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Joseph Agostini : « Les milliardaires sont presque tous dépressifs »


Nicole Mari le Dimanche 27 Février 2022 à 18:14

Avec son nouveau livre « Je dépense comme je suis » qui sortira aux Éditions Leduc en mai prochain, le psychanalyste Joseph Agostini nous parle d’argent ! Il nous surprend en nous montrant que celui-ci, au contraire de nous satisfaire, peut nous piéger, voire nous détruire. Le psychanalyste invite ses lecteurs à repenser leur rapport à la dépense et à inventer des modes de consommation différents. La première de la pièce de théâtre, adaptée de son livre « Dalida sur le divan » par Lionel Damei et Alain Klingler, sera présentée le 24 mars à l’Alb’Oru. Rencontre.



Joseph Agostini, psychanalyste et écrivain.
Joseph Agostini, psychanalyste et écrivain.


- L’argent est le sujet de votre prochain livre. Pourquoi gouverne-t-il le monde ? 
- Avoir de l’argent nous permet de fuir nos angoisses archaïques, l’angoisse de mort par exemple. La possession de biens matériels est un eldorado, surtout quand on se sent vide à l’intérieur. On veut acquérir, accumuler, pour oublier notre solitude, notre tristesse, notre pauvreté spirituelle. C’est l’arbre qui cache la forêt. 
 
- Mais, comme on dit : si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue ?
- Une forme de confort est indispensable. À part le moine ascète, personne ne se verrait dormir sur une planche en bois sans matelas. Toutefois, l’économie du superflu gouverne le monde. Le marketing veut nous faire passer pour essentiel ce qui relève parfois de l’ostentatoire. Nous sommes davantage dans des problématiques addictives d’accumulation, de mimétisme… Rendent-elles heureux ? J’en doute. Rendent-elles frustrés ? Sûrement. 
 
- La course à l’argent a-t-elle une limite selon vous ? 
- En tous les cas, les personnes qui parviennent à limiter leurs appétits, à vivre de peu, témoignent tous d’une délivrance. Le drame absolu est de constater que les multimilliardaires, qui gouvernent le monde, ne sont pas particulièrement épargnés. Souvent, la dépression et l’addiction rôdent car ils manquent précisément de manque. Ainsi, la conquête du « toujours plus » mène à un désert affectif. Comment s’attacher à des êtres, à des valeurs, à une éthique, si tout est substituable, si nous pouvons tout acheter ? Finalement, nous ne pouvons bien vivre que si nous apprenons à manquer et à se contenter de ce que nous avons. 
 
- Que dire alors des injustices béantes qui régissent la planète ? 
- Elles sont la preuve que l’être humain a besoin de courir à sa perte, dans cette intempérance à la fois excitante et angoissante. Il ne peut pas admettre sa finitude, devenir solidaire et modéré, au nom d’un idéal. Le romantisme, la passion, l’individualisme ont toujours été du côté de la violence, de la pulsion. Et l’argent obéit à ses principes. 
 
- Votre livre raconte, à partir de nombreux témoignages, comment nous pouvons mieux vivre notre rapport à l’argent … 
- Il y a des solutions à trouver pour échapper à cette addiction et à ces peurs. Cela nécessite un travail sur soi, un recul sur nos propres comportements d’acheteur. Notre manière de dépenser dit beaucoup sur notre faculté de supporter l’existence. C’est un savant dosage. Le radinisme est une maladie au même titre que l’achat compulsif. Il y a de la jouissance malsaine. On se focalise sur l’argent pour ne pas affronter d’autres choses plus profondes. 
 
- En tant que psychanalyste, vous avez déjà écrit de nombreux essais et romans sur l’amour, la mort, les secrets de famille, les tueurs en série... Pourquoi maintenant l’argent ?
- Rien de ce qui est humain ne m’est étranger, et j’aime me frotter à tous les domaines. Les thèmes se recoupent quand on les envisage en profondeur. L’argent est au centre de bien des secrets, de bien des enjeux amoureux… Mon nouveau livre débusque aussi cela ! Rappelons-nous quand même que le mariage était, d’abord et avant toute chose, un lien patrimonial entre deux familles avec tout ce que cela comporte de semblants et de contraintes. 
 
- L’amour serait-il aussi, selon vous, souvent une imposture ? 
- Je n’irai pas jusqu’à parler d’imposture, mais j’éviterais de parler d’amour à tort et à travers. Je crois que c’est un sentiment bien plus rare que ce que nous disent les applis de rencontres. Alors que la vénalité est une stratégie bien plus répandue ! Les jeux d’intérêts nous concernent tous. Aucun n’en est tout à fait exempté. L’angélisme est suspect en politique comme en amour. 
 
- Le spectacle, adapté de votre livre « Dalida sur le divan », sera présenté à Bastia. Dalida était une grande figure du show business. Sans gros moyens financiers pour la porter, aurait-elle pu devenir la star mondiale que l’on connaît ? 
- Je crois que l’art est, d’abord, une histoire de rencontre avec le public. Votre question me fait penser à celle que l’on pose souvent au sujet de Jeff Koons dans l’art contemporain. Beaucoup crient à l’imposture ! La différence avec la scène, c’est que le contact est immédiat, improvisé. Le spectacle « Dalida sur le divan » raconte la fabrication d’une légende. C’est la psychanalyse d’une chanteuse populaire. Dalida a rencontré son époque, jusqu’à s’abîmer dedans, avec une forme de sacrifice qui la rend attachante, extralucide. Je crois que c’est une mystique au pays du dollar ! Elle est très loin de sa caricature. 
 
Propos recueillis par N.M.

« Je dépense comme je suis » de Joseph Agostini 
Éditions Leduc 
Sortie en mai

Dalida sur le divan
24 mars à l’Alb’Oru 
Llien de réservation pour le spectacle : 
http://bit.ly/SpettaculuVivu

















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