessone, procureur de Bastia à l’époque, les pièces seraient écoulées sur le marché asiatique permettant aux trafiquants d'acheter des armes démilitarisées afin de les remettre en service dans des pays d’Asie, et de les importer en Europe. Si on ne connaîtra jamais sa provenance exacte, le trésor de Lava aura en tout cas beaucoup voyagé.


















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