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Semaine Sainte : Cargèse célèbre Christos Anesti dans la ferveur et la joie retrouvées


Nicole Mari le Mardi 19 Avril 2022 à 19:15

Ce lundi de Pâques, la cité grecque de Cargèse a célébré, comme le veut sa tradition, le Christos Anesti, la résurrection du Christ selon le rite byzantin et le calendrier grégorien. La messe, co-célébrée en quatre langues par l’archimandrite Antoine Forget, curé des deux églises grecque et latine, et l’évêque, Mgr François Bustillo, a été suivie d’une longue procession dans les rues du village jusqu’à la croix où a eu lieu la bénédiction des campagnes.



La messe de Pâques célébrée par l'archimandrite de Cargèse et l'Evêque de Corse.
La messe de Pâques célébrée par l'archimandrite de Cargèse et l'Evêque de Corse.
Les bannières et les capes rouges, mais aussi bleues, mauves ou noires, flottent au vent. Les salves de fusil scandent la joie et la ferveur d’une cérémonie qui retrouve son cours normal, après deux ans de pandémie, et malgré le contexte dramatique de ces dernières semaines. Ce lundi de Pâques, à Cargèse, les confrères sont venus de toute la région, de Piana, di a Pieve di Sorru, de Vico, d’Aiacciu, mais aussi du Nord de l’île, de San Martinu di Lota, du Niolu, pour fêter, aux côtés des deux confréries locales de Saint Spyridon et de Saint Antoine, et de tout le village, Christos Anesti, la résurrection du Christ, la Pâques grecque qui clôt, traditionnellement, la Semaine Sainte en Corse. « Il y a, à Cargèse, deux confréries puisqu’il y a deux églises : une confrérie Saint Antoine de rite latin catholique, comme on en retrouve dans la majeure partie de l’île, et une confrérie de rite byzantin Saint Spyridon qui correspond à l’héritage grec des Maniotes qui sont arrivés à Cargèse au XVIIe siècle. La Pâques, que l’on célèbre à Cargèse, est une Pâques de rite byzantin », explique Lisandru Angeletti, confrère de Saint Antoine. Le rite byzantin pratiqué à Cargèse est très ancien, apporté par les Maniotes qui ont fondé Cargèse en 1676. Il a même conservé des hymnes qui ne sont plus en usage aujourd’hui en Grèce. « C’est un rite catholique byzantin, un vieux rituel qui date des 3ème et 4ème siècles. Ce qui change avec le rite latin, ce sont les gestes, la symbolique... On ne peut pas l’expliquer avec la parole. On utilise le calendrier grégorien, pas le calendrier julien. Le lundi de Pâques, traditionnellement à Cargèse, on dit la messe, puis on fait une grande procession et la bénédiction des campagnes, des champs et du village en entier. C’est une tradition maintenue depuis l’arrivée des Grecs », ajoute le père Antoine Forget, qui a la double charge d’être, depuis septembre 2021, l’archimandrite de l’église grecque de Saint Spyridon et le curé de la paroisse latine de Piana-Cargèse-Des Deux Sevi. « C’est une grande grâce pour moi parce que c’est la première fois que je vis Pâques ici à Cargèse ».

L'Evangile.
L'Evangile.
Un message d’espérance
L’église grecque de Cargèse étant une église catholique de rite byzantin, elle dépend donc de l’évêque de Corse qui est toujours invité à la cérémonie qu’il co-célèbre. « Dans cette période trouble, difficile et parfois sombre, on a besoin de fêter la Pâques, la vie, on a besoin de chaleur, de fraternité, on a besoin d’être ensemble et de manifester la joie de croire, la joie de vivre. Et, pour nous, le Christ Ressuscité est la puissance de la Vie », commente Mgr François Bustillo. Dans son homélie en français, l’évêque de Corse a martelé cette espérance : « Nous sommes à une époque thanatophile où on nous parle toujours de la mort, ce qui amène le désespoir, il faut entendre des paroles différentes, des paroles de vie. Le Christ, c’est la lumière qui brille dans la lumière, c’est l’espérance. Et l’espérance, c’est le bonheur. Un Christ debout, c’est la bonne nouvelle de Pâques. La peur ne peut pas être le moteur de notre vie. Nous ne sommes pas créés pour exister, mais pour vivre. Notre société, notre île ont besoin d’enthousiasme ». Un message que les élus, présents au premier rang, aux côtés des maires de Cargèse et de Piana, ont écouté avec beaucoup d’attention. Le député de la région, Jean-Jacques Ferrara est venu en voisin d’Aiacciu, la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis a fait le long déplacement depuis la Balagne pour assister à la cérémonie. « Je souhaitais être présente aujourd’hui, à Cargèse, à cette cérémonie de la Pâques grecque, de rite byzantin, parce que c’est la célébration de la résurrection, c’est un moment de communion et de paix. Je pense que la présence, à la fois, des représentants politiques et des représentants religieux des deux cultes, l’évêque et l’archimandrite, était de bon augure. Nous nous sommes tous retrouvés, au cours d’une très belle cérémonie en plusieurs langues qui prouve la diversité culturelle et cultuelle de la Corse. Après les moments douloureux que nous avons connus, c’est un moment fort qui souligne l’importance de la vie et de l’espoir, un moment porteur d’espérance pour le futur », déclare Nanette Maupertuis.


 

Des salves de joie
La messe, psalmodiée en quatre langues – grec, italien, français et espagnol –, est rythmée par le « Chistos Anesti » clamé par les fidèles. « Le Christos Anesti est le chant le plus emblématique de notre Pâques. C’est le chant de la Résurrection qui est repris souvent pendant la procession. Il dit : « Le Christ est ressuscité, il a vaincu la mort et les enfers, il est la lumière de Dieu ». La plupart de la messe est dite en grec, mais on a lu l’Évangile en italien, en grec, en espagnol et en français. Tous les ans, suivant les prêtres qui viennent célébrer la messe, on dit l’Évangile en plusieurs langues », précise Jérome Zanetacci, prieur de la confrérie Saint Spyridon. Cette année, l’Evangile a été lu en espagnol par l’évêque d’origine catalane. Et c’est toujours au rythme du « Christos Anesti », des cloches des deux églises qui sonnent à l’unisson, mais aussi des salves de carabines à répétition, que débute et se déroule la procession dans les rues du village. Les confrères portent l’icône de la Résurrection et l’Evangile jusqu’au pied de la croix en haut du village où a lieu la bénédiction des campagnes. « Les salves de carabine, c’est culturel sous la forme de la célébration. Elles portent deux messages. Le premier, c’est que la célébration se fait forcément de manière bruyante : c’est la manifestation de la joie. Secondement, la salve du fusil a une symbolique de déchargement de l’arme. En temps de paix, on vide les canons des fusils qui sont des armes létales, mais qui, ici, ne servent pas à tuer. Aujourd’hui, on célèbre la joie, la résurrection, la paix et l’amour, le déchargement du fusil a une symbolique de paix », indique Lisandru Angeletti, qui donne le signal des salves.

La force des traditions
Et la tradition, c’est primordial à Cargèse. Pour les Cargésiens, qu’il soit de l’église grecque ou de l’église latine, que ce soit par conviction religieuse ou par tradition prise dès l’enfance, la célébration pascale du Lundi de Pâques est un moment fort de la vie du village que personne ne manquerait. « Avant d’être un rite byzantin ou latin, le Lundi de Pâques, c’est avant tout un rite cargésien, c’est-à-dire que l’on ne forme qu’une seule et même église, qu’une seule et même population au sein du village. La façon de célébrer ce rite, qui, peut-être, dénote un peu avec les caractères byzantins puristes que l’on retrouve dans les églises orthodoxes, a été adapté de telle façon que toute la population s’y retrouve, quelques soient ses origines », estime le jeune confrère de Saint Antoine. Pour les descendants des premiers Grecs qui ont fondé Cargèse, cette commémoration de Pâques est, aussi, celle des origines. « Tous les nouveaux-nés cargésiens d’origine grecque sont inscrits d’office dans la confrérie, même si tous ne revêtent pas l’habit de confrère. Tous ont la possibilité de s’habiller en confrère, Les gens y tiennent beaucoup », affirme Jérome Zanetacci. « La force de la Corse, un de nos principaux atouts, reste le respect des traditions de la manière la plus historique qui soit, sans trop de détournement », confirme Lisandru Angeletti. La tradition, c’est une forme de responsabilité aujourd’hui. C’est quand même beaucoup plus intéressant de comprendre le sens profond de ce que l’on fait ou, à défaut de le comprendre, d’assumer la responsabilité de le maintenir. C’est déjà pas mal ! ».
 
N.M.















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