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Reprise des discussions avec Paris : A l’Assemblée de Corse, les nationalistes resserrent les rangs


Nicole Mari le Mercredi 21 Décembre 2022 à 20:42

Interrogé, lors des questions orales de l’Assemblée de Corse, sur la reprise des discussions avec Paris, le président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni avait, mardi matin, réaffirmé sa volonté de réussir le processus engagé, sans préalable, mais pas sans condition, et demandé nominativement à chaque groupe d’opposition de préciser sa position. L’opposition ayant demandé un droit de réponse a exprimé, mercredi matin, une volonté unanime de poursuivre le dialogue. Avec des inquiétudes, côté nationaliste, et surtout le refus de tomber dans le piège de la division.



L'hémicycle de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
L'hémicycle de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
« Etes-vous favorable à la reprise des discussions avec Paris ? ». La question adressée nominativement, à chacun des groupes politiques de l’opposition, mardi matin, en début de session à l’Assemblée de Corse, par le président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, n’a rien d’anodin, ni de rhétorique. C’est une façon nette de renvoyer chacun à ses responsabilités en lui demandant d’affirmer publiquement sa position sur la poursuite et la réussite du processus et « de mettre les actes en adéquation avec la réponse qu’ils donneront aux Corses ». Histoire, donc, de de faire tomber les masques ! L’opposition visée ne s’y est pas trompée et a immédiatement, par la voix de Josepha Giacometti, demandé un droit de réponse que l’urgence du débat sur la desserte maritime a renvoyé au lendemain matin. Chacun ayant apparemment à cœur d’être très clair, les prises de parole dans l’hémicycle, que certains supputaient virulentes, ont, in fine, été apaisées et sans ambiguïté. Avec un dénominateur commun : chaque groupe a martelé sa volonté de construire la paix. La droite insistant, comme elle le fait de manière récurrente, sur l’urgence de reprendre le dialogue et de travailler en méthode. Coté nationaliste, l’ensemble des sensibilités, échaudées par les évènements récents, a lancé un avertissement clair en direction de Paris, mais pas que, proclamant le refus de tomber dans les pièges d’une division instrumentalisée. La séquence d’explication aura permis au mouvement national, en dépit des inquiétudes, des haines et des rancoeurs, de resserrer les rangs et d’afficher un front assez uni face à l’Etat. 

Jean-Christophe Angelini : « Il n’y a pas d’alternative au dialogue, pas d’avenir pour le rapport de forces constant et pour un retour de la violence »

Jean-Christophe Angelini. Photo Michel Luccioni.
Jean-Christophe Angelini. Photo Michel Luccioni.
C’est le président du groupe PNC-Avanzemu qui saisit le premier la possibilité d’exprimer un point de vue stratégique. A la question du président de l’Exécutif, Jean-Christophe Angelini répond : « Naturellement oui ! Il n’y a pas d’ambiguïté. J’entends, parfois à juste raison, s’élever des voix pour contester le bien-fondé du dialogue et la possibilité qu’il prospère. Il n’y a pas d’alternative au dialogue dans son principe, mais ses modalités sont perfectibles. Il n’y a pas d’avenir pour le rapport de forces constant et pour un retour de la violence, sous quelque forme qu’elle puisse s’exprimer. Nous ne la voulons, ni pour la Corse, ni pour notre peuple et ses enfants qui sont plus particulièrement exposés au regard du fait générationnel et de l’implication de la jeunesse dans les combats ». Et de marteler : « Oui ! Nous voulons que les choses reprennent et prospèrent. Il n’y a pas, dans cet hémicycle, ceux qui voudraient que les choses réussissent et ceux qui, en coulisses, en sourdine, feraient en sorte que les choses dérapent. Cela ne se pose pas dans ces termes-là ! Si ficelle il devait y avoir, ce serait carrément une corde d’amarrage. Il n’y a pas les faucons inassumés et les colombes. Je veux croire et espérer que, dans l’intérêt de la Corse, on est à peu près tous d’accord pour que les choses continuent ». Ceci affirmé, reste la pierre d’achoppement du processus : le règlement de la question des prisonniers politiques. « Il appartient que les moments attendus, relatifs à Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, clarifient définitivement le paysage quant à la question des prisonniers politiques détenus depuis près d’un quart de siècle. La répression n’est jamais, ni ici, ni nulle part, la solution aux problèmes que l’on rencontre. Nous continuerons de la contester avec force et énergie. L’objectif et le moyen demeurent le dialogue démocratique et l’émergence d’une solution coconstruite avec l’Etat ».

Josepha Giacometti-Piredda : « Si ce n’est pas une solution politique globale sans lignes rouges, la déception sera pire que le mal »

Josepha Giacometti-Piredda. Photo Michel Luccioni.
Josepha Giacometti-Piredda. Photo Michel Luccioni.
A la question du président de l’Exécutif, Josepha Giacometti-Piredda, élue de Corsica Libera, y répond par une autre : « En doutez-vous un seul instant ? Je ne veux pas le croire. La paix, nous l’appelons de nos vœux, nous la voulons, pas plus, mais certainement pas moins qu’un seul d’entre vous ici. Nous savons combien elle coûte. Mais la paix, ce n’est pas le renoncement, ce n’est pas l’abandon par étouffement toxique d’une revendication légitime. Vous l’avez dit, ce ne sera pas l’acceptation sans condition, je suis d’accord ». Elle s’adresse également à la présidente de l’Assemblée, Nanette Maupertuis, qui, la veille, avait évoqué les pièges de la division. « Nous en sommes tous conscients. La division est le lit des manipulations en tous genres, des poussettes, nous avons déjà mis un pied, il ne faut pas y mettre un second et y entrer pleinement. Le mouvement, que je représente, ne tombera pas dans les pièges ». Sans surprise, elle revient sur la vague d’arrestation au sein de son parti « qui a été l’objet d’une phase répressive avec le retour d’une police politique. Les auditions des différents cadres interpellés ont presqu’exclusivement porté sur le fonctionnement même de notre organisation. Au même moment, le ministre de l’Intérieur, dans un amalgame opéré savamment, disait que des opérations de lutte contre la criminalité organisée étaient en cours en Corse et que, par ailleurs, les choses allaient bon train. Il ne faut pas laisser s’installer l’idée qu’il y aurait, ici, les bons élèves et les moutons noirs. Il n’y a pas les vautours qui atteindraient pour se repaître de leurs échecs et de laver leur amertume sur l’échec du processus ». Pour l’élue indépendantiste, la paix ne peut se bâtir sans le règlement de la question des prisonniers, ni l’arrêt de la répression. « Si ce n’est pas une solution politique globale sans lignes rouges, si c’est une décentralisation améliorée qu’on nous présenterait comme une autonomie, la déception sera pire que tout, pire que le mal. Nous le disons parce que nous voulons que ça réussisse et que le temps nous est compté ». L’exigence pour réussir, estime-t-elle est double : « que le processus institutionnel soit à la hauteur, et qu’une mobilisation populaire s’engage, qu’un rapport de forces soit mené. S’il y a une paix, ce sera celle d’un peuple reconnu dans ses droits ».

Jean-Martin Mondoloni : « Il faut reprendre et réussir ce processus, et pour le réussir, il faut qu’on travaille entre nous »

Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
« J’aurais aimé avoir une réponse à la question que j’ai posée », décoche, d’emblée, Jean-Martin Mondoloni, auteur de la question orale qui a, par ricochet, provoqué ce débat impromptu. « La question, que j’ai posée, n’est pas de savoir si on va réussir le processus. Je ne connais personne qui souhaite l’échec du processus. Ma question est : est-ce qu’on le reprend ou pas ? J’entends ici qu’on ne reprendrait pas dans n’importe quelle condition. J’aimerais qu’on fixe les conditions qui vont pouvoir justifier sur tous les bancs la reprise des négociations ». Le président d’U Soffiu Noviu affirme que son groupe joue cartes sur table : « On ne minore pas les problèmes. On dit que les problèmes peuvent trouver des solutions dans la discussion. C’est pour ça qu’on veut la reprendre. On est d’accord ou pas ? », lance-t-il. Et poursuit avec une troisième question sur ce qu’il nomme « les temps morts. Je suis convaincu qu’il faut reprendre et réussir ce processus, et pour le réussir, il faut qu’on travaille entre nous ». Il propose « de façon méthodique et purement pragmatique » de commencer par le plus facile. « Rien ne nous interdit de commencer à travailler sur des sujets de concorde et de démontrer à Paris que nous sommes en capacité de porter des sujets communs qui engagent, au même titre que d’autres, l’avenir de la Corse. Si nous sommes incapables de créer les conditions de reprise du processus et si, en même temps, nous sommes incapables d’exploiter ce temps pour bâtir les prémices d’un projet commun, alors oui, ce processus aura échoué ! ». Et assène : « Nous ne sommes dans aucun camp, ni celui des faucons qui tendraient des pièges plus ou moins sinueux ou discrets, ni dans l’angélisme des colombes qui joueraient aux chevaliers blancs parce qu’il y a des histoires et des trajectoires politiques. On n’a pas envie d’être les pigeons d’une histoire qui est mal amorcée ».

Paul-Félix Benedetti : « Si on cherche à nous diviser, ce sera l’inverse d’une fission, ce sera une fusion et une réponse forte »

Paul-Félix Benedetti. Photo Michel Luccioni.
Paul-Félix Benedetti. Photo Michel Luccioni.
« Le processus, on y est ! », réagit le président de Core in Fronte, Paul-Felix Benedetti. « On l’appelle de nos vœux depuis 40 ans, c’est-à-dire une feuille de route par étape, des interlocuteurs de niveau étatique, la prise en compte du problème politique historique, la demande de reconnaissance d'un peuple et de son droit, l’arrêt des affronts, du mépris des élus de la Corse et du suffrage universel ». Pour autant, reconnait-il, dans ce mécanisme global, « il y a des intermèdes qu’on est obligé de zapper parce que le jeu n’est pas franc. On demande des signes forts, on les attend. La réponse, ce sont des rafles infondées, puisque suivies de libérations, et qui se produisent au moment où la visite du Ministre de l’Intérieur est planifiée pour apaiser les choses. C’est très bizarre ! La visite est annulée par rapport à la conjoncture. Dans la foulée, rebelote, ré-arrestations, là aussi, suivies d’aucune mise en examen formelle, simplement des procédures annexes avec des détentions d’armes. Quand on fait des perquisitions systématisées et qu’on cherche la petite bête, on va la trouver… Quand ces traceurs-là nous sont opposés, on est inquiet sur la sincérité de la méthode ». Le leader indépendantiste s’interroge : « Est-ce qu’on ne cherche pas à nous amener à des logiques d’affrontements, y compris internes entre nationalistes, comme ça a été le cas pour saborder le processus historique de 1992 ? Ou est-ce des maladresses ? J’ai besoin de réponses, de certitudes ». Et prévient : « J’ai été obligé de donner un signal fort au mouvement patriotique, d’aller en soutien pour m’insurger contre ces méthodes parce que notre société est clivée, il y a d’énormes inimités. Par contre, ce qui nous anime globalement, c’est notre sincérité et notre affection pour la Corse. Si on cherche à nous diviser, à nous fragmenter, ce sera l’inverse d’une fission, ce sera une fusion et une réponse qui va être forte ». Et de préciser : « Je fais partie de ceux qui sont dans des logiques de repli stratégique, de questionnement, d’attente de la prochaine rafle. On se dit : A qui le tour ?  Oui ! je veux monter discuter à Paris, mais, on ne peut pas en permanence nous mettre des taquets ». L’autre traceur, déclare-t-il, est « le passage de Pierre Alessandri en procès d’appel », qui a été le déclencheur de la rupture de la négociation. Il s’avoue inquiet sur la décision à venir : « Je pense que les choses sont très mal engagées et qu’on risque un blocage avec des lendemains difficiles ». Il en appelle à l’Etat, « au sens des responsabilités, aux promesses faites à Paris, au respect des engagements, à une justice rendue, d’abord aux prisonniers, mais surtout à la Corse qui attend le redémarrage du processus. Ce n’est pas nous qui le bloquons, mais les tergiversations de l’Etat. A lui de montrer ce qu’il veut faire ! ».

Jean Biancucci : « Il n’y a pas d’alternative à un engagement public et au triomphe de la démocratie »

Jean Biancucci. Photo Michel Luccioni.
Jean Biancucci. Photo Michel Luccioni.
Sans surprise, le groupe majoritaire Fa Populu Inseme s’aligne sur la position du président de l’Exécutif. « La volonté de dialogue est très largement partagée, au-delà de cet hémicycle parce que tout ne se joue pas ici. Il y a aussi la rue, le peuple et la société qui considèrent que l’on doit aller de l’avant. S’il y a une mission qui nous a été donnée aux dernières élections territoriales, c’est bien celle-là » estime son président, Jean Biancucci. « Le dialogue ne veut pas dire pour autant que toutes les conditions sont réunies pour un véritable processus qui nous permette, à travers à la fois la méthode et le calendrier, d’aller de l’avant. Il y a quelques progrès à faire », reconnaît-il. « Ce processus, s’il est politique et de portée historique comme tous ici nous le souhaitons, demande des garanties. Sont-elles toutes là pour que nous puissions avancer ? Ce n’est pas évident ». Il blâme, lui aussi, les interpellations. « On doit les prendre en compte. On ne peut pas, à la fois, manier la matraque et pratiquer le dialogue. C’est une situation qui ne peut apporter que des problèmes. Perquisitionner le local d’un mouvement politique, ce n’est pas acceptable ». Comme les préalables : « On ne peut pas, nous militants, accepter de lignes rouges. Tout doit être versé au débat. Nous ne mettons pas de conditions, mais nous disons que pour véritablement dialoguer, il faut réunir toutes les conditions pour que ce dialogue aboutisse à un processus politique ». Enfin, il réaffirme au nom du groupe majoritaire : « Il n’y a pas d’alternative à un engagement public et au triomphe de la démocratie. Nous sommes au bout de 60 ans de révolte qui nous a formé, conscientisé, a fait en sorte que les problèmes essentiels de la Corse soient posés. Il faut que l’on aboutisse, c’est notre credo, notre volonté. Sur ce point, nous pouvons être tous d’accord ».
 
N.M.














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