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Parlons de livres : "Visage d'encre" de Jean-Claude Macé


le Samedi 23 Mars 2013 à 01:48

Ca commence mal, dans un pays colonisé - Madagascar . Le colonialisme est le mouvement d’expansion d’un pays qui se répand hors de ses frontières pour envahir un autre pays et exploiter et opprimer ses habitants. Le colonialisme suit un processus pervers. Il empêche le développement et la production du pays soumis afin de ne pas concurrencer le pays dominant.



Parlons de livres : "Visage d'encre" de Jean-Claude Macé
Il veille à écarter toute intervention d’un tiers entre le pays colonisé et le colonisateur. Il contraint la colonie à ne commercer qu’avec le pays dominant. Jusqu’à ce que les colonisés à l’agonie refusant de n’être qu’une population esclave, décide enfin de devenir un peuple et c’est la révolte. « Non sire, c’est une révolution ».
Jean-Claude Macé est né à Madagascar, d’une jolie jeune fille du peuple séduite par un fils de comtesse. Le chouchou à sa maman étant promis à un mariage plus intéressant une autre colonisation s’installe par le rejet, le déni, l’humiliation. L’enfant naît sur la terre battue,  dans la forêt. Mais il a bien fallu en parler. Heureusement il y avait Rosalie, cette métisse au cœur battant.

«  Un pollen d’or Rosalie, un sourire simple, timide, s’affichant plus bête qu’elle n’était . Votre haute excellence, continuait Rosalie, avant d’en arriver à mon existence et au baptême  qui allait suivre » Fleur de Lys, qu’elle se croyait la dame maudissant les bâtards qui naissent involontairement, faudrait leur foutre un brassard jaune sans oublier l’étoile qui marque. Conçus dans le péché ! A éliminer de la vie. »
Alors que la comtesse s’était faite troussées maintes fois par des coquins , et  que le comte était  cocu à l’extrême.
« Vas secouer tes poux ailleurs, tas de saletés, rejoints tes congénères à l’hôtel du sauvage, les pattes écartées et  vas-y, .. pan, pan »

Car c’était ainsi que l’on parlait aux colonisés. « Tout de même, cette Mathilde. Un être inférieur, éloignée du niveau intellectuel du géniteur  . Mélanger les torchons et les serviettes, quelle idée saugrenue »

Une autre forme de colonisation des minables dotés de pouvoirs : pouvoirs politiques, pouvoirs de l’argent, pouvoirs militaires, pouvoirs sur des humains que l’on rabaisse sans imaginer une seconde que l’on se rabaisse soi-même, que l’on devient petit, minuscule , pitoyable.
Julien n’a pas tout vu, tout entendu, mais très vite, il a tout compris. Il a aimé Mathilde, sa mère, d’un amour de bataille. Il l’entourait de gros sacs lourds d’amour, de peur, de désespoir, des sacs que l’on dépose devant la mer pour retenir les vagues. Elle était jeune, elle était belle, elle était convoitée. Et ce Salvatore qui l’emmenait dans la forêt, que voulait-il ? Julien guettait, inquiet.  Il se sentait faible, démuni. Personne pour le défendre. Sauf Rosalie qui avait osé dire à la comtesse venimeuse. « Ecoutez, votre noblesse ou je ne sais quoi, ne me menacez plus, c’était mon devoir de vous mettre au courant,  ça suffit comme ça »  On pousse comment dans un terreau hostile, sec, planté d’aiguilles ? On pousse, car la vie est là, à découvrir coûte que coûte, avec de petits moments heureux, très simples, très furtifs, à attraper du bout du cœur  comme on attrape les anguilles à la main. Il faut être leste. Lucie, la grand-mère maternelle trop sensible, mariée à une sorte de tambour-major, était absente le jour du baptême de Julien. Mais l’abbé, les sœurs cornettes, tout le gnan-gnan de l’église était là. Fallait pas rater un nouveau client. L’étonnement fut l’arrivée des tantines, deux dames âgées, qui marchaient sur la pointe des pieds, réfléchissant avant d’avancer le droit ou le gauche. Courageusement, elles ont avancé :
« S’il vous plaît Mathilde, il faut que nous nous voyons, ne fut-ce qu’un moment. On ne se pardonnerait pas une imprudence, mais de grâce, présentons-nous »

Une litanie de prénoms a suivi : Ernestine, Marie-Josèphe, Béatrice, Marie-Louise, Amélie, comme si les nobles avaient peur de se perdre. Voilà deux femmes enfin humaines qui offraient leur affection à la mère et à l’enfant. Tout n’est pas perdu. Julien a enfin pu connaître les gâteries, les réjouissances des quatre heures de luxe, avec marmelades, thé de qualité, desserts fabuleux et suivant le cas, deux doigts de champagne dans des verres en cristal bien sûr. L’or du temps dans un temps où Mathilde voyageait beaucoup, avec Salvatore triomphant. Et puis vînt la guerre, la guerre juste des dépossédés, que Julien a compris. La peur, les morts, le sifflement des balles «  notre terre est à nous, ici, Malgaches. On ne demande pas son indépendance : on la prend. Les Français répondaient : l’indépendance ne s’arrache pas, elle s’octroie » Des vues différentes. Cette guerre a cessé, il y en a eu d’autres, larvées, sournoises, dévastatrices. Celle de Julien n’a jamais cessé. Rejetés comme on ne rejette pas un chien, lui et sa mère, sa mère et lui par des êtres morbides, des rampants . C’est inscrit, quoi qu’il arrive. C’est écrit dans ce livre, comme s’il riait de tout ça, d’une façon originale, à la façon de ces enfants qui après un danger disent «  même pas peur »  et après une fessée « même pas mal », avec dans la tête une grande souffrance. L’encre jetée sur le papier laisse des traces dans le ressenti de chaque lecteur. Il existe des colonialismes qui se ressemblent.
Anne ALBERTINI

Visage d’encre par Jean-Claude Macé, Editions Teramo, 19 €



















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