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Tocc’à voi : Une vie pour un mur


Emmanuelle Carli le Samedi 1 Février 2020 à 10:52

Aujourd’hui CNI veut aller encore plus loin pour répondre à la demande toujours plus croissante des ses lecteurs et invite les internautes à participer à l'élaboration du journal avec leurs "contributions". Les articles retenus seront mis en page d'accueil, tout comme les articles, rédigés par les journalistes. On les distingue de ces derniers par la mention «Tocc'à voi ». Comment devenir contributeur? Dans cette première phase pour devenir contributeur il suffira juste de nous adresser un mail à corsenetinfos@gmail.com avec en objet Tocc'à Voi



Tocc’à voi : Une vie pour un mur
Je vais vous raconter une histoire. Une histoire vraie. L’histoire d’une réinsertion réussie, exemplaire. La France n’en compte pas beaucoup. Elle n’est pas réputée pour cela.
C’est l’histoire d’un homme qui a été condamné à 11 ans de prison pour dégradation d’un bien public. Une gendarmerie. Il n’a ni tué, ni blessé, ni violé. Il ne s’est pas enrichi personnellement.
Il purge 8 ans de prisons dont 4 à 900 km de sa famille. Sans histoire. Un an de conditionnelle, respectant parfaitement ses obligations. Il est libre.
Il aurait pu en sortir brisé. Être tenté par une vie marginale, l’argent facile…
Mais non. Sitôt sorti, il travaille. Réintègre l’entreprise dans laquelle il était employé avant son incarcération. Se forme. Se lève tôt le matin pour rejoindre son lieu de travail. Contracte un crédit, qu’il paye toujours, et utilise son temps libre pour aménager le terrain dont il a fait l’acquisition. Il est doué de ses mains, d’un terrain vague envahi par la broussaille et d’un hangar il a fait un foyer chaleureux. Il se contente de peu mais il faut que ce soit propre. La crasse, il l’a trop subie, là bas. Il veut être tranquille maintenant. Loin des cours de promenade, des portes qui s’ouvrent, la nuit, toutes les deux heures et des lumières qui s’allument au son d’un tonitruant « Bougez » des gardiens qui veulent vérifier que vous n’êtes pas mort. Loin du bruit, loin des cris.  Profiter de ses filles qu’il n’a pas vues grandir, et de son petit garçon. Il paye ses impôts, rubis sur l’ongle, et l’indemnisation des parties civiles.

L’histoire aurait pu s'arrêter là et on n’aurait plus entendu parler de lui.
Mais en 2015 des assassins barbares perpètrent les attentats de Paris. Loi de renseignement, création du FIJAIT pour prévenir les allers et venues de djihadistes. Contre toute attente, il y est inscrit. Le voilà contraint à l’équivalent d’un contrôle judiciaire, inscrit d’office au fichier des personnes recherchées. Insupportable. Il refuse de s’y soumettre, d’être assimilé à ces meurtriers aveugles. C’est le début des conférences de presse, de l’exposition médiatique, qu’il n’aime pas mais juge nécessaire car ce combat n’est pas seulement le sien. Quasi simultanément, le couperet tombe : 60 000€ de dommages et intérêts à verser à l’Etat Français, solidairement des autres condamnés. 60 000€, c’est 4 ans de SMIC. Financièrement, c’est l’asphyxie à coup sûr. Il n’est pas le seul dans ce cas. Dans la foulée, création du Collectif Patriotti. Les amendes exorbitantes et le FIJAIT en seront les principaux chevaux de bataille.
De procès en gardes à vue, la pression sur lui augmente. En septembre le Parquet autorise l’usage de la force publique pour le faire comparaître.

Il y a une semaine on lui a notifié un avis à tiers détenteur. 56 000 sur les 60 000€ de dommages et intérêts. Il a 30 jours pour se retourner, négocier, peut-être, un étalement. En fait, sa paye sera impactée une semaine plus tard. Le montant prélevé est intenable.

La vérité, c’est que s’il avait tué ou violé, dans une affaire de droit commun, cet homme coulerait des jours tranquilles. Mais les murs d’une gendarmerie coûtent plus cher qu’une vie. Et sa résistance a fait de lui un homme à abattre. 

En 2020 on ne pend plus comme dans le Niolu il y a 200 ans. On ne déporte plus massivement comme dans le Fium’orbu. Non. La pacification a pris d’autres formes. On cherche à tuer socialement, financièrement. Et l’on y parvient parfois. Combien d’anciens prisonniers politiques sont aujourd’hui dans une grande précarité, brisés par l’emprisonnement, sans emploi? Pendant que l’on chante dans les bars, les foires, les concerts l’Armata di l’ombra, que l’on scande So Elli ou plus récemment la magnifique chanson Eddi d’Attalà, combien se soucient de ce qu’ils sont devenus? Il sera trop tard lorsqu’ils disparaîtront, de témoigner comme il est de bon ton de le faire, la main sur le coeur et la larme à l’oeil, tout ce que nous leur devons : “omu di prima trinca”, “militante d’onore”, “A ellu l’abbracciu di sta terra”... Basta! Certains sont toujours là, bien présents, à se battre pour vivre dignes et l’Etat conduit à leur endroit une opération de destruction!

Cet homme dont je vous ai raconté l’histoire s’appelle Jean-Marc Dominici et je suis fière de partager sa vie. Une vie que l’Etat français a décidé de broyer.

Une vie, pour des murs de gendarmerie.

















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