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Tourisme : En Corse, avec la baisse du chômage, recruter des saisonniers s’avère compliqué


le Mardi 9 Mai 2023 à 19:02

Comme chaque année, le recrutement des saisonniers, notamment dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, relève du casse tête pour les employeurs insulaires. Mais le défi est rendu d'autant plus compliqué cette année du fait du taux de chômage historiquement bas. Pour tenter d'accompagner le secteur et de répondre aux besoins de plus en plus importants, Pôle Emploi met en œuvre différentes solutions au quotidien.



(Photo d'illustration)
(Photo d'illustration)
Réceptionniste, femme de chambre, serveur, ou encore plongeur. Il suffit de jeter un œil sur les annonces publiées par Pôle Emploi Corse pour s’en apercevoir : à l’aube du rush touristique, comme chaque année de nombreuses offres d’emplois saisonniers sont à pourvoir. Et comme toujours, trouver du personnel pour pouvoir celles-ci est loin d’être une mince affaire pour les employeurs. Un défi peut-être encore plus ardu cette année. « On nous dépose chaque jour beaucoup d’offres dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration, et c’est vrai que c’est très compliqué aujourd’hui de satisfaire toutes les demandes tout simplement parce que le chômage a fortement baissé en Corse. Aujourd’hui, nous n’avons tout simplement pas assez de demandeurs d’emploi pour mettre en face de toutes les offres qui nous sont proposées », explique Michel Castelli, directeur adjoint de Pôle Emploi Corse, en pointant un niveau historiquement bas du chômage « que nous n’avions pas connu en France depuis 40 ans ». « Pendant longtemps, nous avons rêvé d’avoir un chômage à 6% comme on l’a aujourd’hui. Mais quand on arrive à ce niveau de chômage, cela veut dire que du point de vue économique, nous sommes pratiquement à ce que l’on appelle le plein emploi et du coup cela devient très difficile de recruter », abonde-t-il. 
 
En outre, le directeur adjoint de Pôle Emploi Corse note une évolution importante au niveau des recrutements sur la région. « Pour le premier trimestre 2019, nous avions 5559 offres déposées à Pôle Emploi. Pour le premier trimestre 2023, nous en sommes à 8892 offres déposées. Nous avons une progression de l’ordre de 60 à 70%. C’est du jamais vu », souligne-t-il en ajoutant : « Nous avons des entreprises qui ont de plus en plus de besoins, mais il y a donc une difficulté de recrutement en parallèle puisque le chômage a fortement baissé. On entend beaucoup dire que les gens ne veulent pas travailler, ce qui n’est pas vrai. Beaucoup de chômeurs ont retrouvé un emploi. Du coup, la contrepartie c’est qu’il n’y a plus assez de demandeurs pour pourvoir toutes les offres ».

Si tous les secteurs d’activité semblent aujourd’hui touchés par ce phénomène, la branche de l’hôtellerie-restauration, qui pourvoi énormément de besoins sur le territoire insulaire est particulièrement impactée. « L’enjeu c’est de se dire qu’il y a de tels besoins qu’il va falloir aller chercher les personnes ailleurs », souligne Michel Castelli en visant des professionnels venus du continent, mais aussi d’autres pays européens. « Nous sommes aussi allés dernièrement en Sardaigne participer à un forum à Cagliari dans l’hôtellerie-restauration pour essayer de capter des profils, mais il faut savoir que même dans les autres pays d’Europe le même problème existe. Nous avons tout de même réussi à capter une trentaine de profils intéressants qui vont venir travailler en Corse », dévoile-t-il dans ce droit fil. Il concède néanmoins que le recrutement de saisonniers extérieurs à l’île est souvent freiné par les problématiques du transport et du logement. « Certains employeurs font l’effort de loger leurs saisonniers, mais tous ne peuvent pas se le permettre », instille-t-il. 

Miser sur les reconversions

Autre piste de solution pour essayer d’absorber en partie le trop plein d’offres, miser sur les personnes prêtes à changer de voie professionnelle. « Aujourd’hui, un demandeur d’emploi sur deux reprend un emploi dans un domaine qui n’est pas celui dans lequel il recherchait au départ. Cela veut dire que l’on peut amener de nouveaux candidats à travailler dans des métiers qui sont déficitaires », indique le directeur adjoint de Pôle Emploi Corse. Dans cette optique, l’établissement a déployé un panel de dispositifs visant à accompagner les personnes en reconversion. « Dans toutes nos agences en Corse, nous avons mis en place ce que l’on appelle de la détection de potentiel. Nous allons essayer de voir si une personne qui n’a pas de projet défini peut avoir des compétences, des savoir-être, des habilités qui vont être transférables dans les métiers de l’hôtellerie-restauration ou même d’autres métiers comme le commerce qui est aussi fortement pourvoyeur d’offres et qui a également du mal à recruter. Pour cela, nous avons une méthode qui s’appelle la méthode de recrutement par simulation qui permet de conduire des recrutements à travers des exercices où nous repérons par analogie les habiletés des candidats », détaille Michel Castelli. 
 
Pour aller plus loin, Pôle Emploi propose également des immersions en entreprises afin de permettre aux personnes ne connaissant pas ces métiers mais prêtes à essayer de voir si cela leur convient. « Enfin quand on a des personnes qui ont envie de travailler dans ces métiers, mais qui n’ont pas tout à fait le profil, nous pouvons financer des périodes d’adaptation dans l’entreprise. Sur un ou deux mois, on va alors travailler à permettre au candidat d’acquérir les compétences qui lui manquent », précise encore le directeur adjoint de Pôle Emploi en avertissant toutefois : « Mais même si on prenait tous les demandeurs d’emploi de la région, quel que soit le métier qu’ils recherchent, et qu’on leur proposait tous un emploi dans l’hôtellerie-restauration, cela ne suffirait pas à pourvoir les besoins ».