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Bastia : Le bilinguisme descend dans la rue


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 6 Novembre 2014 à 20:01 | Modifié le Vendredi 14 Novembre 2014 - 13:10


La commission extra-municipale sur la signalétique bilingue, dirigée par Georges de Zerbi, a remis symboliquement, jeudi matin, au maire de Bastia, Gilles Simeoni, l’énorme travail réalisé pendant six ans sur les noms des 450 rues et places de la ville. Ce travail sur la langue, l’histoire, le patrimoine et la mémoire, effectué par une quinzaine de passionnés, s’adosse à la volonté politique de la nouvelle majorité de mettre en œuvre le bilinguisme. Cet enjeu, à la fois, mémoriel, patrimonial, culturel et identitaire s’affichera progressivement dans tous les quartiers de Bastia.


Le groupe de travail sur la signalétique dirigé par Georges De Zerbi, entourant le maire de Bastia, Gilles Simeoni, ses adjoints au patrimoine et à la culture, Philippe Peretti et Mattea Lacave, et Michel-Edouard Nigaglioni, Directeur du Patrimoine.
Le groupe de travail sur la signalétique dirigé par Georges De Zerbi, entourant le maire de Bastia, Gilles Simeoni, ses adjoints au patrimoine et à la culture, Philippe Peretti et Mattea Lacave, et Michel-Edouard Nigaglioni, Directeur du Patrimoine.
Place du Donjon, quartier de la Citadelle. Les plaques neuves, apposées au coin des rues environnantes et sur la façade du palais des Nobles Douze, affichent un double nom : « Place du DONJON – Piazza di A CORTE ». C’est, ici, que débute l’opération municipale de signalétique bilingue qui, progressivement, s’étendra à tous les quartiers de Bastia. Une opération à-priori très classique, inscrite dans la Charte de la langue corse élaborée par la Collectivité territoriale, que l’ancienne municipalité a fini par ratifier fin 2012. Sauf qu’un coup d’œil plus appuyé révèle que la place porte deux noms différents en corse et en français, l’un n’étant pas la traduction de l’autre ! La dénomination corse ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’un énorme travail de mémoire entrepris par le Bastiais Georges de Zerbi et un groupe de linguistes, d’historiens, d’historiens de l’art et de chercheurs, tous passionnés par A lingua nustrale et a memoria. Avec, également, la forte implication de Monica Ugolotti, fonctionnaire de la ville.
 
Un listing complet des rues
« J’ai été chargé par l’ancienne municipalité de mettre en place ce groupe de signalétique bilingue. Le maire actuel est disposé à entériner le projet. Nous lui avons remis le fruit de notre travail », explique Georges de Zerbi, jeudi matin, place du Donjon. Entouré de son équipe, il remet, effectivement, au maire de Bastia, Gilles Simeoni, le listing complet de la nouvelle signalétique bilingue de toutes les rues et places de la ville, en présence de Philippe Peretti, adjoint délégué à la mise en valeur du Patrimoine, de Michel-Edouard Nigaglioni, directeur du Patrimoine, et de Mattea Lacave, adjointe déléguée à la culture.
Gilles Simeoni se montre d’autant plus disposé et « enthousiaste » que c’est sous l’aiguillon de son propre groupe politique Inseme per Bastia, plus précisément de Patrizia Gattaceca et de Fabiana Giovannini, alors conseillères municipales, que ce projet a vu le jour. L’ancien maire, Emile Zuccarelli, qui refusait de lâcher prise sur la ratification de la Charte de la langue corse, avait concédé, à l’opposition nationaliste, la création de cette Commission sur la signalétique bilingue.
 
Le retour des anciens noms
Le but de cette Commission n’est pas simplement de traduire en langue corse les appellations françaises existantes et d’ôter les doublons, mais de « célébrer la mémoire de la ville de Bastia ». Commence, alors, un long, patient et intelligent travail de recherche, à la fois érudite et populaire, qui dure près de six ans. « Nous avons couvert 450 rues et places de la ville de Bastia en leur donnant une dénomination corse qui correspond quelquefois à la traduction, mais le plus souvent à ce qui dormait ou était enfoui sous la mémoire défaillante ou historique, voire populaire. Nous avons décidé de ne pas traduire, mais de redonner le nom ancien à chaque fois que nous l’avons retrouvé dans des documents historiques ou que la mémoire populaire l’a gardé ou l’atteste encore », précise Georges de Zerbi. Le groupe plonge dans les archives de la ville, le plan Terrier de 1773 et le cadastre napoléonien, écume les ouvrages, notamment celui de Sébastien de Caraffa datant du début du 20ème siècle, et les vieux journaux, interroge les personnes âgées et la mémoire populaire pour retrouver les appellations originelles ou en fonder de nouvelles en lien direct avec l’histoire de la rue ou du lieu concerné.
 
Savoureuse mémoire
Le résultat, visible dans le quartier de la citadelle, est, à la fois, éloquent et savoureux. La « Place du DONJON », située dans la cour du Palais des gouverneurs, devient, en corse, A « Piazza di A CORTE ». La petite « Rue de l’ESPLANADE », qui permet d’y accéder, se transforme en « Stretta di CALABRAGHE » parce que, dans cette rue, les Bastiais faisaient leurs besoins, « calabraghe » signifiant « baisser le pantalon » ! La « Rue SAINTE-CROIX », menant à l’église du même nom, qui abritait, jadis, le marché aux fruits, prend le nom de « Carrughju di A FRUTTA ». La « Rue du CLOITRE », où est située la maison de la famille de Zerbi, l’une des plus anciennes familles de Bastia, devient U « Carrughju Zerbi ». La « Rue du Dragon » retrouve son nom corse de « U Tragone », signifiant le « ravin » et qui fut mal traduit par les Français. De même, la « Rue SAINT-MICHEL » récupère son ancien nom de « Carrughju di A CHJAPPA », expression désignant le tout 1er marché bastiais qui se tenait place du Donjon. Dans le même esprit, U « Carrughju di A RIPA » rappelle que, sur cette place, on déculottait, sur une pierre appelée « lastrone », les commerçants qui faisaient faillite !
 
Un document opérationnel
Ce parti-pris de coller à la mémoire de la ville dépasse les limites du centre historique. Philippe Peretti annonce que « Leonello Lomellino, 1er gouverneur génois, fondateur de Bastia en 1386, aura sa rue à l’extrémité des quartiers Sud, vers Agliani. L’idée est de montrer la continuité urbaine. L’enjeu est mémoriel et patrimonial. Il s’agit de mettre en valeur la notabilité bastiaise tout en affichant le bilinguisme. La ville devient progressivement bilingue dans son expression visible et, espérons-le, dans son expression orale ».
Une volonté municipale confirmée par le maire, Gilles Simeoni, qui a, d’abord, tenu à féliciter la Commission et à lui témoigner « beaucoup de gratitude » pour le travail « exceptionnel » réalisé au niveau patrimonial et historiographique. Un travail qui, assure-t-il, ne restera pas dans un tiroir. « Nous avons la volonté politique de rendre ce document utile et opérationnel dans la vie quotidienne. Ce n’est pas seulement un document pour la mémoire et pour la recherche, mais pour concrètement mettre en place une signalétique bilingue ».
 
Une ville bilingue
Cette mise en place sera, prochainement, programmée quartier par quartier. Gilles Simeoni veut y mettre les moyens en lui accordant « un budget dédié » et en nouant un partenariat avec les services concernés : les hypothèques, le cadastre, la poste… afin que « l’adressage puisse être effectif ». Pour le 1er édile nationaliste, cette signalétique bilingue est « l’expression forte et concrète de notre politique de réappropriation de notre identité, de notre langue et de notre patrimoine culturel et historique. Elle exprime aussi notre volonté de construire une identité moderne dans laquelle tous puissent se reconnaître. Elle s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre concrète du bilinguisme ».
Un bilinguisme que la mairie décline déjà en interne au niveau de la signalétique, de la formation du personnel et même des futurs recrutements et profils de postes où la maîtrise de la langue corse est « souhaitée ». Cette politique volontariste se manifeste, également, au niveau éducatif par un partenariat renforcé avec les écoles et au niveau culturel dans les expositions et la programmation des spectacles. « Le bilinguisme est opérationnel dans tous les champs de l’action municipale », affirme Gilles Simeoni qui n’entend pas s’arrêter là.
N.M
 





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