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Marlène Schiappa : "une histoire d'amitié entre la Corse et les Juifs"


Angelina Rosano le Mercredi 8 Novembre 2023 à 18:10

Marlène Schiappa, ancienne ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur et en charge de la citoyenneté, est à l’origine de la tribune « Face aux résurgences de l'antisémitisme, suivons l’exemple de la Corse » parue dans Le Figaro le 6 novembre et signée par 80 personnalités corses. Dans une interview accordée à CNI, elle explique le contexte et les objectifs de ce texte visant à sensibiliser la France à la lutte contre l'antisémitisme et à rappeler l'histoire de la Corse en tant que modèle de résistance à ce fléau. Schiappa souligne l'importance de montrer que la Corse peut rassembler ses forces, quelles que soient les différences politiques, pour défendre ses valeurs et son engagement contre l'antisémitisme.



Photo : Michel Luccioni.
Photo : Michel Luccioni.
- 80 personnalités corses ont signé une tribune appelant la France à s’inspirer de l’histoire de la Corse face à l’antisémitisme, vous en êtes à l’origine, quel est son but ?
On observe sur tout le territoire français une recrudescence des actes antisémites. Nous sommes nombreuses, personnalités de Corse ou de la diaspora à connaître l’histoire de notre île et son engagement contre l’antisémitisme. Comme nous le rappelons dans cette tribune, la Corse s’est honorée de ne dénoncer aucun Juif à l’occupant durant la Seconde Guerre mondiale. La Corse a d’ailleurs été récompensée par deux Ménoras d’or en 2017, décernés symboliquement aux deux départements pour saluer cet engagement contre l’antisémitisme. C’était important pour nous, à la fois d’apporter un message de soutien à toutes les personnes juives qui se sentent victimes d’antisémitisme, et d’autre part, c’est aussi pour montrer que l’on peut sortir du silence sur ce sujet. Aujourd’hui c’est devenu un acte de courage que de dire que l’on est contre l’antisémitisme.

- Dans cette tribune, sont à la fois réunis des historiens comme Michel Verger-Francheschi, un sportif comme Pascal Olmeta, des intellectuels, des universitaires, des hommes d’affaires. C’était important pour vous de montrer cette unité de la Corse. C’était important justement que des personnes de divers horizons soient représentées ?


Oui, bien sûr. Toutes les tendances politiques sont représentées. On dit souvent qu’il y a des divergences existantes entre les signataires, et on trouvait qu’avoir sur une même Tribune des élus, autonomistes ou nationalistes pour certains, plus proches de la majorité pour d’autres, montrait que toute la Corse était unie. Que l’île sait mettre de côté ses divergences quand il s’agit de défendre ses valeurs et d’être à la hauteur de son histoire.


- 1 040 actes antisémites ont été recensés en France en un mois, aucun en Corse, est-ce selon vous, lié au passé de la Corse avec la communauté juive, durant la Seconde Guerre mondiale notamment ?-
- Je pense que l’histoire se transmet de génération en génération, même si on ne l’apprend pas assez. Je trouve que l’on devrait apprendre dans les livres d’histoire que la Corse était le "premier morceau de France" à se libérer de l’occupant comme l’appelait le Général De Gaulle. On devrait également apprendre partout en France que la Corse n’a dénoncé aucun Juif durant cette guerre. Qu’énormément d’enfants juifs ont été cachés et protégés par des familles corses, c’est important de le savoir et de le transmettre. Il existe de nombreux travaux historiques sur cette mémoire de l’engagement de la Corse durant cette guerre qui doit être transmise. Je pense que c’est d’ailleurs pour ces raisons, qu’il n’y a, aujourd’hui encore, pas d’acte antisémite en Corse.

- C’est ça, selon vous, l’exemple corse dont vous parlez dans cette tribune  ?
- Oui, d’une part, mais également du fait de la tradition d’hospitalité en Corse. Il y a des siècles de ça, la Corse était une terre d’accueil pour des Juifs qui étaient chassés et persécutés, je pense que cette histoire d’amitié entre ces peuples s’est forgée à travers le temps.

- On entend depuis quelques jours certains Juifs dire qu’ils réfléchissent à venir s’installer en Corse, qu’en pensez-vous ?
- Tout à fait. Moi, je comprends que lorsque l’on a peur d’envoyer son enfant à l’école, de sortir dans la rue, de donner son nom ou d’exercer son métier, on y songe. C’est quelque chose qu’on ne voit pas en Corse. Le fait que cette communauté puisse savoir qu’elle peut compter sur des personnes qui seraient disposées à l’aider est important.

- En avez-vous rencontré des personnes juives réfléchissant à venir vivre en Corse ?
- Oui, beaucoup de personnes juives que j’ai croisées m’ont d’abord remercié pour cette tribune, et avant ça, m’ont dit « heureusement que la Corse est là. Que l’on a des messages de soutien des Corses ». Une dame m’a dit qu’elle avait une chambre en plus et qu’elle pouvait accueillir, si besoin, quelqu’un chez elle pendant quelques semaines. Un entrepreneur m’a dit qu’il veut bien aider des juifs à s’établir ici.


La tribune publiée dans le Figaro

Dans son histoire, la Corse s'est toujours illustrée par sa défense des Juifs. Face aux résurgences de l'antisémitisme que notre pays a successivement connues, la Corse s'est toujours tenue debout, face à sa responsabilité et fidèle à ses valeurs.

Au XVIIIe siècle, Pascal Paoli déclare que «les Juifs ont les mêmes droits que les Corses puisqu'ils partagent le même sort». L'auteur de la première constitution écrite du monde sacralise les Juifs comme citoyens au même titre que les Corses.

Plus tard encore, en 1915, alors que l'Union sacrée n'a pas effacé les stigmates de l'affaire Dreyfus, 800 juifs expulsés de Palestine par l'empire Ottoman débarquent à Ajaccio, puis à Bastia et forment de nouvelles communautés.

Durant la Seconde Guerre mondiale, quand l'antisémitisme est à son comble, la Corse s'honore de ne dénoncer aucun Juif à l'Occupant. Elle est aujourd'hui considérée par de nombreux spécialistes de la Seconde Guerre mondiale comme une «île des Justes parmi les nations».
Aujourd'hui face à la résurgence de la haine des Juifs, nous, Corses, ne pouvons rester silencieux. Fidèles à notre histoire commune, nous honorons la mémoire de nos ancêtres et de nos aïeux Corses qui ont toujours protégé les Juifs face à ceux qui les opprimaient.

C'est cet esprit de résistance, forgé dans la conscience de devoir toujours se dresser contre toutes les injustices que notre île devient «le premier morceau de France» libéré selon l'expression du Général de Gaulle.

La Corse a toujours su se faire défenseuse de l'Universel. C'est sur cette terre que sont nées de grandes résistantes comme Danielle Casanova (Vincintella Périni), fille d'instituteurs ajacciens, emportée à Auschwitz dans les camps de la mort et avec elle, tous ceux qui ont défendu les valeurs de l'île: solidarité, hospitalité, honneur, résistance, dont la mémoire nous éclaire et nous oblige.

Tout récemment encore, en 2017, des Ménoras d'or ont même été symboliquement remises à tous les Corses pour saluer douze siècles d'engagement de la population Corse en faveur des Juifs.

Aujourd'hui face à la résurgence de la haine des Juifs, nous, Corses, ne pouvons rester silencieux. Fidèles à notre histoire commune, nous honorons la mémoire de nos ancêtres et de nos aïeux Corses qui ont toujours protégé les Juifs face à ceux qui les opprimaient.

À lire aussiComment, en cinq décennies, a évolué le statut de la Corse?

Que nous soyons élus ou de la société civile, de l'île ou de la diaspora, quels que soient nos avis sur le conflit israélo-palestinien, quels que soient nos engagements politiques ou personnels, quelles que soient nos divergences, nous le disons solennellement : nous ne laisserons pas nos frères et nos sœurs Juifs être persécutés sur le sol français comme ils le furent dans les années 1930 et 1940.

Face aux allusions antisémites, aux pochoirs aux étoiles de David, au cyber harcèlement et aux menaces, nous nous mettrons entre les antisémites et les Juifs.

L'antisémitisme n'est pas le problème des Juifs, c'est le problème de tout être humain. Souvenons-nous de ces paroles : «quand ils sont venus chercher les Juifs je n'ai rien dit je n'étais pas Juif…» Ceux qui aujourd'hui terrorisent les Juifs, français ou d'ailleurs, le feront demain contre nous. Amis Juifs, nous sommes avec vous.

Résistons ensemble. Resistemu inseme !

Les signataires

Jean-Félix Acquaviva, député de Haute-Corse

Jean-Christophe Angelini, maire de Porto-Vecchio, président du Groupe Avanzemu à l'Assemblée de Corse

Jean-Nicolas Antoniotti, chef d'entreprise

Julie Baldacci, pharmacienne

Beatrix Benoist d'azy, juriste internationale

Vincent Bernardini, fonctionnaire territorial

Frédéric-Joseph Bianchi, président de Terra Eretz Corsica Israel

Lucie Billaudelle épouse Simeoni, chirurgien dentiste à la retraite

Henri Bismuth, chirurgien, président honoraire de l'académie nationale de Chirurgie

Lisandru Bizzari, vice-président de l'Assemblea di Giuventù

Valérie Bozzi, co-présidente du groupe «Un soffiu novu» de l'Assemblée de Corse

Paul-Mathieu Caitucoli, conseiller municipal de Moca-Croce

Marie-Hélène Caitucoli, universitaire

Jean Canarelli, président de l'Ordre des médecins de Corse du Sud

Dominique Carlac'h, vice-présidente et porte-parole du Medef

Rémi Casanova, universitaire, maire de Forciolo

Jean-Claude Casanova, membre de l'Institut

Jean-Jacques Ciccolini, Maire de Cozzano, président de l'association des maires de Corse-du-Sud

Marie-Laetizia Clada, avocate

Joseph Colombani, président de la chambre d'agriculture de Haute-Corse

Paul-André Colombani, député de Corse-du-Sud

Vincentello Colonna de Cinarca, médecin biologiste

Michèle Corrotti, présidente d'Arte Mare

Christian Derveloy, chef d'entreprise

Laurent Dominati, ancien ambassadeur de France et ancien député

Isabelle Dominati-Miller, écrivaine

Jean-Félix Durastanti, professeur des Universités

François-Xavier Emmanuelli, avocat, président de l'association des Corses du Palais

Jean-Marc Emmanuelli, médecin, président du corps médical Corse

Marc Ferracci, député Renaissance

Antoine-Baptiste Filippi, Sciences Po, écrivain

Charles-Henri Filippi, banquier et essayiste

Renée Fregosi, philosophe et politologue

Albert Fusella, chef d'entreprise

Jean-Marc Istria, concessionnaire automobile, Ajaccio automobiles

David Istria, concessionnaire automobile, Société insulaire de commerce automobiles

Lisandru Laban, président du groupe «Avvene Ghjustu è Resiliente» à l'Assemblea di a Giuventù

Mychèle Leca, directrice de Racines de Ciel

Thierry Lentz, président de la fondation Napoléon

Antoine Leschi, agriculteur

Éden Levy Campana, réalisateur de cinéma

Didier Long, écrivain

Pierre Lungheretti, directeur du Théâtre National de Chaillot

Christian Mantei

Laurent Marcangeli, député de Corse-du-Sud, président du groupe Horizons et apparentés

Marc Maroselli, avocat au barreau d'Ajaccio

Romain Marsily, producteur, enseignant à Sciences Po Paris

Wanda Mastor, professeur agrégée de droit public en délégation à l'université de Corse

Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l'Assemblée de Corse

Paul Meria, chirurgien des hôpitaux, membre du Collège français des enseignants d'urologie, membre de l'Académie de chirurgie

Jean-Martin Mondoloni, co-président du groupe «Un soffiu novu» de l'Assemblée de Corse

Anna Moretti, professeure agrégée d'anglais

Michel Mozziconacci, président de l'Ordre régional des médecins

Pascal Olmeta, ancien footballeur professionnel, président «d'un sourire, un espoir pour la vie»

Fabrice Orlandi, avocat, président d'honneur des Corses du Palais

François Orlandi, maire de Tomino, ancien président du Conseil Départemental de Haute-Corse

Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio

François Padrona, chef d'entreprise

Jean-Jacques Panunzi, sénateur de la Corse du Sud

Cyril Peres, président du groupe Ghjuventù in Mossa à l'Assemblea di a Ghjuventù

Michel Peretti, animateur de Racines de Ciel et ancien conseiller à l'Assemblea di a Giuventù

Xavier Peretti, directeur général d'Auto-distribution Peretti

Barbara Pianelli-Balisoni, vice-présidente de l'Assemblea di a ghjuventù

François Pupponi, ancien député-maire de Sarcelles

Bruno Questel, avocat, ancien député

Simon Renucci, ancien député-Maire d'Ajaccio

Saveria Rojek, journaliste

Marlène Schiappa, ancienne ministre, conseillère régionale d'Ile-de-France

Manon Sieraczek-Laporte, docteure en droit fiscal, avocate

Marc Simeoni, directeur général de Phone un Corsica

Sebastien Simoni, chef d'entreprise

Hélène Susman, médecin angiologue

Jean-Alain Tarelli, président du groupe «Ghjuventù di u Centru Drittu» à l'Assemblea di a Ghjuventù

Françoise Van Hove, responsable de blocs opératoires

Michel Vergé-Franceschi, professeur émérite des Universités

Alexandre Vesperini, directeur conseil chez Lysios Public Affairs

Ronald Virag, membre de l'Académie de chirurgie

Randy Yaloz, avocat à la Cour

Alain Zilberstein, professeur, retraité de la fonction publique européenne

Henri Zipper de Fabiani, ancien ambassadeur de France

Geneviève Zipper de Fabiani, écrivaine