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La gestion de Bastia « entre idéologie, incompétence et inertie » : le jugement sans concession de Julien Morganti


Pierre-Manuel Pescetti le Mardi 9 Novembre 2021 à 18:49

Le conseiller municipal d’opposition bastiais Julien Morganti ne cache pas sa déception. Plus d’un an après la réélection de la majorité municipale il dresse le bilan d’une entité politique à bout de souffle, en manque de vision sur le long terme, inerte et dans le rouge financièrement. À quelques mois des législatives, l’homme fait le bilan de son action politique et de celle de son mouvement "Un futur pour Bastia". Entre critiques et propositions, celui qui avait voulu faire cavalier seul au sein de l’opposition maintient ses positions, sans pour autant fermer totalement la porte à une union.



Julien Morganti. Crédits Photo : CNI
Julien Morganti. Crédits Photo : CNI
Un peu plus de deux ans après le lancement de votre mouvement « un futur pour Bastia », quel bilan tirez-vous de votre rôle et de votre place dans l’opposition municipale ?

- Un an avant les élections nous avons structuré notre démarche autour d’un grand travail de réflexion pour définir notre projet et ce qui nous a fait nous qualifier au second tour des élections municipales de 2020 c’est vraiment ce projet. Depuis les élections nous avons intensifié nos actions de terrain notamment par quartier et je pense que c’est important de faire vivre l’expression politique en dehors des campagnes électorales. Une des fiertés de notre mouvement c’est d’avoir réussi à impliquer des gens qui s’étaient détournés de la politique. Maintenant il faut arriver à être bien plus qu’une opposition mais une véritable alternative pour Bastia.

 - Diriez-vous qu’aujourd’hui vous êtes un incontournable de la scène politique Bastiaise ?

 - Ce qui nous intéresse est surtout de rendre nos idées incontournables. Au-delà des personnes il est important que la diffusion du message politique porte et c’est ce qui fait que nous arrivons à agréger et à tenir sur un temps long.

 - Lors des élections municipales de 2020 vous aviez posé vos conditions pour le second tour : l’union d’opposition face au maire sortant Pierre Savelli se ferait sous votre bannière ou sans vous dans une logique de poids de groupes d’opposition après les élections et non dans une logique de listes. Plus d’un an après, êtes-vous toujours convaincu que c’était la bonne décision à prendre ?

 - Au regard du poids électoral de l’ensemble des listes oui. Car aujourd’hui il y a quatre groupes de deux élus donc il y a un équilibre au-delà des différentes sensibilités des groupes d’opposition. Point important, grâce à notre travail nous avons réussi à agréger des militants présents sur d’autres listes.

 - Malgré une opposition morcelée, parfois divisée, vous êtes souvent sur la même ligne que les autres groupes. Pourquoi ne pas envisager une alliance ?

 - Je le souhaite. Elle se fera naturellement également au niveau des militants pour ceux qui veulent incarner une alternative à cette majorité municipale. L’opposition a vocation à être unie à Bastia si elle est au travail en permanence. C’est comme cela qu’on apprend à se connaître et que l’on forme des groupes soudés. Je ne crois pas aux démarches qui émergent deux à trois mois avant les élections.

 - Dès les premiers conseils municipaux vous avez été très critique sur la feuille de route présentée par la majorité municipale, parlant même de manque de vision sur le long terme et de manque d’ambition. Plus d’un an et demi après la victoire de Pierre Savelli et de sa liste, votre regard a-t-il changé ?

 - Pour l’entame d’un deuxième mandat il faut être toujours plus exigeant car c’est normalement le temps des grandes réalisations, des grandes orientations et la majorité municipale doit être dans l’action au quotidien. Pour moi le bilan est très négatif car nous sommes entre l’idéologie, l’ignorance et l’inertie et j’insiste sur le fait que cette majorité municipale ne réfléchit plus, elle dépense. Il n’y a pas ni de stratégie sur le long terme, ni de gestion du quotidien. Au moment où l’on sort d’une crise liée à la pandémie la plupart des villes ont le même problème, elles se réforment alors que Bastia se referme.

 - Vous reprochez une grande inertie à la municipalité en place. Pourtant les chantiers et les investissements structurants s’enchainent à l’image du parking Gaudin, de l’Aldilonda, du Mantinum, la réfection de la place du Donjon, la rénovation de la rue du Colle, la candidature en tant que capitale Européenne de la culture …

 - Tous sont des projets portés par l’équipe lors du premier mandat. Quels sont ceux pour le second mandat ? Dans une des villes les plus pauvres de France la priorité reste le logement, l’emploi et sur ces questions-là il n’y a aucune stratégie sur le long terme.

 - Vous pointez du doigt un manque d’équité des quartiers du Grand Bastia concernant leur part dans les investissements de la municipalité ?

 - Effectivement. La municipalité a réalisé près de 15 millions d’euros de travaux dans un seul quartier. Dans le même temps, rien n’est fait dans le Fangu, rien à Agliani et rien à Montesoro. Cette absence d’équité à travers les quartiers se ressent beaucoup quand on rencontre la population. Il faut faire cet effort d’équilibre. Bastia est déjà une ville morcelée et le rôle d’une mairie est de recréer du lien entre les quartiers et pour un second mandat, ça manque énormément.

 - Que préconisez-vous pour aller dans le sens de cet équilibre ?

 - Nous avions proposé le projet des 12 grands travaux qui faisait un maillage économique, social et environnemental. Il faut une déclinaison, des emplois induits permettant de faire revenir la population. On voit bien que Bastia perd des enfants dans ses écoles. C’est son avenir qui est remis en cause et nous voulions recréer de l’activité économique pour fixer les populations notamment grâce à des services publics dynamiques comme l’école et la mobilité. Tout ça favorise l’installation des gens en ville et malheureusement, aujourd’hui, ils la quittent.

 - L’augmentation de la TEOM (Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères) en 2021 sur le territoire de la CAB est l’un de vos sujets de prédilection. Vous dénoncez une hausse de 50%, équivalent à près de 100 euros de plus par an et par ménage. Hausse qui avait pour but d’approcher l’autofinancement de la collecte des ordures. N’est-ce pas une bonne stratégie ?

 - Au-delà de la hausse inexpliquée et disproportionnée de la fiscalité, quelle est la hausse de qualité du service public ? Ce qui pose problème aujourd’hui c’est qu’il n’est pas à la hauteur des impôts payés par les habitants. Tout le monde reconnait que la ville est plus sale et cette hausse n’est pas acceptée par la population.

 - Il fallait pourtant bien équilibrer les finances. Quelle serait l’autre voie possible selon vous ?

 - Nous avons proposé une solution qui avait été adoptée en partie dès 2016 et qui marche en partie dans les quatre autres communes de la CAB. À savoir la suppression de l’ensemble des bacs sur la voie publique pour faire appliquer la redevance spéciale, appliquer également le règlement de collecte pour faire le tri sélectif dans chaque hall d’immeuble, créer une brigade verte et transférer le pouvoir de police environnemental à la CAB pour qu’elle puisse verbaliser. Ce sont les cinq grandes mesures que nous proposions pour faire rentrer des recettes fiscales. Les quatre autres communes de la CAB ont décliné ce plan et commencent à avoir des résultats. Pourquoi la ville de Bastia ne le fait pas ? Même si le président de la CAB Louis Pozzo di Borgo affiche un certain volontarisme pour avoir une institution cohérente, la ville de Bastia bloque toute initiative.

 - Dans le cadre du conseil municipal de ce mercredi 10 novembre vous avez adressé au maire trois questions écrites dont une sur les moyens mis en place pour réduire l’impact de la fermeture du tunnel du 18 février au 11 mars 2022. Que préconisez-vous ?

 - Nous savons depuis six mois que le tunnel va fermer et nous n’avons toujours pas de concertation avec la population et on ne sait pas ce qui va se passer. Quatre mois avant la fermeture nous faisons une offre de services pour mettre en place des groupes de travail pour une réflexion transparente et ouverte au grand public. Pour l’instant nous n’avons aucune information et nous devons tirer les leçons de ce qui s’est passé la semaine dernière pour la fermeture de la rue du Colle où nous l’avons appris le vendredi pour le lundi suivant. À quatre mois de la fermeture, sommes-nous capables de nous mettre autour d’une table pour proposer une réflexion globale ?

 - Vous dénoncez également les conditions de travail à la cuisine centrale de Bastia qui fournit les repas scolaires des écoles de la commune, en pointant du doigt une hypothétique privatisation de ce service public. Qu’en est-il réellement et quelles sont vos propositions pour l’améliorer ?

 - Aujourd’hui nous avons un service public de qualité reconnu par tous qui garantit des prix attractifs grâce à une production en interne. Nous voulons garder cet outil en passant par une modernisation des équipements et en créant une nouvelle cuisine centrale pour être en capacité de fournir encore plus de services, y compris à d’autres collectivités. Actuellement, il y a un tel mal-être au travail et des dysfonctionnements organisationnels qui font qu’on se pose une question : est-ce volontaire pour remettre en cause le service et aller vers la privatisation comme cela a été le cas pour l’éclairage public et les espaces verts ?

 - Vous ne trouvez aucun point positif dans la gestion de la municipalité ?

 - Non. À l’aube d’un second mandat, et j’insiste sur la temporalité car l’institution doit être beaucoup plus réactive et tourner à plein régime, c’est très décevant et nous sommes dans une gestion de routine.





















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