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Pierre Savelli : « Je fais confiance aux Bastiais, ils savent qui nous sommes et qui nous avons en face »


Nicole Mari le Jeudi 25 Juin 2020 à 12:56

A une encablure du 2nd tour des élections municipales, Pierre Savelli, le maire sortant nationaliste de Bastia, affronte deux adversaires déterminés : la coalition droite-gauche-antinationaliste DeCasalta-Zuccarelli-Mondoloni, et l’outsider macroniste Julien Morganti. Une triangulaire qu’on annonce serrée et des ambitions qui dépassent le simple cadre communal après une campagne plombée par une ambiance délétère. Arrivé en tête au 1er tour avec dix points d’avance, Pierre Savelli reste serein et droit dans ses bottes. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il est loin d’avoir fait le plein des voix, dénonce « l’arrière-cuisine » de l’alliance antinationaliste et réaffirme l’importance des enjeux face au « retour de l’ancien monde ».



Pierre Savelli, maire sortant de Bastia, candidat à l'élection municipale avec la liste "Bastia Piu Forte Inseme". Photo Lea Eouzan.
Pierre Savelli, maire sortant de Bastia, candidat à l'élection municipale avec la liste "Bastia Piu Forte Inseme". Photo Lea Eouzan.
- Comment avez-vous appréhendé cette campagne et ce scrutin qui se déroulent dans un contexte inédit ?
- La reprise de campagne a été inédite à plus d’un titre et s’est organisée en fonction de ce nouveau contexte dans le respect des règles sanitaires et de la distanciation physique. Nous avons travaillé avec de nombreux militants et sympathisants pour construire des solutions innovantes afin de renforcer le contact avec les citoyens tout en respectant les distances. Concernant le jour du scrutin, nous avons pris toutes les dispositions nécessaires et il y aura du gel hydroalcoolique et des masques pour chaque électeur et chaque personne présentes dans les bureaux de vote. Tout sera fait pour que les distanciations et les gestes barrières soient respectés. Ce 2nd tour marquera un moment important de la vie démocratique, essentielle au bon fonctionnement de la société et de notre ville.
 
- L’épidémie de COVID semble avoir fort peu touché Bastia d’un point de vue sanitaire ?
- Fort heureusement ! Les gens ont scrupuleusement respecté le confinement. Je tiens à remercier à nouveau toutes les personnes dont l’engagement professionnel ou associatif a permis que l’impact sanitaire, social et économique soit le moins douloureux possible, les personnels soignants et non soignants du privé et du public, des EHPAD, des HAD, les pompiers une fois encore au premier rang dans la lutte contre l’épidémie, les personnels des magasins d’alimentation, au premier rang desquelles les hôtesses de caisse, mais également tous les agents territoriaux qui n’ont pas hésité une seconde à s’impliquer pour assurer les missions essentielles et la continuité du service public. Pour notre part, nous avons agi au niveau sanitaire en créant le Centre COVID, en procédant à des distributions de masques, en désinfectant les zones… Au niveau solidarité, nous avons distribué des repas, des colis, nous avons été à l’écoute des personnes en difficulté. Au niveau économique, nous avons pris des mesures de gratuité, notamment de l’occupation du domaine public pour les commerçants, ou l’autorisation d’élargir les terrasses pour maintenir les règles de distanciation… Nous avons également mis en place Bastiacci cumpremu qui, le drive producteur, Bastiacci aiutemu ci… Même si cette crise a été très difficile à traverser, elle a montré que la solidarité existait toujours à Bastia et en Corse.

Photo Lea Eouzan.
Photo Lea Eouzan.
- Le 15 mars, vous avez décroché 10 points d’avance, mais la partie s’annonce serrée avec une coalition contre vous. Quelle est votre marge de manœuvre ?
- Nous savions que nous serions largement en tête au soir du 1er tour, cela s’est confirmé. 10 points d’avance, ce n’est pas rien ! Nous pensions faire un score plus élevé mais avec un taux de participation supérieur. Le resserrement est dû au taux d’abstention de 56% qui est historiquement haut pour une élection municipale. Nous avions demandé le report du 1er tour parce que nous jugions, à juste raison, qu’il ne pouvait pas se dérouler dans des conditions normales de sérénité. Notre appel a entrainé un fort taux d’abstention particulièrement parmi nos soutiens. Ces abstentionnistes sont, pour nous, un véritable réservoir de voix. Ils sont de trois types : ceux liés au COVID, ceux qui veulent nous envoyer un message et qu’il faut convaincre, et ceux chroniques qu’il faut essayer de bouger en leur expliquant quels sont les enjeux. Il y également les électeurs qui ont fait le choix de porter leurs suffrages sur les autres candidats et qui, connaissant la réalité de l’attelage, nous apporteront leur soutien et leurs suffrages pour que nous puissions continuer à construire le Bastia de demain autour des valeurs d’éthique, de transparence et de démocratie. Una cità sempre più primurosa di a so ghjente, di a so cultura, di a so terra.
  
- Vous avez des mots durs contre cette coalition constituée sur un « Tout sauf Savelli ». Pourquoi parler « d’attelage » ?
- Les mots les plus durs contre la réalité de cet attelage sont venus de ceux qui étaient leurs alliés, au premier rang desquels les Communistes qui parlent de « tambouille ». Cette alliance n’est manifestement guidée que par l’esprit de revanche, par le rejet pur et simple des Nationalistes. Bastia n’est qu’un prétexte, comme l’ont révélé leurs partenaires du 1er tour en dénonçant les pratiques qui consistent à se répartir des postes, à faire des petits arrangements entre amis en oubliant les programmes, les idéaux et les engagements pour ne servir que des intérêts personnels. Au-delà des trois personnes qui conduisent la liste, les Bastiais informés savent bien que ceux qui décident ne sont pas forcément ceux qui sont en vitrine et qui servent de façade à l’alliance. Ceux qui décident sont en arrière-cuisine : ce sont les manipulateurs de la misère, les anciens ordonnateurs et bénéficiaires des attributions de marchés publics, les multirécidivistes en fraudes électorales, les briseurs de carrières professionnelles qui voudraient revenir poursuivre leur besogne. Ils ont pesé d’un poids occulte dans la reconstitution de cet attelage qui s’est illustré de la pire des manières pendant des décennies et représentent tout ce que Bastia a trop longtemps connu et dont les Bastiais ne veulent plus. C’est l’ancien monde ! Les Bastiais le savent.
 
- L’un des enjeux reste la présidence de la CAB (Communauté d’agglomération). Pourquoi une montée au créneau face à la candidature de Jean Zuccarelli ?
- L’enjeu de la coalition, ce n’est pas la CAB, mais le partage des postes ! Les postes municipaux n’étant pas assez nombreux, ni importants pour combler tous les égo, l’attelage a du aller au-delà, vers la présidence de la CAB, peut-être même les Sénatoriales, et pourquoi pas la députation… Quatre des cinq communes ont déjà élu leur Conseil communautaire, trois d’entre elles ont déjà réaffirmé leur attachement à la majorité communautaire issue de 2014. Ce qui signifie que, quelque soit le résultat de l’élection bastiaise, le président de la CAB sera choisi dans cette majorité. Il est difficile de se partager quelque chose qu’on n’a pas !

- Comment réagissez-vous au manque de soutien affiché des deux autres candidats nationalistes, éliminés au 1er tour ?
 - Les électeurs, qui ont donné leurs voix aux listes nationalistes, partagent l’essentiel des valeurs, des convictions et des engagements que nous portons avec nos colistiers. Au premier rang, l’exigence de démocratie, c’est-à-dire la lutte contre le système clientéliste qui tente une percée au bénéfice d’une recomposition et que les Bastiais, puis les Corses, ont rejeté massivement en 2014, 2015, 2017… L’union n’a pas pu se faire pour ce scrutin, mais les contacts restent noués et les liens historiques, qui nous unissent, seront déterminants. Les Nationalistes ont une vraie idée de ce qu’ils veulent pour Bastia et pour la Corse. Vont-ils choisir un retour en arrière, le retour de tout ce que nous avons combattu ensemble pendant 50 ans ! Vont-ils favoriser des gens qui sont farouchement antinationalistes ! Je suis convaincu que face aux enjeux, les électeurs, qu’ils soient nationalistes ou non, sauront se déterminer en leur âme et conscience. Le choix, aujourd’hui, est simple : la démarche que je porte ou celle de nos adversaires. Les électeurs savent qui nous sommes, quelle est notre vision de la ville et de la Corse. Ils savent qui nous avons en face, et je leur fais confiance pour dire à ceux qui n’ont pas compris et qui reviennent : « Basta ! L’ancien monde, c’est terminé ! ».
  
- Corsica Libera, votre allié territorial, prétexte le projet de Portu Novu pour vous renvoyer dos à dos avec vos adversaires. Que lui répondez-vous ?
- Corsica Libera avait mis comme préalable l’abandon du projet, mais Portu Novu est un projet en discussion. On ne va rien imposer ! C’est aux Bastiais et aux Corses de choisir ! Mais pour qu’ils choisissent, il faut, d’abord, leur dire quels sont les besoins, faire des études et proposer des solutions, dire voilà ce que sera la Corse dans 20 ans… Est-ce que vous validez ? Où mettons-nous ce port ? Choisissez ! C’est ça la démocratie !
 
- Il y a aussi des déçus, ceux qui attendaient beaucoup du changement de gouvernance en 2014 et trouvent le temps long. Le comprenez-vous ?
- Oui ! Bien sûr que les gens veulent que ça change ! Mais construire un pays, faire changer une ville, c’est long ! On ne peut pas sortir d’un seul coup de 50 ans de difficultés ! La Corse va changer, Bastia va changer. Elle changera sans cet attelage aux responsabilités ! Bastia a un potentiel énorme. En 2014, notre programme était ambitieux. C’est notre première mandature ! Même si nous n’avons pas eu le temps de tout faire, nous avons fait beaucoup. Peu de majorité municipale peuvent s’enorgueillir d’avoir fait en 6 ans ce que nous avons fait à Bastia. Nous ferons encore plus.

- Justement vos adversaires disent que vous n’avez rien fait en 6 ans, juste les projets des autres ? 
- Il faut arrêter avec cela ! Peut-être qu’à force de le répéter, mes adversaires vont finir par le croire ! Les projets des autres se résument à l’Alb’Oru que nous avons terminé. Les autres fameuses boîtes bourrées de projets, nous les avons cherché en vain, elles étaient vides ! La Maison des Sciences ? Nous l’avons complètement transformée et achevée, elle n’a plus rien à voir avec le projet initial. Tout le reste, ce sont nos projets. En 6 ans, nous avons réussi à construire un parking de 300 places. Gaudin, l’Aldilonda, U Spassimare, Mantinum, des projets entrepris par nous et terminés, ainsi que toute une série de petits et gros travaux : l’Avenue de la Libération, l’Octroi… Ces deux projets-là ne sont pas les nôtres, ce sont juste un tas de travaux qui auraient du être réalisés il y a 20 ou 30 ans et qui n’ont jamais été faits ! Nous avançons sur l’aménagement de pistes cyclables, la rénovation du Centre ancien… Et je ne parle même pas des réflexions en cours sur les transports en commun, le tram-tram, l’aménagement de la gare…, le tout dans une vision globale.
 
- Pouvez-vous résumer les grandes lignes de cette vision ?
- Notre programme s’inscrit dans le droit fil de ce que nous avons entrepris. Nous allons amplifier la politique des grands travaux, notamment sur les transports et les logements sociaux pour renouer les liens avec les quartiers et construire une ville encore plus cohérente, une ville forte adaptée aux enjeux écologiques, économiques et sociaux en continuant à mettre la solidarité au cœur de nos actions. Pendant ce mandat et dès le 1er tour des élections en 2014, nous avions posé les bases d’un projet alternatif, crédible et innovant qui répondait déjà aux problématiques que la crise a contribué à accentuer. Il s’agit maintenant d’anticiper les conséquences sociales de cette crise en renforçant les solidarités, comme le portage de repas à domicile ou l’accompagnement des associations caritatives, et en faisant du logement une priorité absolue par l’accès à la propriété. Il faut aussi donner aux Bastiais la possibilité de se reconnecter à la nature en créant de nouveaux poumons verts au Fort Lacroix, à A Rinella et au Guadellu, leur offrir de nouveaux modes de déplacement et viser l’autonomie énergétique pour 2030. Nous avons déjà fait des études sur l’hydromaréthermie, la biomasse, la méthanisation… Il s’agit également de favoriser l’économie locale en proposant des dispositifs fiscaux et financiers pour installer et accompagner les entreprises, développer un modèle d’agriculture urbaine et créer les conditions d’une politique touristique innovante basée sur notre patrimoine humain et culturel.
 
- Quelle sera votre priorité, si vous êtes réélu ?
- Elle tient dans ce mot : la solidarité. La solidarité englobe toutes les prérogatives d’un maire et d’une équipe municipale. Cela signifie : construire plus de logements sociaux, de logements d’accession à la propriété, rénover les écoles, donner dans les cantines un vrai repas par jour à tous les enfants, créer de la richesse qui profite à tous, de l’emploi. La seule priorité, ce sont les Bastiais et venir en aide aux gens qui souffrent, il y en a trop à Bastia. Cette crise nous a montré que la solidarité est l’affaire de tous, et nous devons continuer dans cette voie. J’y ajouterai deux mots qui résument ce que je viens d'expliquer : les déplacements et la terre. Il faut mettre en place des transports en commun plus efficaces pour que les gens soient moins dépendants de leur voiture, remettre de l’agriculture en ville, des espaces verts, rendre la ville plus agréable et plus vivante le jour, comme le soir, sans trop de nuisances.
 
- Etes-vous confiant ?
- Nous sommes sereins et déterminés. Je le répète, l’offre est claire, c’est aux Bastiais de faire leur choix, mais personne n’est dupe des enjeux !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.






















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