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Nanette Maupertuis : « L’Assemblée de Corse est le cœur battant de la démocratie insulaire ! »


Nicole Mari le Dimanche 16 Janvier 2022 à 17:47

Première femme présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, revient, pour Corse Net Infos, sur ses six premiers mois de mandature et son action au perchoir d’une assemblée qui fêtera, en août prochain, ses 40 ans d’existence. En cette année d’élections nationales et de présidence française de l’Union européenne, elle explique les espoirs insulaires d’une avancée significative sur le plan politique. Tout en martelant l’objectif des Nationalistes d’obtenir une autonomie de plein droit et de plein exercice, elle affirme que la Corse doit saisir toutes les opportunités d’avancer. Enfin, elle lève le voile sur la célébration du 40ème anniversaire de l’institution qui sera, estime-t-elle, le moment de faire le point sur le chemin parcouru pour mieux se projeter vers l’avenir.



Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, membre du Comité européen des régions, vice-présidente de la COTER ((commission de la politique de cohésion territoriale et du budget de l’Union européenne).
Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, membre du Comité européen des régions, vice-présidente de la COTER ((commission de la politique de cohésion territoriale et du budget de l’Union européenne).
- Vous êtes présidente de l’Assemblée de Corse depuis six mois. Quel premier bilan pouvez-vous tirer de cette épreuve du feu ?
- Six mois d’exercice, c’est un peu court pour tirer un premier bilan. Ce fut une prise de marques à tous points de vue, sur le plan politique, sur le plan organisationnel et sur le plan des relations humaines. Les choses se sont bien passées. Nous avons installé les institutions, notamment les Commissions, et un certain nombre d’autres organes consultatifs. L’Assemblea di à Ghjuventù est opérationnelle et, désormais, reflète bien la diversité politique de la jeunesse corse. Nous avons mis en place des modalités de travail avec le Conseil économique, social, environnemental et culturel de Corse (CESEC). Mieux articuler nos travaux est fondamental. Le bureau du Comité d’évaluation des politiques publiques, organe insuffisamment connu du grand public, a été réuni, et de belles perspectives en matière de démocratie participative se font jour. Enfin et surtout, nous avons rédigé et mis en place le règlement intérieur de l’assemblée de Corse qui est l’outil qui nous permettra de travailler ensemble durant toute cette mandature. Ce fut un exercice très positif auquel tous les groupes ont participé de manière transpartisane pendant près de trois mois. Malgré les 27 amendements déposés, nous avons fini par converger, et le rapport a été voté à l’unanimité lors de la session de décembre. J’y vois un signal très positif en termes de pratique démocratique.

- En quoi ce règlement intérieur est-il si important et qu’apporte-t-il de nouveau ?
- Le règlement intérieur n’est pas qu’un document administratif. C’est un document qui permet de réguler notre activité et nos échanges parlementaires et de favoriser le débat démocratique de manière pérenne et ouverte. C’est aussi un document politique. C’est peut-être là que réside sa nouveauté puisque dans son article premier, il reconnaît désormais que l’Assemblée de Corse est la garante des intérêts matériels et moraux du peuple corse. Il reconnaît aussi que les langues d’usage dans l’hémicycle sont le corse et le français, le corse tout autant que le français. C’est également un document politique dans le sens où les droits de l’opposition ont été renforcés dans un contexte, sans précédent je le rappelle, où le fait majoritaire dans l’hémicycle peut s’exercer de manière absolue. Nous y avons, par exemple, inscrit de manière très claire que la présidence de la Commission de contrôle est octroyée à l’opposition. C’était une tradition, mais elle est désormais inscrite dans le texte. Nous avons calibré les temps de parole et le nombre de questions orales en proportion de l’effectif de chaque groupe, et ouvert la possibilité d’un droit d’appréciation de l’auteur d’une question orale, après la réponse du Conseil exécutif. C’est une nouveauté et une avancée importante. Nous avons aussi fait en sorte que tous les groupes soient représentés au sein du bureau de la questure, qui est l’organe permettant d’organiser la vie des groupes, et surtout les moyens dont ils disposent.

- Le rapport Mastor avait fait certaines recommandations. Les avez-vous prises en compte ?
- Oui même si la valorisation du rapport Mastor est toujours en cours dans le cadre de la Commission des compétences législatives et règlementaires… Nous avons, par exemple reprécisé la nature des relations entre l’Assemblée de Corse et le Conseil exécutif par la mise en place d’une conférence de coordination afin de caler les ordres du jour, mais aussi le rythme de l’activité parlementaire tout au long de l’année. Nous avons également précisé les relations avec le CESEC, l’Assemblea di à Ghjuventù, et surtout avec la Chambre des territoires pour laquelle rien ne figurait au règlement intérieur. Tout comme avec le Comité d’évaluation des politiques publiques, qui est composé de représentants de la société civile et d’un collège de citoyens. Rien n’était prévu dans le règlement, nous avons donc repréciser ou compléter notre texte afin de reconnaître – c’est important ! - les domaines et modalités d’intervention de ces organes consultatifs, mais aussi de renforcer l’efficacité de l’institution dans sa globalité. Notre idée, c’est de fixer des règles communes de travail qui nous permettent de mieux programmer l’année parlementaire et de mieux gérer les sessions tout en préservant la qualité du débat démocratique et le pluralisme politique.

Au perchoir.
Au perchoir.
- Ces nouvelles règles seront étrennées lors de la première session de l’année, fin janvier. Quels vœux formulez-vous pour 2022 ?
- Des vœux de Pace e Salute, évidemment. Mais aussi de solidarité. Préserver la santé est plus que jamais primordial dans le contexte sanitaire actuel. Je pense aux Corses touchés par la maladie et je leur adresse mes vœux de rétablissement, avec l’espoir que cette pandémie s’éloignera de nous rapidement. Je pense aussi aux Corses les plus précaires, les plus démunis, aux personnes isolées et aux jeunes qui ne disent rien, mais qui souffrent beaucoup de cette pandémie. Je leur assure de notre engagement et de notre détermination à leur donner une vie meilleure. 2022 est l’année européenne de la jeunesse : nous nous y attelons avec la conseillère exécutive Lauda Guidicelli. Je fais, ensuite, le vœu de paix parce que nous avons besoin de construire un avenir serein pour cette jeunesse. La paix sociale est aujourd’hui fortement remise en cause par les clivages idéologiques et les disparités économiques, mais aussi par des positions radicales et une expression politique très clivante au niveau national, qui n’envoie pas de signaux très positifs. J’espère enfin que sur le plan politique, il y aura, pour la Corse, des avancées sur l’octroi d’une autonomie de plein droit et de plein d’exercice. J’espère que l’Etat d’une part, les candidats à l’élection présidentielle d’autre part, prendront la juste mesure de l’importance que représente l’autonomie politique pour les Corses. Non seulement elle contribuera à une forme de reconnaissance institutionnelle de la question politique corse mais elle ouvrira aussi, j’en suis convaincue, de nouvelles opportunités de développement économique et social en cohérence avec notre histoire, nos contraintes géographiques, notre culture et nos valeurs.

- Si les lignes tremblent, rien ne bouge, notamment sur le rapprochement des prisonniers… Que peut-on vraiment espérer dans ce contexte électoral ?
- Je regrette fortement que le rapprochement des prisonniers n’ait pas été mis en œuvre avant le 31 décembre. Je fais bien évidemment le vœu, en ce début d’année, que ce rapprochement intervienne dans les prochaines semaines parce qu’il fait partie du processus de paix sociale dont nous avons besoin et auquel les Corses aspirent. Cela devient néanmoins très compliqué dans un contexte de présidentielle où tout le monde fait de la surenchère. Début décembre, nous avions eu des échanges particulièrement fructueux avec les représentants des groupes parlementaires de l’Assemblée nationale, toutes tendances confondues. Plusieurs personnalités politiques françaises ont pris position sur la question des prisonniers, mais aussi sur l’autonomie de la Corse. J’espère que le jeu s’éclaircira rapidement parce que le Président de la République, vraisemblablement candidat à sa succession, qui est aussi, pour six mois, le Président du Conseil européen, prône, à l’échelle européenne, les Droits de l’Homme, la concorde, le principe de subsidiarité, le droit des minorités.… La question que j’ai envie de lui poser est la suivante : Et pour la Corse et les Corses, qu’en est-il ? Ce qui s’est passé au cours de ces derniers mois confirme que c’est bien l’État qui a un problème avec la Corse, et pas la Corse qui a un problème avec l’État ! Charles-Henri Filippi, qui est un fin observateur de la société corse tout autant que de la société française, le dit aussi dans son récent ouvrage. Il faut espérer que, dans le débat de la présidentielle, les candidats se positionneront de manière claire, non feinte et en responsabilité, par rapport à la question politique corse, au-delà d’ailleurs de la question d’ordre purement institutionnel et juridique.

- Le projet de loi 3DS, qui vient d’être adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, n’est-ce pas un autre rendez-vous manqué ?
- Oui ! Ce projet de loi, qui a changé de nom au cours des mois, a été, de toute façon, mal ficelé dès le départ avec un malentendu qui perdure. Les régions n’y voyaient pas la même chose que l’État. Et forcément, lorsqu’il y a maldonne au départ, difficile d’en attendre quelque chose d’exceptionnel à la fin ! Pour autant, nos trois députés ont réalisé un travail remarquable, ils ont vraiment fait tout ce qu’il fallait pour aller le plus loin possible, et ils ont eu raison ! Ils ont réussi à faire voter un amendement qui permettra une expérimentation législative à la Corse. Ce n’est donc pas un coup pour rien ! Quand on est en responsabilité, il faut essayer, à chaque fois, de saisir les prises qui se présentent pour faire en sorte d’en tirer le meilleur. Certes, la loi 3DS est insuffisante, mais il ne faut pas baisser les bras ! D’ailleurs, à l’Assemblée de Corse, au Conseil exécutif et au CESEC, nous continuons à travailler sur la base du rapport Mastor. Un cycle d’examen de ce rapport est en cours au sein de la Commission des compétences législatives et réglementaires, présidée par Romain Colonna. De plus un très bon travail a été réalisé par le CESEC pour situer la Corse dans l’après-crise Covid. Nous sommes en train de plancher sur ce document précieux et intéressant intitulé « Cambià u Campà ». Enfin, nous travaillons avec le Comité d’évaluation des politiques publiques aux modalités d’élargissement de la démocratie participative qui nous tient particulièrement à cœur au président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, et à moi-même. Donc loi 3DS ou pas, les élus corses travaillent à l’amélioration du fonctionnement institutionnel de la Collectivité, mais aussi de la qualité de vie des Corses.

Avec Gilles Simeoni et Marie-Jeanne Nicoli au CESEC.
Avec Gilles Simeoni et Marie-Jeanne Nicoli au CESEC.
- Dans son discours de vœux, le président Simeoni a annoncé la relance, dès ce mois de janvier, de la Conférence sociale. Qu’en-est-il concrètement ? 
- La Conférence sociale se réunira la semaine prochaine, le 21 janvier. J’ai bien évidemment donné un avis très favorable à la proposition de Gilles Simeoni de relancer la Conférence sociale puisque nous sommes encore en pleine crise Covid et que la Corse fait face à nombre de difficultés. Non seulement des difficultés structurelles qui existent depuis toujours et qui génèrent des prix de carburant ou de biens de consommation courante plus élevés qu’ailleurs, mais aussi des effets plus conjoncturels liés à la crise Covid. Il y a une grande détresse sociale. J’ai échangé à ce sujet avec plusieurs acteurs sociaux et des représentants des cultes. Dans une société insulaire où, déjà avant le COVID, 1/5ème de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté, l’effet de la pandémie a été dévastateur. Or, on ne peut pas construire un avenir serein, à fortiori dans une société de forte proximité, avec des fractures sociales et des milliers de personnes en souffrance. Une Conférence de santé nous apparaît absolument nécessaire. Comme je l’ai dit, à l’Assemblée de Corse, comme au Conseil exécutif, mais aussi au CESEC, nous faisons jouer à plein tous les outils que nous avons à notre disposition en consultant, en intégrant les acteurs politiques et sociaux à ces échanges et en proposant des solutions. Je crois que c’est le signe d’une grande maturité de la société corse de prendre tout simplement en main son destin… fût-il parfois difficile !

- L’Assemblée de Corse fête ses 40 ans cette année. Un moment fort en perspective ! Qu’avez-vous prévu pour cette célébration ?
- Cette année 2022 va, en effet, se dérouler à l’aune de la célébration des 40 ans de l’Assemblée de Corse avec différents événements et des moments forts, notamment un cycle de conférences, une exposition et, si le Covid nous octroie un répit, una bella festa ! Ce 40ème anniversaire est un moment propice pour regarder le chemin qui a été parcouru. La première assemblée, présidée par Prosper Alfonsi, a été installée le 20 août 1982, 14 jours après la tenue des élections. Une première en Corse, mais une première aussi en France ! Au départ, pas grand monde ne voulait de cette assemblée. Aujourd’hui, après la disparition des départements, elle est devenue, à la fois, le réceptacle des aspirations du peuple corse et la caisse de résonance, le cœur battant de la démocratie insulaire ! Entre 250 à 300 personnes travaillent en permanence sur tous les dossiers qui y sont débattus, que ce soit les rapports du Conseil exécutif, les propositions de l’assemblée elle-même ou les travaux des organes consultatifs. Il est donc très important que l’on se rappelle le chemin parcouru pour mieux se projeter vers des lendemains meilleurs. Lorsque je vois ce qui se passe en termes de faillite démocratique dans certains pays, voire dans certaines régions européennes, lorsque j’entends les discours très violents qui révèlent ailleurs des fractures sociales très importantes, je me dis que nous avons, certes, des difficultés dans la société corse, mais aussi une proximité, une capacité à dialoguer de manière ouverte, transpartisane, comme nous le faisons au sein de cet hémicycle. C’est un bien commun, précieux, qu’il nous faut préserver.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

















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