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Sécheresse : à Rogliano, on transforme désormais l’eau de mer en eau potable


CNI avec AFP le Vendredi 14 Octobre 2022 à 07:45

Face à la sécheresse et au manque d’eau, les élus des territoires concernés tentent de trouver des solutions. Comme à Rogliano où depuis ce mardi 11 octobre l’eau de la mer est aspirée et transformée en eau potable



Crédit photo PASCAL POCHARD-CASABIANCA AFP
Crédit photo PASCAL POCHARD-CASABIANCA AFP
La sécheresse qui a touché la Corse et la France depuis le début de l'été a obligé le préfet de Haute-Corse à prendre des mesures de restriction à l'usage de l'eau. Placée "en alerte sécheresse", comme le reste de l'ile, la commune de Rogliano a peiné à répondre aux besoins de la population qui passe de 650 habitants l'hiver à 6.000 l'été, au pic de la saison touristique. Décision a alors été prise d'installer une unité de dessalement d’eau de mer qui a été mise en service mardi dernier.

Cette solution s'est imposée car dans le Cap, il a plu très peu depuis le mois d’avril et la nappe phréatique est à son plus bas niveau. Une situation extrêmement rare, d’autant plus préoccupante que la demande en eau s'est exponentiellement multiplié durant la saison estivale, avec l’arrivée de vacanciers.  

"Quasi à sec" lundi, le réservoir communal a été vidé et nettoyé et depuis ce mardi 13 octobre la station tourne et produit 25 m3 d'eau douce par heure, 500 m3 par jour. Une mise en service accéléré comte tenu de "la dégradation problématique du niveau de l'eau potable", a indiqué à l'AFP la préfecture de Haute-Corse qui a activé une "procédure d'urgence" pour autoriser la mise en service de l'unité "par dérogation", en parallèle d'une "procédure normale", plus longue, pour vérifier la conformité du dispositif qui pour le moment répond aux attentes. En effet, les  premières analyses de l'eau sont conformes pour un usage alimentaire, indique l'Agence régionale de santé (ARS), qui effectuera des prélèvements hebdomadaires.

Mise en place par la société marseillaise Nomado, cette unité de dessalement représente un coût total de 1,2 million d'euros, en partie pris en charge par l'Etat et la Collectivité de Corse.

 

Une fausse bonne idée ?

Les usines de désalinisation sont de plus en plus présentes dans le monde mais si le procédé est très utilisé dans les pays arides du pourtour Méditerranéen, il n’est pas sans risques pour l’environnement. Notamment pour le milieu marin dans lequel est renvoyée l’eau de rejet. 


Des rejets d’eau pouvant être trois fois plus salés

Forcément, ce rejet d’eau extrêmement salée en mer est un danger pour le milieu marin et son équilibre. En Méditerranée, chaque litre d’eau comporte en moyenne 37 grammes de sel. Plusieurs études effectuées autour des stations méditerranéennes comme celle de Dhekelia à Chypre, montrent que cette concentration peut grimper de 5 à 10 grammes par litre, en fonction des courants et des possibilités de dilution dans la zone de rejet. Dans le Cap Corse, les courants pourraient ne pas être suffisants pour dégager le sel en trop, comme c’est le cas en Bretagne, sur l’île de Molène, où l’unité de dessalement couvre 60 % des besoins quotidiens en eau douce durant l’été.

Un sujet de préoccupation pour le parc marin du Cap Corse, aire marine protégée qui englobe Rogliano et qui "n'a pas encore été saisi par les services de l'Etat d'un quelconque avis sur cette unité", a indiqué à l'AFP la directrice du parc, Madeleine Cancemi, précisant avoir appelé les porteurs de projet à "limiter au maximum les impacts" sur l'écosystème. 

"Nous allons rejeter la saumure là où il n'y a pas de posidonie", a promis le maire de Rogliano Quilici, assurant lui que sur l'île italienne la Capraia, qui fonctionne depuis dix ans avec une usine de dessalement, l'usine de dessalement "n'a eu aucune incidence sur l'herbier" de cette plante endémique de Méditerranée utilisée comme nurserie par les poissons.