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Simon Giuseppi : La guerre et les couvents de Corse


Rédigé par Anne-Xavier Albertini le Jeudi 2 Octobre 2014 à 18:37 | Modifié le Samedi 4 Octobre 2014 - 02:25


Dans un livre magnifique édité par Alain Piazzola, Simon Giuseppi , un Corse qui a longtemps vécu en Angleterre, nous ouvre les portes des couvents de Corse pour nous raconter l'histoire de ces années (1914/1920) inconnues, étonnantes, qui complètent ce que nous connaissons de la Corse et nous informe de ce que nous pouvons ignorer.


Dès que la guerre de 1914 a éclaté, la Corse, loin du front, et comme nombre de départements de l'Ouest, du Sud-Ouest, est retenue par les autorités comme lieu de "concentration" des populations civiles. Ces civils, ressortissants de pays ennemis : Allemagne, Autriche, Hongrie, sont emprisonnés pour des raisons militaires. S'ils retournent dans leur pays, ils seront mobilisés pour se battre contre la France, femmes et enfants sont rapatriés à la fin de 1914. On craint également l'espionnage.

L'île décourage l'évasion et présente un cadre idéal, d'autant qu'elle possède des quantités de couvents aptes à l'enfermement et à la surveillance.

Dès les premiers mois du conflit on décide de créer des dépôts d'internés ( on dira ensuite "camps de concentration") dans les anciens couvents de Corbara, d'Oletta, Morsiglia et Luri. En aout 1914, 2000 prisonniers civils débarquent sur le sol corse. Ils sont allemands, autrichiens, tchèques, hongrois, serbes, polonais, ottoman etc...et seront internés dans les couvents pour la durée de la guerre.
 

En 1955 Jean-Claude Farcy, chargé de recherches au CNRS a publié un ouvrage sur "les camps de concentration français de la première guerre mondiale : 1914-1920.

Il écrit  " ces camps de concentration sont pratiquement ignorés de la recherche historique. Les ouvrages consacrés à la première guerre mondiale n'en font pas mention.

Certains incidents nous rappellent que la grande guerre vide la Corse, non seulement de son capital en  hommes, mais également de l'outil agricole et moyen de transport indispensable que représentait le mulet. Les mulets corses et nord-africain rendaient des services inestimables sur les champs de bataille et derrière les lignes. Peu d'entre eux ont survécu.

Au couvent de Corbara(*), un Autrichien, Julius Hammer, dessinateur de talent, fait vivre pour le lecteur ce pan d'histoire au moyen de son art. Sa collection est restée intacte. Les dessins de Hammer et les clichés du photographe Aubert, nous donnent l'image d'une "incarcération"  sans haine ni hostilité. On trouve également dans ce livre ,la liste des détenus qui ont demandé à rester en Corse et la belle histoire de l'autrichien Franz Joseph Bauer qui a fait souche en Corse. Son fils Joseph est décédé en octobre 2013 et n'a pas vu l'hommage rendu à son père.

Le couvent de Corbara est un livre passionnant dans lequel on s'enfonce pour apprendre, savoir, découvrir davantage le passé du pays de Corse.
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Dans un prochain article on verra qu'il n'y avait pas que des autrichiens à Corbara
 




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