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Transports vers la Corse : une journée de discussion organisée à la CCI de Corse


Rose Casado le Jeudi 23 Mai 2024 à 10:30

Réunis à Bastia, les acteurs du transport et du tourisme en Corse ont discuté des moyens de développer un système de transport équilibré et durable pour soutenir le tourisme tout au long de l'année.



Mercredi 22 mai,  la Chambre de Commerce et d’Industrie de Haute-Corse a accueilli l'ensemble des acteurs du secteur touristique.
Mercredi 22 mai, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Haute-Corse a accueilli l'ensemble des acteurs du secteur touristique.
Ce mercredi 22 mai, la Chambre de commerce et d’industrie de Haute-Corse a accueilli une importante réunion dédiée aux transports maritimes et aériens. À l'initiative de l’UMIH Corsica, les socioprofessionnels du tourisme ont échangé avec les responsables des compagnies de transport, en présence des principaux décideurs régionaux, dont le président du Conseil exécutif de Corse et les présidentes de l’Office des transports et de l’Agence du tourisme de la Corse. La réunion a été divisée en deux sessions : une consacrée aux transports maritimes le matin et l'autre aux transports aériens l'après-midi.
 
Les échanges ont souligné l’urgence de rendre les transports vers l’île plus abordables. "Il est crucial aujourd’hui de tenir cette réunion pour écouter les différents acteurs : les professionnels du tourisme, les hôteliers, ainsi que les offres de transport des compagnies privées telles que Corsica Ferries, Corsica Linea, La Méridionale et Moby Lines," explique Flora Mattei, présidente de l’Office des Transports de la Corse (OTC). Il s'agit là d'une façon de « s’inscrire dans la continuité des travaux engagés par la collectivité de Corse ».

Le coût élevé des transports a été identifié comme un obstacle majeur, poussant les touristes à choisir d'autres destinations. Malgré les justifications des transporteurs, il est difficile de concilier toutes les exigences économiques. "Il est extrêmement important que tous les acteurs du tourisme se réunissent comme aujourd'hui pour comprendre les besoins de chacun et construire dès maintenant l’offre pour 2025," a poursuivi Flora Mattei.

Déconcentrer le tourisme comme fer de lance

Angèle Bastiani, Présidente de l’Agence du Tourisme de la Corse, lors de la journée de discussion autour des transports externes organisée à la CCI de Bastia, mardi 22 mai 2024.
Angèle Bastiani, Présidente de l’Agence du Tourisme de la Corse, lors de la journée de discussion autour des transports externes organisée à la CCI de Bastia, mardi 22 mai 2024.
Un autre point discuté a été le potentiel encore inexploité de l’avant et de l’après-saison touristique en Corse. Les participants se sont accordés sur la nécessité de "déconcentrer le tourisme". Flora Mattei a souligné que cette démarche est "la clé de voûte du développement durable". Comme cible, la Présidente de l’Office des Transports de la Corse évoque alors « l’agro-tourisme, le tourisme sportif », et encourage les initiatives associatives. Ces dernières permettraient de « recueillir et d’accueillir encore plus de monde, sur les ailes de saison ».  Une volonté largement partagée par Angèle Bastiani, Présidente de l’Agence du Tourisme de la Corse, qui évoque une « promotion du tourisme corse » à l’année. Ce dispositif a pour but d’équilibrer le flux dans la temporalité. Pour ce faire « il y a un travail sur la provenance des touristes, et sur les pays », précise-t-elle. Angèle Bastiani souligne que « l’argent public concentré en dépenses sur le territoire national devrait être diffusé sur les autres pays européens et internationaux pour essayer d’aller accrocher une clientèle nouvelle qui viendrait à des instants différents et pour des choses différentes en Corse. »

Relancer le secteur de l’hôtellerie, du camping et du gîte

Les représentants de Corsica Ferries, Corsica Linea, La Méridionale et Moby Lines réunis à la CCI de Bastia, mercredi 22 mai 2024.
Les représentants de Corsica Ferries, Corsica Linea, La Méridionale et Moby Lines réunis à la CCI de Bastia, mercredi 22 mai 2024.
Au-delà de l’afflux massif des touristes en période estivale, la Corse se voit confrontée à une autre problématique : celle des locations saisonnières par le biais d'Airbnb. Pour inciter les touristes à se tourner à nouveau vers les hôtels, les campings ou les gîtes, L’Agence du Tourisme de la Corse travaille sur le « cadrage » de ce système de réservations. « C’est une clientèle qui nous échappe », admet Flora Mattei. Et pour cause, « les transporteurs aériens et maritimes affichent toutes leurs places complètes, alors que dans nos hôtels, nos gîtes, nos résidences de tourismes, nous sommes loin d’être complets, sur tous types d’hébergement », rapporte Karina Goffi, Présidente de l’UMIH, à l’issue de la matinée de discutions. Pour tenter de venir en aide aux hôteliers, aux campings et aux gîtes conventionnés, les partenaires ont proposé une solution. Les touristes en mesure de donner la preuve de leur réservation dans un établissement marchant bénéficieraient d’une réduction. A contrario, ceux qui iraient dans des Airbnb seraient taxés. « On va essayer de s’adapter, et évidemment il y a un prix moyen à respecter,  précise-t-elle. [Les hôteliers] sont des chefs d’entreprises. (…) Nous comprenons leur inquiétude quand ils disent : on a besoin de gagner notre vie ». Si elle est consciente que le commerce du Airbnb ne va pas s’arrêter totalement, Karina Goffi estime qu’une piste amenant vers une solution a déjà été trouvée, et « espère qu’elle sera porteuse ». De son côté, le PDG de la compagnie maritime Corsica Ferries, Pierre Mattei, confie travailler avec les hôteliers sur des promotions. « Nous avons fait une campagne de phoning qui a bien marché », assure-t-il.

« Il y a des lignes rouges qu’il ne faudra pas franchir »

Le port de Bastia. Archives CNI
Le port de Bastia. Archives CNI
À ce volet commercial, s’ajoute également celui de l’environnement. Selon Flora Mattei, concilier croissance et développement durable constitue l’une « des lignes directrices de la Collectivité de Corse ». Une tâche peu aisée, convient-elle. Et de préciser : « Quand on parle de croissance et de développement durable, c’est économique, environnemental et social. Les trois facteurs doivent être réunis pour justifier d’un développement durable. » Malgré la croissance espérée par la Présidente de l’Office des Transports, « il y a des lignes rouges qu’il ne faudra pas franchir ». Est aussi mis en exergue « le dimensionnement des infrastructures aéroportuaires et portuaires ». Et de conclure : « Nous ne voulons pas une explosion du tourisme en juillet et en août. D’où l’intérêt de les délocaliser et de les déconcentrer autour du pic de la saison estivale. Nous visons vraiment un tourisme à l’année. Les mois de juillet et août à proscrire ».