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Nanette Maupertuis : « Notre responsabilité politique n’est pas d’accroître les peurs, mais d’apaiser les maux sociaux »


Nicole Mari le Jeudi 22 Juillet 2021 à 20:01

C’est à la jeunesse corse que la nouvelle présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, a consacré la traditionnelle allocution d’ouverture de cette seconde session qui se tient depuis jeudi matin à Aiacciu. Elle est revenue sur deux sujets d’actualité, l’affaire de Ruglianu et la crise sanitaire en Balagna, en dénonçant deux mécanismes pervers, la stigmatisation et la désinformation, et leurs dommages collatéraux. Elle estime que la responsabilité collective des élus n’est pas d’accroître les peurs, mais de faire de la pédagogie et d’apaiser les maux sociaux.



Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
C’est in lingua nustrale que la toute nouvelle présidente de l’Assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, entame sa deuxième session de l’Assemblée de Corse, si on prend en compte la séance d’investiture du 1er juillet dernier. Pour cette allocution d’ouverture, traditionnellement dévolue aux sujets d’actualité, la présidente a choisi d’évoquer la jeunesse et les maux qu’elle traverse : « Ci truvemu adduniti per a seconda seduta di stallazione di l’assemblea di Corsica. Mà i nostri picchji pulitichi di sti dui ghjorni, ùn ci devenu fà perde di vista i malani di a sucetà corsa. Di fatti, stu mese di lugliu hà vistu l’epidemia di COVID ripiglià forza. E simu tutti belli ch’inchietti. Mà c’hè dinù da imprimurassi di e difficultà è di u cumpurtamentu di a nostra ghjuventù. I giovani anu passatu l’invernu à quaternu, è avà che li sò in vacanze si capisce chi pocu l’impremenu i risichi di l’epidemia, di e surtite, di e briaghjine è altre tuntie di ghjuventù… Ci simu passati tutti : ghjuventù, ghjuventù una volta è pò piu ! Mà l’attualità ci ramente che n’avemu una responsabilità ver’di elli ".

Deux affaires de jeunes
Elle revient sur deux sujets brûlants : l’affaire de Rugliani et le contexte sanitaire qui touche notamment la Balagne : « Deux faits ont en effet marqué notre actualité sociale jetant l’opprobre sur un village, Ruglianu, et sur une microrégion, la Balagne, mais aussi sur des personnes, victimes ou accusées, le plus souvent jeunes. Ces deux évènements malheureux sont évidemment totalement disjoints mais ils dénotent, chacun à leur manière, une pratique largement répandue de la stigmatisation, en particulier de la jeunesse, mais aussi par la jeunesse. Dans l’absolu, frapper un homosexuel parce qu’il est homosexuel est abject et doit être condamné. Dans le cas d’espèce, la justice doit faire son œuvre pour savoir si c’est le cas. Mais le déferlement sur les réseaux sociaux conduisant à la stigmatisation de la jeunesse de Ruglianu accusée d’homophobie… est tout aussi condamnable. Et la présomption d’innocence, à fortiori lorsqu’il s’agit de mineurs, doit prévaloir. La deuxième affaire relève d’un tout autre contexte, la reprise brutale de l’épidémie en Balagne alors que la saison bat son plein. Dans ce cas, c’est tout un territoire touristique qui a été jeté en pâture aux médias à la vitesse de l’éclair, comme si le virus devait s’arrêter aux portes des intercommunalités concernées. Et dans la foulée, ont été mis à l’index les non-vaccinés, les non-testés, et à nouveau le comportement des jeunes en particulier ».

Les maux de l’ignorance
Dans la lignée de son intervention du 1er juillet, Nanette Maupertuis récuse « toute forme de stigmatisation envers les LGBTQ++, comme je refuse que l’on condamne des jeunes sans chercher à comprendre comment on en est arrivé là. Par ailleurs, bien qu’étant pour la vaccination du plus grand nombre, y compris des jeunes d’ailleurs, je respecte le droit de ne pas vouloir se faire vacciner ». Ceci étant, estime-t-elle, « ce qui doit nous importer à nous, responsables politiques, c’est que, dans les deux cas, ce sont la sur-information, la contre-information et surtout la désinformation qui ont prévalu sur la cause de ces évènements, sur l’analyse des comportements et sur la nature des solutions à apporter. Le manque de connaissances, parfois même l’ignorance tout simplement, laisse libre cours à la rumeur persistante ou à la croyance infondée qui se nourrissent le plus souvent, l’une comme l’autre, de la stigmatisation. Relayée par les réseaux sociaux, celle-ci se développe, s’enkyste et pourrit le lien social. Marquer d’infamie, clouer au pilori un individu ou un groupe parce qu’ils contreviendraient à une norme sociale n’est pas acceptable. Considérer comme déviantes des personnes parce qu’elles ne peuvent ou ne veulent se soumettre à un modèle ou à une pratique dominante fait peser des risques majeurs sur notre fonctionnement social et sur la liberté de choix ».

La peur de l’autre
Mais se contenter de le dire ne sert à rien, affirme Nanette Maupertuis, « il faut en comprendre les causes ». Concernant la violence, « il me semble que nous devrions poursuivre cette réflexion sur les mécanismes qui conduisent du discours violent, à la stigmatisation, puis aux actes au sein de la Commission violence dont je tiens à saluer le travail sous l’ancienne mandature ». Concernant le contexte sanitaire et le débat sur la vaccination, « une réunion du comité de suivi de la situation instituée en mai 2020 me paraît une impérieuse nécessité. Car la dégradation présente de la conjoncture épidémique mais aussi économique est sociale à la rentrée, peut conduire à de multiples tensions sociales au sein de notre île. Tout responsable politique ne peut sous-estimer ces risques ». La présidente pointe, ensuite, les effets pervers de la peur qui ronge notre société : « La peur de l’autre est assurément un des ressorts profonds qui alimentent aujourd’hui les réactions humaines : peur de la maladie, peur de l’autre, peur de la différence, peur du déclassement. Une peur sournoise s’installe depuis plusieurs mois et alimente ensuite toutes sortes de phantasmes. Le risque sanitaire, bien sûr, y est pour quelque chose. La vulnérabilité économique de différentes catégories sociales aussi. La profusion et la volatilité d’informations, parfois contradictoires, qui arrivent de toutes parts. Les délires conspirationnistes qui en découlent. Les jeunes en sont, là encore, les premières victimes ».

De la pédagogie
Dans ce contexte troublé, la présidente Maupertuis en appelle à la responsabilité des élus : « Notre responsabilité collective politique n’est pas d’accroître les peurs, de faire de la surenchère ou, pire, de se taire, mais de faire, encore et toujours, de la pédagogie, d’expliquer aux jeunes que, quelle qu’en soit la cause, la violence, y compris verbale, n’est pas le remède pour résoudre les conflits. D’expliquer pourquoi en l’état actuel des connaissances, il faut se faire vacciner au plus vite. De communiquer, comme nous l’avions fait l’an passé vers l’extérieur, pour dire que la Balagne et la Corse dans son ensemble gèrent la crise COVID avec attention et sans passion, comme dans d’autres destinations touristiques. Car nous sommes-là pour apaiser les maux sociaux, les éviter autant que faire se peut, et produire des politiques publiques qui doivent nous permettre de vivre ensemble au lieu de nous diviser. J’espère que nous pourrons échanger rapidement et en lien avec l’Assemblea di a Ghjuventù et le CESEC sur cette dégradation contextuelle qui porte en germe les ferments de nouvelles fractures sociales à venir ».

Un signe fort
Revenant enfin sur l’organisation de la séance, la présidente de l’Assemblée conclut : « La proposition politique du Président de l’Exécutif d’ouvrir la présidence de certaines commissions organiques et thématiques à toutes les formations politiques représentées dans cet hémicycle me paraît aller dans le sens d’une démocratie inclusive que j’ai déjà appelé de mes vœux, le 1er juillet. Je souscris totalement à cette idée au regard des problèmes ardus, économiques mais surtout sociétaux que nos concitoyens auront à rencontrer dans les jours, les semaines et les mois qui viennent. Ce serait un moment fort de notre vie démocratique et aussi une première dans l’histoire de notre institution. Cela ne s’est jamais fait antérieurement, sauf pour la Commission des contrôles, qui échoit en règle générale à l’opposition, et à la Commission européenne. Un signal fort serait envoyé à la société corse et surtout à nos jeunes, disant en substance, malgré nos divergences d’opinions, nous sommes prêts à travailler ensemble en responsabilité pour vous construire un avenir meilleur ».














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