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Présidentielles 2022 : Une nouvelle vague Marine Le Pen en Corse, la forte percée d’Eric Zemmour !


Nicole Mari le Dimanche 10 Avril 2022 à 22:00

Sans grande surprise, l’Extrême-droite rafle la mise en Corse avec plus de 41 % des suffrages. La candidate du RN, Marine Le Pen, arrive, encore une fois, en tête avec 28,58 % des voix, devançant de plus de 10 points, le président sortant qui stagne à 18%. Eric Zemmour fait une percée remarquable en quatrième position avec 12,80 % des suffrages, tout comme Jean-Luc Mélenchon qui se place devant à 13,37 %. Les LR s'effondrent sur une terre historiquement de droite avec un petit 6,33% pour Valérie Pécresse. A noter, le score remarquable de Jean Lassalle qui atteint 10,41%, loin devant le candidat vert, Yannick Jadot à la peine avec 3,5% des voix.



Marine le Pen, candidate du RN, arrive largement en tête en Corse. Photo archives CNI.
Marine le Pen, candidate du RN, arrive largement en tête en Corse. Photo archives CNI.
C’était l’un des enjeux de l’élection présidentielle en Corse. L’abstention a été, sans grande surprise, massive. La Corse a globalement beaucoup moins voté que le continent. Sur les 243 140 électeurs insulaires, seuls 62,76% se sont déplacés contre 68,05% en 2017, soit une participation en nette baisse de plus de 5 points. Le taux d’abstention, qui s’amenuise scrutin après scrutin, atteint un record de 37,24 %, soit 10 points supérieur à la moyenne nationale qui est d’environ 27%. Et une fuite de plus de 90 600 électeurs, soit 15 000 abstentionnistes de plus qu’en 2017. C’est même la plus forte abstention depuis 2002 où 41 % des Corses avaient boudé les urnes. Le record est détenu par la Haute-Corse qui, avec une participation de 62,62 %, est parmi les départements français qui ont le moins voté, soit 5 points de moins qu’en 2017. La Corse du Sud s’est montrée à peine plus citoyenne avec une participation de 62,93 %, également en léger recul par rapport à 2017. Faut-il attribuer l’ampleur de la désaffection au contexte spécifique corse où la campagne électorale a été largement éclipsée par les évènements liés à l’assassinat d’Yvan Colonna, ou bien à un désintérêt qui s’accroit sur la durée pour ce scrutin particulier ? Il y a forcément des deux, le manque récurrent d’assesseurs à ce scrutin est en ce point significatif !
 
Des bulletins Yvan Colonna
Les partis indépendantistes, Core In Fronte et Corsica Libera, avaient lancé un appel au boycott d’une élection à laquelle ils ne participent traditionnellement pas. Un appel apparemment largement suivi par la jeunesse. Les partis autonomistes, Femu a Corsica et le PNC, n’avaient donné aucune consigne de vote à leurs militants, mais leurs dirigeants ont voté. Le président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni, a même gardé un silence prudent qu’il n’a rompu qu’au sortir du bureau de vote : « C’est une élection importante. Il appartient à chacun de se déterminer », a-t-il déclaré. L’abstention a atteint plus de 47% à Lozzi ou Zicavo, 44% à Ghisoni, plus de 43% à Marignana, Cuttoli, 42% à Corte, plus de 41 % à Bastia, Bocognano ou Ile Rousse, 40% à Cargèse, Caslabriva ou Ghisonaccia, plus de 39% à Patrimoniu, Peri, 38% à Ajaccio… L’autre enjeu était, dans l’île, le bon déroulement du scrutin. Mais à part des affichages et une banderole symboliquement posée par des jeunes indépendantistes, le scrutin s’est déroulé tranquillement sans aucun incident à déplorer. La contestation est passée dans l’isoloir par un certain nombre de bulletins « Yvan Colonna » avec photo et bandera, imprimés pour l’occasion et dont le nombre sur l’île est très difficile à déterminer. Le taux de bulletins nuls, comme 20% à Marignana, est parfois révélateur. Quoiqu’il en soit, dans une île très politisée, où deux électeurs sur trois votent nationaliste, les candidats nationaux ne font pas recette, à une exception près !
 
Le tsunami Le Pen
L’exception, c’est là aussi, sans surprise, la vague Marine Le Pen qui a déferlé sur l’île en 2012, avec une moyenne de 25%, jamais obtenue alors par le Front National, devenu depuis le Rassemblement national. La vague avait enflé en 2017 à 27,87% des suffrages et progresse légèrement, ce dimanche, à 28,58%, soit 5,5 points de plus qu’au niveau national. Cette quasi-stabilité cache une avance remarquable sur les autres candidats que Marine le Pen laisse à une moyenne de 10 points derrière elle. Avec 28,51% en Corse du Sud et 28,02% en Haute-Corse, elle fait la course seule en tête dans presque quasiment toutes les communes de Corse, des grandes villes au péri-urbain et aux villages. Elle se retrouve, dans les rares autres, à la seconde place. Elle atteint, comme en 2017, des scores historiques dans l’urbain et le péri-urbain, au Nord comme au Sud de l’île, où les votes sont quasiment uniformes de communes en communes. A Ajaccio, elle réalise 30,56% et devance le président sortant de 12 points, un score obtenu dans les quartiers populaires de l’Est de la ville qui ont voté massivement RN. Et ce, malgré le soutien affiché du maire Laurent Marcangeli à Emmanuel Macron. « Je suis inquiet. Il faut s’interroger sur le sens de cette élection », lâche-t-il, résigné, devant les scores récurrents de Marine Le Pen dans sa ville. Comme en 2017, elle caracole en pôle position à la CAPA (Communauté d’agglomération du pays ajaccien) où elle affiche 27,17% à Villanova, 31,60 % à Valle-di-Mezzana, 31,37% à Afa, 31,60% à Alata, 35,72% à Appietto, 34,66% à Cuttoli-Corticchiato, 34,75% à Peri et jusqu’à 39,25% à Sarrola-Carcopino et 42% à Tavaco. Des scores un peu moins impressionnants à Bastia où Marine Le Pen recule sous la poussée de Jean-Luc Mélenchon, mais capte globalement 29,30 % des suffrages, avec des pointes à plus de 37%, 38%, voire plus de 46% dans les Quartiers Sud. La tendance reste forte dans les communes périurbaines du Grand Bastia avec 30,67% à Borgo, 35,59% à Furiani, 38,40% à Lucciana et frôle 40% à Biguglia. Elle perd, par contre, Santa-Maria di Lota qui place Jean-Luc Mélenchon largement en tête avec 38,40%.

Eric Zemmour en octobre à Ajaccio. Photo Michel Luccioni.
Eric Zemmour en octobre à Ajaccio. Photo Michel Luccioni.
La percée Zemmour
La vague RN touche de la même manière maintes communes du rural sur tout le territoire, quelque soit leur grandeur ou la couleur politique de leur maire. Des scores qui se répètent : plus de 45% à Rosazia ou à Arbellara, plus de 37 % à Aleria, San Nicolao, 35,48% à Poggio-Mezzana, 33,66% à Cervione, plus de 31% à Morosaglio, Calenzana, Prunelli di Fiumorbu, plus de 30 % à Calvi et Pruno, 27% à Porto-Vecchio, 26,57% à L’Ile Rousse, 24,44 % à Belgodère, 23% à Corte… A Bunifaziu, où le RN réalise 30,12 %, auxquels s’ajoutent les 12,78% d’Eric Zemmour, le maire Jean-Charles Orsucci, Macroniste de la première heure, est tout aussi fataliste que son collègue ajaccien : « Bonifacio est une commune de droite ». A Ghisonaccia, Marine Le Pen obtient 28,48% des voix, devançant de plus de 12 points Emmanuel Macron, qui fait jeu égal avec Eric Zemmour. Dans cette commune où 41% des électeurs ont dédaigné les urnes, l’Extrême droite totalise près de 45 % des suffrages. Les votes cumulés de l’Extrême-droite, qu’il faut regarder en miroir, dépassent 53% à Poggio-Mezzana (17,99%), 51% à Carbuccia, 50 % à Pruno, 49% à Moltifao, 48% à Calvi…  Le candidat de Reconquête, Eric Zemmour, rafle globalement la quatrième place en récoltant 12,80% des suffrages dans l’île où il talonne le président sortant dans diverses communes, notamment du Sud. Sa candidature ne semble pas avoir affecté la candidate RN, mais a largement puisé dans le réservoir de la droite LR qui s’effondre en Corse et a séduit incontestablement une partie de la jeunesse. Si le vote Le Pen est un vote populaire, souvent perçu comme une motion de défiance ou de colère envers Emmanuel Macron et les partis traditionnels moribonds, le vote Zemmour se nourrit d’une inquiétude plus identitaire qui a incontestablement fait mouche dans l’île.

Le cauchemar de la droite
Pour la droite, la sanction n’est pas, non plus, une surprise. Sur cette terre traditionnellement sarkozyste, Valérie Pécresse a à peine plus convaincue qu’au niveau national où elle ne dépasse pas la barre des 5%. Avec 6,33% des suffrages, la candidate LR est reléguée à la 6ème place derrière Jean-Luc Mélenchon et Jean Lassalle. Il y a cinq ans, François Fillon, dans un contexte pour lui délétère, réussissait à enlever 25,52% des suffrages et à se placer en seconde position, deux points derrière Marine Le Pen. Et on est très loin des 31 % réalisés en 2012 par Nicolas Sarkozy ! C’est la bérézina pour une droite qui perd du terrain dans l’île à chaque élection. « C’est un échec cuisant, c’est un naufrage, il faut en tirer les conséquences », commente le député LR d’Ajaccio, Jean-Jacques Ferrara, où sa candidate patauge à 4,56%. « C’est une lourde défaite qui impacte durablement le parti. Il faudra sans doute refonder les LR. Il y a une marque Mélenchon, une marque Macron, une marque Le Pen, mais il n’y a plus de marque LR », reconnait François-Xavier Ceccoli, président de la fédération LR de Haute-Corse, et maire de San Giuliano, une des rares communes de Corse où Valérie Pécresse est arrivée en tête avec 28,52% des voix. Dans les autres fiefs que conserve la droite, les maires n’ont pas réussi à endiguer la chute. A Borgo, elle tire son épingle du jeu en talonnant Marine Le Pen à 30%, mais sans commune mesure avec son score de 55,84% de 2017. Elle s’effondre à Ciamanacce passant de 45,74% à 8,33%, ce qui la met au même niveau que Mélenchon ou Zemmour. Les résultats sont cruels à Conca - 3,98% contre 40,64% en 2017 – Aleria – 5,53% contre 43,8% -, Calvi  - 7,65% contre 35 % - Taglio-Isolaccio -14,24%… C’est une page qui se tourne pour la droite tant au niveau corse que national. Dans l’île, le changement générationnel ne lui est plus favorable. Et ce n’est pas le ralliement à Emmanuel Macron qui pourrait inverser la tendance, bien au contraire…

Emmanuel Macron à Bonifacio.
Emmanuel Macron à Bonifacio.
La stagnation de Macron
Pas de surprise, non plus, sur le score d’Emmanuel Macron ! En remportant le 1er tour de l’élection présidentielle avec 27,4 % des suffrages, le président sortant, qui était donné grand favori, reste en pôle position pour sa réélection. Il affrontera, comme en 2017, Marine le Pen au 2nd tour dans quasiment la même configuration. Il a déjà reçu le soutien de quatre de ses adversaires malheureux : la socialiste Anne Hidalgo, le communiste Fabien Roussel, l’écologiste Yannick Jadot et la libérale Valérie Pécresse, au moins à titre personnel. S’il a réussi parfaitement sur le continent sa stratégie d’élimination des deux grands partis traditionnels de la droite républicaine et de la gauche socialiste, il n’arrive toujours pas à crever le plafond de verre en Corse. S’il se hisse à la 2nde position, c’est avec un score qui ne décolle pas. Il ne récolte, malgré les transfuges d’une partie de la droite, que 18,11% des suffrages, soit un peu moins que ses 18,48% de 2017. Il est complètement largué à 10 points derrière Marine Le Pen et à peine moins de 5 points devant Jean-Luc Mélenchon. Avec 18,76% en Corse du Sud - où il gagne un petit point par rapport à 2017 - et 17,54 % en Haute-Corse contre 19% en 2017, Emmanuel Macron se heurte à la très mauvaise image qu’il s’est façonné dans l’île. Si son bilan n’est guère brillant au niveau national, il est désastreux localement. Le mépris brutal, dont il a fait preuve envers le pouvoir nationaliste, a fortement engraissé une colère qui couvait et une profonde défiance, et ce n’est pas sa dernière volte-face sur l’autonomie pour conjuguer l’incendie qui a renversé la tendance. S’il a, au 2nd tour en 2017, tiré parti d’un front républicain et, dans l’île, de l’appel de Gilles Simeoni à faire barrage à l’Extrême-droite, pas sûr du tout qu’il bénéficie aujourd’hui de la même donne…

La déliquescence de la gauche
Comme on s’y attendait également, la gauche, privée d’élus locaux, poursuit localement sa dégringolade, à l’exception de Jean Luc Mélenchon. S’il se maintient à 13,37% et conquiert la troisième place sans l’aide des votes communistes comme en 2017, le candidat de LFI ne retrouve pas en Corse la dynamique qui l’a porté sur le continent, ni son raz-de-marée des DOM-TOM. Son changement de dogme sur l’autonomie, s’il lui a valu un coup de pouce de Femu a Corsica au moment des parrainages, ne semble pas avoir eu l'impact attendu sur l’électorat nationaliste. Sa non-venue dans l’île pendant la campagne électorale a peut-être aussi joué en sa défaveur. Quoiqu’il en soit, il réalise quelques beaux scores dans quelques communes, comme 54,55 % à Monacia d’Orezza, 38,40% à Santa-Maria-di-Lota, 35,44% à Poggio-di-Venaco, plus de 32% à Saliceto, 29,17% à Ortale, plus de 28% à Pigna ou Riventosa, 27,42% à Pietroso, ou 25,35% à Asco. Sur les six autres candidats qui ne franchissent pas la barre des 5%, la désillusion est totale pour l’écologiste Yannick Jadot qui espérait attirer l’électorat nationaliste, mais ne recueille que 3,25%. Le communiste Fabien Roussel surnage à 3,08%. Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan grapille 1,76%, en recul d’un point par rapport à 2017. Avec 1,08% des suffrages exprimés, la socialiste Anne Hidalgo réussit à faire pire que Benoit Hamon (3,74%). Les autres ne dépassent toujours pas 1 % : 0,93% pour Philippe Poutou, 0,31% pour Nathalie Arthaud.

La performance Lassalle
La seule vraie surprise de ce scrutin reste, au niveau local, l’incroyable performance de Jean Lassalle. Le candidat de « Résistons ! » et député des Pyrénées-Atlantiques continue de bénéficier d’un très fort courant de sympathie en Corse. S’il conserve la cinquième place, il double son score de 2017 en totalisant 10,42% des suffrages. Il se propulse en tête dans plusieurs communes des deux départements, notamment dans le Niolu à Calacuccia (32,53%), à Corscia (23,91%), mais aussi à Bustanico (54,84%), à Cristinacce (41,46%), Focicchia (40,54%), à Lano (40,63%), à Murzo, Olmo, Arro, Casaglione, Foce, Letia, Manso, Marignana, Mausoléo, Montegrosso, Piedigriggio, Pietralba, Ucciani… Le vote Lassalle traduit aussi un certain désenchantement d’une partie de l’électorat insulaire, un vote refuge pour ne pas s’abstenir. Cela pose question pour le second tour qui aura lieu le dimanche 24 avril. Comme au 1er tour et comme en 2017, le taux d’abstention sera l’une des clés du scrutin. La seconde tient en un dilemme : la Corse refera-t-elle ou pas front républicain ?
 
N.M.
 













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