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La caravane de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants fait escale en Corse


Paule Cournet le Samedi 6 Janvier 2024 à 18:19

A l’initiative d’Arnaud Gallais, lui-même ancien enfant victime, de l’Association C3S Corsica, de l’ARS et de la Sécurité sociale de Corse, les Caravanes Mouv’enfants feront escale à Bastia, Corte, Porto-Vecchio et Ajaccio du 15 au 18 janvier, pour donner la parole aux victimes de violences sexuelles intrafamiliales mais aussi réunir les spécialistes du territoire et la société civile autour de cette question aussi douloureuse que nécessaire à entendre.



Infatigable pèlerin, Arnaud Gallais poursuit son tour de France à la tête des Caravanes Mouv’enfants, du nom du collectif qu’il a cofondé. Sa lutte, l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, il en porte les stigmates dans sa propre chair. Roué de coups par un père ultra-violent plus souvent qu’à son tour, il devient, dès l’âge de 8 ans, la proie d’un grand-oncle, prêtre missionnaire par ailleurs, qui va le violer systématiquement lors de ses passages en métropole, jusqu’à ses 11 ans. A12 ans, il est à nouveau victime d’agressions sexuelles, de la part de ses cousins cette fois.

Aujourd’hui, âgé de 42 ans, et devenu lui-même papa, il souffre de déficience respiratoire et de problèmes cardiaques et digestifs, séquelles directes des viols qui lui ont été infligés. A la naissancede son fils, il s’engage alors. Son but : éviter que d’autres enfants subissent ce qu’il a connu et tout faire pour que la peur change de camp.

Membre de la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, instituée en 2021 par Emmanuel Macron suite à la déflagration causée par la publication du livre de Camille Kouchner, La Familia grande), il fait partie de ceux qui ont recueilli et travaillé sur la parole de près de 30 000 victimes. Le rapport qui en découle, publié et remis à la Secrétaire d’Etat chargée de l’Enfance, Charlotte Caubel , en novembre 2023, met en exergue justement le manque de crédit apporté aux témoignages.

Inclure la société civile
Les chiffres, il est vrai, sont éloquents : si 160 000 enfants sont victimes de viol ou d’agressions sexuelles chaque année en France, commis à une écrasante majorité par un membre de la famille, ils ne sont qu’un sur 10 à oser en parler au moment des faits. Et bien souvent, leur parole se voit remise en doute. « Quand on écoute les témoignages de victimes, elles déclarent, massivement, ne pas avoir été protégées par un professionnel de la santé, de l’éducation ou de la justice. Soit on se dit qu’ils sont tous nuls, et c’est vraiment loin d’être le cas, soit on essaie de comprendre et de mettre en perspective le témoignage des uns et des autres. C’est évidemment primordial de donner la parole aux victimes, mais il y a une grande complexité aussi quand on écoute les professionnels, témoigne Arnaud Gallais. C’est pour cela que nous avons décidé d’en faire un vrai sujet de démocratie participative et d’aller à la rencontre de tous, victimes et professionnels, et d’y inclure la société civile ».

La société civile, mais aussi les territoires, puisque chacun, sur une question aussi sensible que celle de l’inceste et des violences sexuelles faites aux enfants, peut compter ses propres spécificités. Et l’insularité, celle qui nous protège comme celle qui parfois nous empêche d’appréhender l’impensable, en est aussi une.

Extraordinaire mobilisation des institutions en Corse
La caravane territoriale Mouv’enfants, qui fera escale le 15 janvier à Bastia, le 16 janvier à Corte, le 17 janvier à Porto-Vecchio et le 18 à Ajaccio, avant la restitution le 19 janvier, toujours dans la cité impériale, s’inscrit dans une démarche nationale qui traverse au total 45 communes en métropole et 5 dans les DOM-TOM. « Il faut que nous sortions du huis clos de la pédocriminalité. Les journées se dérouleront donc toutes sous le même schéma, avec une plénière, des ateliers participatifs et une restitution en fin d’après-midi. Nous commencerons toujours avec le témoignage d’une victime, puis nous ferons réagir les professionnels et les citoyens, explique également Arnaud Gallais, qui souligne l’extraordinaire mobilisation des institutions en Corse. C’est le seul endroit où je vais où l’ARS et la Sécurité sociale prennent en charge le déplacement. En Corse, je suis touché par l’engagement des personnes. Je ne devais faire qu’une seule ville et au final, nous avons 4 escales ! »

Mobilisée également et déjà sur le pont, Paule Maerten, coordinatrice de l’association C3S Corsica (Corse Stratégie Santé sexuelle, jeune association qui a reçu le soutien de l’ARS, la Collectivité de Corse et la Préfecture) et animatrice de l’E.V.A.R.S (Espace de Vie Affective Relationnelle et Sexuelle), y voit la continuité du colloque dédié aux violences sexuelles intrafamiliales et à l’état des lieux qui avait été dressé à cette occasion, le 4 mai dernier. « Nous avons trouvé logique que ces caravanes puissent aussi se tenir sur des microterritoires et y intégrer des acteurs de la société civile. L’idée, pour parvenir à apporter les solutions les plus complètes et adaptées, n’est justement pas que des institutionnels réfléchissent tout seuls derrière leurs bureaux », note la jeune femme qui explique que les rencontres se tiendront en débat inversé, c’est-à-dire sans pupitre ni estrade et où tous les participants s’expriment comme experts. Avec pour finalité, que soit dégagées, au moment de la restitution, des recommandations, de formation ou de
sensibilisation par exemple, utiles pour chaque territoire. L’expérience sera consignée dans un livre blanc qui sera adressé à la Secrétaire d’Etat chargée de l’Enfance, à la Première ministre et au Président de la République. Car la prévention reste l’arme principale de la lutte contre ces violences souvent indicibles. « Avec une hausse constatée sur notre région de nombre de plaintes, on peut se dire que la parole se libère, poursuit Paule Maerten qui met en avant des dispositifs mis en place sur l’île, comme la Maison de protection des familles à Porto-Vecchio et à Bastia, par la Gendarmerie nationale et où des militaires sont spécialement formés pour recueillir la parole des victimes de violences intrafamiliales et intervenir. « L’accès aux soins, comme l’accès à la justice, est incontournable. Sinon, ce serait la double peine », confirme Arnaud Gallais.

​Où trouver les caravanes territoriales de Mouv’Enfants ?

-         Le 15/01/24, Salle des Assises au Tribunal Judiciaire de Bastia
-         Le 16/01/24, Campus Grimaldi à l’Université Pascal Paoli de Corte, Algéco BU1 (IUT)
-         Le 17/01/24, Maison de la Justice à Porto-Vecchio
-         Le 18/01/24, Salle d’Audience Civile au Tribunal Judiciaire d’Ajaccio
-         Le 19/01/24,  Restitution des 4 Caravanes territoriales, Hotel Campo dell’Oro, Ajaccio
 Notez également qu’Arnaud Gallais dédicacera son ouvrage « J’étais un enfant » à la
Librairie L’Alma le samedi 13 janvier à 18 heures, 27 Boulevard Paoli, Bastia