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Paulu-Santu Parigi : « Nous avons convaincu les Corses, nous convaincrons l’Etat ! »


Nicole Mari le Dimanche 1 Août 2021 à 17:48

Ce fut le dernier texte examiné par le Sénat avant la coupure estivale et le plus décevant. Le Projet de loi 3D - Différenciation, Décentralisation, Déconcentration et simplification de l'action publique locale – porté par la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, était censé construire une nouvelle étape de la décentralisation, mais il s’est avéré très en deçà des annonces gouvernementales et des attentes des territoires. Les Sénateurs ont, en première lecture, considérablement étoffé le texte initial qui devrait être débattu à l'Assemblée nationale à la rentrée pour une adoption prévue avant la fin du quinquennat. Le Sénateur de Haute-Corse, Paulu-Santu Parigi, a déposé divers amendements concernant la Corse, notamment l’expérimentation législative, le PADDUC ou la Chambre des territoires, qui ont été rejetés. Il explique, à Corse Net Infos, sa déception, mais aussi sa détermination à convaincre Paris.



Paulu-Santu Parigi, Sénateur de Haute-Corse, membre du groupe parlementaire Ecologie, Solidarités & territoires, militant de Femu a Corsica.
Paulu-Santu Parigi, Sénateur de Haute-Corse, membre du groupe parlementaire Ecologie, Solidarités & territoires, militant de Femu a Corsica.
- « Déception », « occasion manquée », « manque d’ambition ». Le Sénat a multiplié les critiques sur le projet de loi 3D du gouvernement. Les partagez-vous ?
- Oui, absolument ! J’ai d’ailleurs dénoncé un texte vide et bien éloigné des prétendues ambitions du gouvernement. Ce texte, que l’on nous promet depuis un an, reporté et réécrit à plusieurs reprises, dont l’examen a finalement été précipité à la fin de la session parlementaire et juste après les régionales, nous coupant d’un débat serein et apaisé sur ces questions pourtant essentielles, a démontré, une fois de plus, l’incapacité chronique du gouvernement à penser différemment la verticalité du pouvoir. Heureusement, cela ne nous a pas empêchés de déposer un nombre conséquent d’amendements visant à donner de l’envergure et de l’ambition à un projet de loi dont le D principal est celui de la Déconcentration. Cela étant, les avancées actées par la majorité sénatoriale restent timides eu égard aux ambitions affichées et surtout aux attentes des Corses. Ce texte démontre, une fois de plus, que le gouvernement persiste dans un dialogue à sens unique avec les collectivités sur fond de mépris total vis-à-vis des aspirations profondes, exprimées massivement dans les urnes, de la Corse et de son peuple.

- Cette loi était censée être un nouvel acte de décentralisation et donner plus de liberté aux territoires. On est loin du compte ? Quelle est selon vous l’article le plus problématique ?
- Nous sommes loin du compte, c’est le moins qu’on puisse dire ! À mon sens, l’article le plus problématique est celui qui n’existe pas sur la Corse ! Au lendemain des élections territoriales, il aurait pu démontrer la volonté du gouvernement de travailler main dans la main avec l’Exécutif présidé par Gilles Simeoni pour avancer sur la prise en compte de nos spécificités à travers notamment l’adaptation du statut aux enjeux constitutionnels modernes. Par ailleurs, je n’oublie pas le cap historique qui est le nôtre, à savoir la reconnaissance de l’existence du peuple corse et de ses droits historiques, parmi lesquels l’autonomie de gestion dans le cadre de la République française. Nous en sommes loin !

- Vous avez déposé plusieurs amendements. Ont-ils été adoptés ?
- Hélas, je crains que non et cela me désole ! Au lendemain des élections territoriales, alors que le peuple corse a clairement fait part de ses choix, les amendements symboliques, que j’ai portés notamment sur l’expérimentation législative, ont trouvé porte close. Dont acte. Les réponses apportées comme prétexte à ces refus ne sont pas entendables, puisque largement contestables. C’est donc une volonté d’obstruction systématique à laquelle nous devons faire face.

- Vous demandez le droit à la différenciation et à l’expérimentation, un pouvoir réglementaire local. N’est-ce pas un vœu pieu quand on assiste, dans les faits, à un renforcement du pouvoir des préfets ?
- Je milite pour la cause nationale depuis trois décennies. En politique, en Corse plus qu’ailleurs peut-être, il n’y a pas de vœu pieu ! Il n’y a que des rapports de force et des combats à mener ! Je viens d’une génération qui a connu un mouvement nationaliste marginal, au ban de la société. Des revendications complètement moquées quand elles n’étaient pas farouchement rejetées ! À force de travail, de sacrifice et d’abnégation, le nationalisme corse représente aujourd’hui l’essentiel du corps électoral, des statuts particuliers ont été arrachés à plusieurs gouvernements, des avancées significatives également, nos idées sont enracinées jusqu’au sein de familles politiques adverses. Il faut concevoir notre lutte politique sur le temps long. Nous avons convaincu les Corses, nous convaincrons l’Etat ! Et si nous ne parvenons pas à le convaincre, nous l’affronterons, démocratiquement, électoralement, pacifiquement. Nous connaîtrons des périodes qui nous seront favorables, d’autres moins, mais nous ferons notre devoir et ce que nos électeurs et notre peuple attendent de nous, à savoir défendre la liberté de notre pays et son droit à reconquérir l’outil législatif.

- Le gouvernement avait promis d'ouvrir des possibilités de délégations de compétences. Il semble là aussi avoir reculé ?
- Encore une fois et comme toujours, il s’agit d’un affichage politique ! Les promesses non tenues alimentent d'ailleurs la crise de confiance des citoyens et des élus de nos territoires envers nos dirigeants. Il ne suffit pas de dire : « Allez voter ! », il faut poser des actes qui donnent envie aux citoyens de s’engager et de croire en l’action publique. Pour notre part, nous n’avons jamais menti aux Corses et nous continuerons sur cette lancée. Le résultat est probant, je crois.

- Vous demandez que le gouvernement rende annuellement compte du suivi des demandes de l’Assemblée de Corse. Il ne l’a pas fait jusqu’à présent. Pensez-vous vraiment qu’il acceptera ?
- Dans tous les cas, nous le demanderons. Par ailleurs, au-delà de l’idéal qui nous anime, nous sommes capables de faire preuve de pragmatisme et de prendre en compte le principe de réalité. En ce sens, nous avons fait plusieurs propositions qui contournent les obstacles juridiques et constitutionnels tant sur nos demandes d’adaptation du statut aujourd’hui dépassé et inopérant que sur les possibilités de juguler la spéculation immobilière sur notre sol. Nous ne sommes pas bloqués sur les solutions que nous pourrions trouver. Quandu si vole, si pò ! Encore faut-il qu’il y ait une volonté réelle, pour ce qui est de l’Etat, de prendre en compte la dimension éminemment politique de la question de fond que nous posons !

- Un de vos amendements porte sur le PADDUC et l’accession à la propriété. De quoi s’agit-il exactement ?
- Aux fins de favoriser la mixité sociale, de stimuler l’activité économique et de résorber le déséquilibre social grandissant entre résidents permanents et vacanciers dans certains centres-villes, centre-bourgs, hameaux ou quartiers des communes de Corse, l’amendement, que j’ai proposé, permettait au PADDUC de déterminer des « zones communales d’équilibre territorial ». Elles favorisent l’accession sociale à la propriété, la construction de logements et les activités commerciales, industrielles, artisanales ou agricoles. Par la détermination de ces zones, seraient de facto exclues les activités de location touristique de type Air Bnb, ainsi que la grande distribution.

- Dans un autre amendement, vous demandez une modification de la composition de la Chambre des territoires. Quelles sont les modifications souhaitées ?
- La représentativité des territoires est une question particulièrement prégnante pour la Corse dont la singularité recouvre plusieurs espaces aux contraintes et richesses spécifiques : le littoral et l’urbain, le rural et la montagne. L’amendement que j’ai proposé, en accord avec la délibération adoptée en mai dernier par l’Assemblée de Corse, entend, donc, renforcer la représentativité des intercommunalités, qui ne peut souffrir une représentation imparfaite.

- Le projet arrivera en septembre à l’Assemblée nationale. Ne craignez-vous pas que les députés majoritaires balaient toutes ces modifications ?
- Les avancées étant finalement assez timides, il est tout fait possible qu’elles soient acceptées par la majorité à l’Assemblée qui, quoiqu’il en soit et comme à son habitude, amputera les mesures qui ne conviennent pas à l’Exécutif. La majorité n’est que la cellule d’enregistrement des vœux du gouvernement !

- Certains sénateurs disent que ce texte n’est finalement qu’une réforme du fonctionnement des collectivités. Qu’est-ce que les territoires et la Corse y gagneront ?
- Tout dépendra de la manière dont les territoires se saisiront des outils timides que le texte leur propose. Mais oui, il n’y a pas de grand soir de la décentralisation, encore moins de la fédération, et les attentes resteront nombreuses dans les territoires en ce qu’elles seront inassouvies ! Pour ce qui est de la Corse, elle continuera, du moins tant que les Nationalistes en assureront la gouvernance avec le soutien de leurs électeurs, de faire entendre sa voix et de tracer son chemin vers la liberté de décider de son propre avenir.

Propos recueillis par Nicole MARI.






















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