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PORTRAIT. Annabelle Pagano, l'insulaire qui veut devenir la 13e femme à boucler un Enduroman


Naël Makhzoum le Lundi 2 Janvier 2023 à 18:21

A 34 ans, Anabelle Pagano-Paoli se prépare pour une place dans l'histoire. En juillet, elle sera la première insulaire à tenter l'une des épreuves sportives les plus difficiles au monde : l'Enduroman. Mais ce n'est "surtout pas une athlète de haut niveau", qui reliera Londres à Paris entre course à pied, nage et vélo. C'est une femme de défis.



Photos Michel Luccioni
Photos Michel Luccioni
"Je ne savais même pas nager il y a quatre ans..." Elle en rigole et puis, passe à autre chose. Pour Annabelle Pagano-Paoli, il est en fait rare de s'arrêter sur un exploit. Celui d'apprendre à nager passé la trentaine relève déjà un mérite à en rendre admiratifs la plupart des refoulés des bassins. Mais pour la diététicienne-nutritionniste qui exerce depuis douze ans, ça ne semble être qu'une réussite minime. Enfin, disons plutôt qu'elle ne le réalise pas.

Alors, quand elle parle de sa préparation pour l'Enduroman - un enchaînement de 144 km de course à pied au départ de Londres, 34 km pour traverser la Manche à la nage jusqu'à Calais et 290 bornes à vélo jusqu'à l'Arc de Triomphe -, épreuve que seuls 50 athlètes dont 12 femmes ont réussi à boucler dans le monde, Annabelle Pagano-Paoli ne trouve pas ça si choquant.

"Quand j'étais jeune, j'ai pratiqué des sports de combat : judo, karaté, boxe thaï... Je rêvais d'être Xena, la guerrière !" C'est donc de là que vient ce mental hors norme. "Je n'avais jamais fait de haut niveau, je n'ai jamais fait de sport pour la performance", assure-t-elle. Raté. 

Cette résistance extrême tire probablement sa source dans un parcours. Celui d'Annabelle, l'ado. Celle qui tombe enceinte l'année de son bac. Celle qui avant d'arriver à ses trente ans, a connu la lente descente aux enfers. "Ça a été un mélange de plein de choses où j'ai touché le fond : un gros problème de santé, de gros soucis de couple, confie-t-elle sans laisser transparaître d'émotion - hormis, peut-être, la fierté d'avoir su les surmonter. Je suis tombée très bas et il ne me restait plus qu'à remonter."

Marche, footing et Ironman

Au fond du trou, Annabelle se met à marcher à l’aube sur le chemin du travail. Petit à petit, le pas s’accélère. La trentenaire allonge la foulée et prend sa bouffée d’oxygène tous les matins. "Le sport m'a sauvé, n’a-t-elle pas peur de clamer. Je n'aurais jamais été la femme que je suis sans le sport : ça m'a rendu plus forte, une meilleure femme, une meilleure mère. En fait, je suis devenu quelqu'un d'autre."

Le goût pour la course à pied est né. C’est le début de la grande aventure. "J'ai pris un dossard sur un city-trail un jour et puis, les choses se sont enchaînées. J'ai rencontré des gens et on m’a parlé de l’Ironman." A peine a-t-elle fait durer ses sorties au-dessus des heures qu’elle se laisse déjà tenter par le triathlon extrême : 3,8 km de natation, 180,2 km de course de cyclisme puis… un marathon (42,195 km).

"Je me suis dit que courir, ça devrait aller, sourit-elle. Bon, j'ai grandi en faisant du vélo avec ma fausse épée dans le dos donc je pensais me débrouiller sur le vélo... Le seul truc, c'est que je ne sais pas faire autre chose que de la brasse !" A ce moment, l’être humain est censé faire un pas en arrière dans la démarche. Annabelle prend une licence dans un club de triathlon, s’inscrit à un Ironman et se donne un an pour le préparer.

"Arch to Arc"

La néo-athlète le comprend vite : la performance n’est pas pour elle, son truc, c’est l’endurance. Ça tombe bien, les capacités physiques collent à la mentalité. "Tant que j’étais à mon allure, faire des footing de deux heures ne m’a jamais dérangé, explique-t-elle modestement. Sur le vélo, j’ai découvert les Bikingman, des courses d'ultradistance de 1000 km en totale autonomie. J'ai adoré ça."

Et puis, l’histoire se répète. L’oreille tendue pour absorber tous les conseils possibles, Annabelle Pagano-Paoli entend passer le mot à l’origine du défi le plus fou de sa vie : « Enduroman ». Elle s’y voit déjà. "Calme-toi, t'as même pas encore fait un ironman !", lui soufflent ses proches. Mais c’est trop tard, la petite graine commence déjà à germer dans son esprit.

"Dans un coin de ma tête, je me prépare depuis que j'ai entendu parlé de cette course, il y a quatre ans, assume-t-elle. Psychologiquement, on se prépare dès qu'on en a l’idée. Mais je me suis lancé concrètement dans la préparation de ce projet avec la nage en mer, l'hiver dernier."

C’est décidé : 2023 sera son année. Une inscription et la confirmation tombe : un slot lui est accordé. Du 5 au 14 juillet, Annabelle Pagano-Paoli sera la première femme corse à tenter de relier « Arch to Arc » : départ de Mable Arch à Londres, jusqu’au mythique Arc de Triomphe parisien.

Vidéos, livres et baskets

Reste qu’en étant maman en solo d’une ado de quinze ans et diététicienne-nutritionniste, l’emploi du temps devient vite surchargé. "Le réveil sonne généralement entre 4h30 et 5h, lâche-t-elle. Je m’entraîne jusqu’à 7h30 et je pars au travail. Aujourd’hui, on est sur des sorties en mer de deux heures, mais ça augmentera progressivement à quatre, six, huit heures... Pareil pour le vélo et la course à pied."

Ce train de vie infernal, dans lequel elle semble se complaire, n’est surtout pas celui d’une athlète de haut niveau. Comment peut-on pourtant définir autrement celle qui pourrait être la treizième femme de l’histoire à boucler un Enduroman ? "Une femme de défis, qui croît en ses rêves tout simplement, glisse-t-elle. J'ai le rêve de faire cet Enduroman et je vais le réussir. J'ai passé des heures à discuter avec des gens qui avaient de l'expérience, regardé des tonnes de vidéos, acheté tous les livres possibles et imaginables pour comprendre ce qu'il fallait que je fasse. A un moment, il faut mettre des baskets et y aller. Si je peux inspirer là-dessus, ce serait génial."

Les deux entraînements quasi quotidiens ne doivent quand même pas effacer le reste. "J'ai la chance d'avoir une fille extraordinaire capable de comprendre ça, de s'accrocher au rêve de sa mère. Elle ne me reproche jamais de m'entraîner. Mais quand elle est avec moi le week-end, je pars m'entraîner très tôt le matin et on s'est fixé une règle : pas d'entraînement après 11h."

Une famille en or

La famille reste une priorité. Mais quand elle est un indéfectible soutien, ça aide. "J’ai le meilleur staff du monde derrière moi : ma famille, rigole-t-elle. Ça n'a pas de prix d'être si bien entourée. J'ai trois sœurs qui me poussent : sur la course de Bikingman où je ne dormais quasiment jamais, je m'endormais sur le vélo et elles se relayaient pendant deux, trois heures à me tenir éveillée au téléphone. Aujourd’hui, j'ai une sœur sur son kayak pour m'accompagner sur toutes mes sorties en mer, qu'il vente ou qu'il neige."

Avec ses deux entraîneurs, "devenus des amis ", Annabelle Pagano-Paoli se prépare à repousser ses limites. Les six prochains mois vont accélérer les choses. Le marathon de Paris et un stage de natation en eau libre de 6 heures dans une eau inférieure à quatorze degrés – obligatoire pour obtenir l’autorisation de traverser la Manche – sont au programme en avril. Un Bikingman en juin 2023 et puis, l’épreuve ultime.

Une préparation lourde et chère. Le budget dépasse les 15 000€ et reste le seul défi auquel Annabelle Pagano-Paoli ne peut répondre seule. "J’ai besoin de partenaires financiers. On a créé une association « Chrono zéro » avec tout un réseau de communication pour mettre en avant ceux qui pourraient m’accompagner."

La jeune femme espère être soutenue pour réaliser son rêve. Mais dans cette grande aventure, l’ex-sportive du dimanche a déjà gagné une tonne de certitudes. « Je sais que le sport fait partie de ma vie et que je ne pourrai jamais m'en passer. Je n’arrêterai jamais de nager ou faire du vélo. » Avoir trouve un équilibre de vie, c’est déjà une belle réussite.


Pour soutenir Annabelle Pagano-Paoli : contactez-la au 06 17 19 65 91 ou sur info@chronozero.fr