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Pollution : Les villes et régions d’Europe partent en guerre contre les déchets plastiques


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 15 Octobre 2018 à 22:28 | Modifié le Mercredi 17 Octobre 2018 - 01:38


« Nous avons besoin de plastiques moins nombreux et de meilleure qualité ». C’est l’appel lancé par les villes et régions européennes réunies à Bruxelles dans le cadre des Open days. Un appel à changer de mode de production, le plastique étant devenu la principale menace environnementale et la plus préoccupante. Dans ce but, l’Union européenne (UE) a mis en place, début 2018, une stratégie plastique intégrée dans une économie circulaire et proposé une directive sur la limitation, voire l’interdiction des plastiques à usage unique. Deux avis votés à l’unanimité par le Comité européen des régions (CdR) avant le vote au Parlement européen. L’idée est de donner la priorité à l'éco-conception et d’élargir la responsabilité financière des producteurs dans la lutte contre la pollution plastique.


Photo Pelagos Platic Free.
Photo Pelagos Platic Free.
Il y a urgence ! Près de 13 millions de tonnes de déchets plastiques, dont la majeure partie provient d’Asie, finissent leur vie, chaque année, dans les mers et les océans de la planète. Les dommages causés sont estimés à 6,8 milliards d'euros par an. Rien qu’en Europe, Près de 80% des détritus, qui jonchent les plages et les eaux communautaires, sont en plastique. La moitié de tous ces déchets marins sont des articles en plastique à usage unique (SUP). La consommation de plastique atteint, chaque année, 49 millions de tonnes. Elle a été multipliée par 20 en 50 ans. Près de 39,9 % de la production totale de plastique est utilisée pour fabriquer des emballages, 19,7 % par le bâtiment, 8,9 % par la construction automobile et 5,8 % par l'électronique. Selon les experts, si cette production ne diminue pas, il pourrait y avoir en 2050 plus de plastique que de poissons dans les océans ! Le problème n’est pas tant le matériau en lui-même dont beaucoup s’accorde à reconnaître les qualités - durable, hygiénique et peu onéreux -, mais la faiblesse des taux de collecte et de recyclage. Seulement 9 % des déchets plastiques sont recyclés dans le monde et moins de 30% en Europe. L’enjeu environnemental est tel que la Commission européenne a mis en place, en début d’année, une stratégie qui cible les dix produits plastiques qui se retrouvent le plus souvent sur le littoral.
 
Produire moins
Déjà en 2013, le Comité européen des régions avait plaidé l'interdiction des sacs en plastique gratuits et l'arrêt de la mise en décharge des déchets plastiques. La première priorité, selon les représentants des villes et régions qui jouent un rôle central dans la gestion des déchets - collecte, transport, traitement et élimination – est la prévention. « Nous devons commencer par limiter l'utilisation des produits en plastique et par fixer des critères obligatoires de conception des écoproduits. Nous avons besoin de plastiques moins nombreux et de meilleure qualité. Nous devons supprimer les subventions existantes sur les combustibles fossiles et les obstacles à la mise en place d’un marché unique des matières premières secondaires. Tous deux rendent les plastiques vierges moins chers que les plastiques recyclés ou d'origine biologique et entravent le développement d'une économie circulaire pour les plastiques », explique le Hollandais André van de Nadort (PSE), maire de Westellingwerf et rapporteur de l'avis sur la stratégie européenne pour les plastiques dans l'économie circulaire. Un avis adopté à l'unanimité par le Comité des Régions qui demande que la directive sur la limitation des plastiques à usage unique soit étendue à tout article jetable en plastique non dégradable et à l'ensemble de l'écosystème aquatique, en particulier les biotypes spécifiques tels que les réserves naturelles, les archipels, les deltas fluviaux et l'environnement naturel arctique, l'eau douce et la mer peu profonde.
 
Des alternatives durables
L’idée, pour protéger les écosystèmes les plus sensibles, est d’éviter le recours inutile aux matières plastiques dans les produits à usage unique et le suremballage. « La proposition va dans la bonne direction. Nous devons veiller à ce qu'elle soit cohérente avec le paquet de mesures sur l'économie circulaire, en particulier la directive sur les emballages et les déchets d'emballages, afin d'envoyer un signal clair aux entreprises et aux consommateurs. La Commission européenne devrait publier une analyse d'impact complète décrivant les implications sociales, économiques et environnementales des mesures proposées. Le traitement des déchets plastiques peut offrir de nouvelles possibilités d'innovation, de compétitivité et d'emploi. Nous appelons à des mesures d'incitation et de soutien en faveur de plus de 50 000 PME (Petites et moyennes entreprises) du secteur des plastiques afin de développer des alternatives durables aux plastiques jetables non dégradables, y compris, le cas échéant, des incitations pour dépasser les objectifs », commente la Finlandaise Sirpa Hertell, rapporteur de la directive sur les matières plastiques à usage unique et conseillère municipale d'Espoo (PPE).
 
Haro sur les microplastiques
S’il faut du plastique, autant, affirme Bruxelles, qu’il soit de meilleure qualité. D’où un autre sujet de préoccupation majeure : les microplastiques, très controversés, mais de plus en plus présents et problématiques. Leurs effets sur la santé humaine et animale et sur les écosystèmes sont encore largement méconnus. Les élus locaux demandent la mise en œuvre d’une technologie et de procédés de mesure fiables et efficaces pour évaluer leur impact exact sur la santé et l'environnement. Ils veulent interdire l'ajout intentionnel de microplastiques et de plastiques oxo-dégradables dans tous les produits où ils ne sont pas nécessaires du point de vue de la santé humaine. « Il ne devrait pas être possible d’accepter que soient mis sur le marché européen des produits ou des matières non-recyclables. Par conséquent, à l’horizon 2025, les substances nocives et dangereuses pour l’environnement doivent être totalement éliminées des matières, objets et emballages plastiques », déclare André van de Nadort.
 
Pollueur-payeur
L’idée est de faire payer la facture aux producteurs et importateurs de plastiques d'origine fossile. Bruxelles les considère comme financièrement responsables du coût de la réduction des émissions de CO2 résultant du traitement final de leurs déchets plastiques. Si personne ne remet en cause le soutien de l’UE à la collecte et au traitement des déchets, un chœur de voix s’élève pour réclamer que ces primes soient incitatives. Le but est d’encourager l'utilisation de plastique recyclé tout en exigeant un minimum de 50 % de matières recyclées dans la production de nouveaux plastiques d'ici à 2025. D’autant que l’Europe fait le constat accablant que les plastiques biodégradables actuels ne sont pas une solution, car ils ne se biodégradent pas naturellement. Autre constat non moins préoccupant : les systèmes de collecte existants ne traitent pas séparément les plastiques qui ne sont pas des emballages et qui finissent dans les décharges, les incinérateurs ou dans les eaux du globe. Une solution serait de baser les systèmes de collecte sur le plastique comme matériau plutôt que comme produit d'emballage. Le Comité propose une approche harmonisée des systèmes de consigne de boissons dans toute l'UE afin de prévenir les effets transfrontaliers négatifs et de faciliter la libre circulation des marchandises.
 
Cap sur l’innovation
Néanmoins, rien ne peut se faire sans la prise de conscience massive des consommateurs. Le Comité européen des régions invite les Etats membres et les collectivités locales à coopérer plus étroitement aux mesures visant à sensibiliser et informer les citoyens de l'impact négatif des produits plastiques à usage unique et des options de traitement des déchets. Il défend les restrictions commerciales sur l’importation des plastiques jetables et propose que les activités de nettoyage des déchets plastiques jetables soient financées par des taxes sur l'importation et la fabrication de matériaux plastiques jetables. La Commission européenne prépare, à ce sujet, un nouvel agenda de recherche et d'innovation sur les plastiques. Cette stratégie plastique doit encore être affinée et débattue au Parlement et par les Etats-membres. Le Conseil européen espère parvenir à un compromis le 20 décembre, le texte final étant attendu pour le printemps 2019.
 
N.M.

La stratégie européenne de lutte contre la pollution plastique

Mer Méditerranée. Photo Jean-Baptiste Andreani - Mission CorSeaCare.
Mer Méditerranée. Photo Jean-Baptiste Andreani - Mission CorSeaCare.
La Commission européenne a mis en place, depuis janvier 2018, une stratégie européenne pour les plastiques concentrée sur quatre points : améliorer l'économie et la qualité du recyclage des plastiques, réduire les déchets plastiques, stimuler les investissements et l'innovation et exploiter l'action mondiale.
 
Elle comprend les objectifs suivants : 
- Révision des déchets : Nouvel objectif de 55% de recyclage des déchets d'emballages plastiques d'ici à 2030.
- Directive sur les sacs en plastique : Les États membres doivent réduire la consommation à 90 sacs par personne d'ici à 2019 et à 40 sacs d'ici à 2026.
- Plan de travail sur l'éco-conception : Une meilleure conception des produits pour améliorer la durabilité, la réparabilité et la recyclabilité.
- Directive-cadre "Stratégie pour le milieu marin" : Les États membres sont tenus de surveiller et de réduire leurs déchets marins.
 
Selon les nouveaux plans européens, tous les emballages en plastique sur le marché de l'UE devraient être recyclables d'ici à 2030, la consommation de plastiques à usage unique sera réduite et l'utilisation intentionnelle des micro-plastiques sera limitée. Avec sa stratégie plastique, la Commission a adopté un cadre de suivi composé d'un ensemble de dix indicateurs-clés pour mesurer les progrès des États-membres dans la transition vers une économie circulaire.

La limitation des plastiques à usage unique

Sur les plages de Méditerranée. Photo Jean-Baptiste Andreani - Mission CorSeaCare.
Sur les plages de Méditerranée. Photo Jean-Baptiste Andreani - Mission CorSeaCare.
Cette directive européenne, qui date de mai 2018, cible les 10 produits en plastique à usage unique les plus fréquemment trouvés sur les plages et les mers d'Europe, ainsi que les engins de pêche perdus ou abandonnés : coton-tiges, couverts, assiettes, pailles et agitateurs, ballons, récipients alimentaires, gobelets et récipients pour boissons, sacs, paquets croquants et emballages pour bonbons, articles sanitaires et mégots de cigarettes et autres filtres à tabac en plastique. Le but est d’interdire les produits en plastique à usage unique sur les marchés où des alternatives sont facilement disponibles et abordables. Pour les produits qui n'ont pas d'alternative simple, l'accent est mis sur la limitation de leur utilisation par une réduction de la consommation, des exigences de conception et d'étiquetage et des obligations de gestion et de nettoyage des déchets pour les producteurs.

Les produits interdits

Mer Méditerranée. Photo Jean-Baptiste Andreani - Mission CorSeaCare.
Mer Méditerranée. Photo Jean-Baptiste Andreani - Mission CorSeaCare.
La Commission propose d'interdire les bâtonnets de coton en plastique, les couverts, les assiettes, les pailles, les agitateurs à boisson et les bâtonnets pour ballons. Les serviettes hygiéniques, les lingettes humides et les ballons ne seront pas interdits mais nécessiteront un étiquetage clair et normalisé indiquant comment les déchets doivent être éliminés. Les récipients à boisson à usage unique en plastique ne seront autorisés sur le marché que si leurs bouchons et couvercles restent attachés. Les États membres devront collecter 90 % des bouteilles de boissons en plastique d'ici à 2025, par exemple au moyen de systèmes de consigne.



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