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Jean-François Paoli : « Je peux être au second tour et jouer le match contre le député sortant »


Nicole Mari le Samedi 14 Mai 2022 à 21:23

C’est sur les quais du port de Toga à Bastia que Jean-François Paoli a officiellement lancé sa candidature à l’élection législative des 12 et 19 juin dans la 1ère circonscription de Haute-Corse. Entouré d’Emile et de Jean Zuccarelli, le vice-président de la Fédération corse du Parti radical, qui a reçu l’investiture de la majorité présidentielle, rassemble autour de lui le groupe d’opposition municipale Unione per Bastia, notamment Jean-Sébastien de Casalta, Jean-Martin Mondoloni et le MCD. Et choisit comme suppléante Oceane Baldocchi, qui figurait sur la liste de Laurent Marcangeli aux Territoriales. Il explique, à Corse Net Infos, que l’enjeu est de porter une autre voix que celle des Nationalistes et trois thèmes de campagne : la transition écologique, l’économie et la santé. Son objectif : être au second tour et jouer le match contre le député sortant, Michel Castellani.



Jean-François Paoli, vice-président de la fédération corse du Parti radical, est candidat de la majorité présidentielle "Ensemble" à l’élection législative des 12 et 19 juin dans la 1ère circonscription de Haute-Corse. Photo CNI.
Jean-François Paoli, vice-président de la fédération corse du Parti radical, est candidat de la majorité présidentielle "Ensemble" à l’élection législative des 12 et 19 juin dans la 1ère circonscription de Haute-Corse. Photo CNI.
- Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à une élection législative ? C’est la première fois ?
- Tout à fait ! C’est ma première élection en nom propre. La politique, ça se construit petit à petit. Cela fait de nombreuses années que je suis un militant et que je participe à des élections. Je pense que le moment était venu, peut-être même dans ma vie personnelle, parce qu’une élection, ça prend du temps, ça prend de la place dans une vie, c’est donc arrivé.
 
- Sous quelle étiquette exactement vous présentez-vous ?
- Je suis membre du Parti radical, issu, même si cela fait sourire certains, du Parti radical de gauche (PRG) qui s’est réunifié. Je suis resté dans la maison commune qui a été créée après la réunification des deux partis radicaux. J’ai parlé avec mes amis, j’ai demandé la pré-investiture de mon parti qui, au niveau national, appartient à la majorité présidentielle « Avec vous Ensemble ». Mon parti a proposé ma candidature à Ensemble, ce qui était normal. Ensemble, dans son analyse des possibilités de candidature, m’a donné l’investiture. Donc, aujourd’hui, j’ai l’investiture « Avec vous Ensemble », majorité présidentielle, mais je viens du parti radical, c’est ma maison d’origine, c’est par là que je suis arrivé dans cette majorité.
 
- L’étiquette « majorité présidentielle » n’est-elle pas un handicap ?
-  La politique n’est pas une question de mode ! Je ne veux pas que les électeurs puissent me reprocher de suivre la mode. Je veux les regarder dans les yeux et leur dire : « voilà, j’ai voté Emmanuel Macron ». Mon parti a décidé, en décembre, après réflexion, qu’Emmanuel Macron était le meilleur candidat pour amener la France encore plus en performance, donc forcément la Corse. Je le dis, je l’assume et je continuerai de l’assumer. Le faire et ne pas le dire, il n’y a rien de pire pour dégoûter les gens de venir voter !  Je ne trahirais pas mes convictions et mon amour de la politique et du bien commun pour une question de mode. Mais là, il ne s’agit pas de voter pour Emmanuel Macron, il n’a plus besoin de voix, il a été élu. C’est Jean François Paoli et Océane Baldocchi qui se présentent devant les électeurs. L’enjeu est là.
 
- Comment réagissez-vous au communiqué du PRG qui vous conteste l’étiquette de gauche, dit qu’il ne vous soutient pas et appelle à voter contre vous ?
- Je ne comprends pas pourquoi ils ont personnalisé autant ! Ils ont toute la liberté pour dire ce qu’ils veulent, mais je ne me sens pas concerné. Tous les Radicaux de gauche et les Radicaux valoisiens sont venus dans la maison commune. Au bout d’un an et demi, certains ont décidé de repartir. C’est leur choix. C’est eux qui ont quitté la maison commune, qui ont quitté le rassemblement. Cela ne me concerne pas. Pour ma part, je revendique d’être un homme de gauche. C’est mon parcours, personne ne peut me le contester au vu de mes années de militantisme. Je n’ai pas de leçon à recevoir sur mes convictions personnelles.

Jean-François Paoli, entouré de Jean-Sébastien de Casalta, Jean-Martin Mondoloni, Océane Baldocchi, le MCD, et Jean Zuccarelli. Photo CNI.
Jean-François Paoli, entouré de Jean-Sébastien de Casalta, Jean-Martin Mondoloni, Océane Baldocchi, le MCD, et Jean Zuccarelli. Photo CNI.
- Vous affrontez Julien Morganti, autre candidat de gauche et proche de la majorité présidentielle. Face au risque de dispersion des voix, avez-vous tenté une union ?
- La position de Julien Morganti est quelquefois assez énigmatique ! J’ai du mal à savoir où il est ! Il parle beaucoup d’union, le mot est souvent employé, mais l’union avec qui et pourquoi ? J’ai, pour ma part, essayé de garder le pôle que nous avions créé pour le deuxième tour de l’élection municipale parce que je pensais que c’était une base saine. C’était un rassemblement, pas une fusion/absorption. Lors des élections régionales, Jean-Martin Mondoloni a rejoint son camp, et j’ai rejoint celui de Jean Charles Orsucci. Pour cette élection législative, nous avons regardé les forces en présence, les discours, et nous avons vu que nous pouvions continuer. Avec Jean Sébastien de Casalta et Jean-Martin Mondoloni, nous sommes restés unis pour affronter cette législative. C’est un rassemblement de progrès, mais j’essaye qu’il soit concret.
 
- Pensez-vous obtenir le soutien de la droite ?
- Ce que je veux, c’est le soutien des électeurs ! Le vieux discours droite/gauche, ce n’est pas qu’il soit usé, chacun garde ses convictions personnelles, mais il faut que les partis aient la capacité d’évoluer. C’est une bonne démarche qu’a faite le Parti radical et que fait Emmanuel Macron. Il y a des sujets comme l’Europe, le nucléaire… qui dépassent les simples clivages droite/gauche. Il ne faut pas rester enfermé, il faut savoir qui on est, mais construire l’avenir. On ne peut plus faire de la politique comme il y a 20 ou 30 ans.
 
- Vous avez pris comme suppléante Océane Baldocchi, qui était sur la liste de Laurent Marcangeli aux territoriales. Pourquoi un tel choix ?
- Oceane vient de la société civile, c’est une professionnelle de santé et son discours m’a enrichi. Je viens du monde économique et associatif, je n’avais pas de regard sur la santé, donc c’est un point important. Elle est jeune, c’est une maman et une femme active, c’est aussi un regard important sur la société d’aujourd’hui. Elle est ce personnage d’ouverture que l’on a voulu traduire dans les faits, parce que nous avons des paroles et des actes. Lors de la dernière municipale, elle était sur la liste de Jean Sébastien De Casalta. Lors des régionales, elle était sur la liste de droite de Laurent Marcangeli. Aujourd’hui, au vu des alliances et du travail que nous avons réalisé sur l’union de l’opposition municipale et sur la majorité présidentielle, nous avons décidé qu’elle correspondait. Elle a bien voulu être ma suppléante, et j’en suis très fier.

- Quel est, pour vous, l’enjeu premier de cette élection ?
- La gagner ! L’enjeu premier, c’est d’apporter un autre son. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’en Corse - parce que c’est le résultat des élections et je ne le conteste pas, les Nationalistes ont eu de très beaux succès - le débat s’appauvrit de plus en plus parce qu’il n’y a plus qu’un son. Le son de cette autonomie nationaliste dont on a du mal à savoir si elle est indépendantiste ou seulement autonomiste, parce qu’être autonome, c’est être indépendant. Vu les enjeux, la crise mondiale avec le Covid, la guerre en Europe, la transition écologique, il faut reconstruire la Corse, l’Europe et, même au-delà, le monde. Il est bon que, dans notre territoire, on puisse écouter un autre son et pas toujours les mêmes paroles. C’est le jeu de la démocratie, c’est normal que l’on soit présent ! On va rentrer dans une discussion sur une évolution institutionnelle. Là aussi, s’il y a une seule voix qui parle, on prend le risque de provoquer des clivages, des oppositions parce que les gens n’auront pas pu traduire dans les urnes le fait de modérer, moduler, d’avoir d’autres chemins. Notre objectif est d’apporter une autre voie pour construire, à défaut d’un monde meilleur, un monde le plus serein possible dans notre territoire et au-delà bien sûr.

- Justement, quel est votre position sur l’autonomie ?
- Je n’ai pas de tabou, du moment que nous avons des discussions franches et claires ! Je sais ce que je ne veux pas. Je ne veux pas d’indépendance par rapport à la nation française et à l’Europe. Je ne veux pas sortir de l’Europe et je ne veux pas sortir de la nation française dans l’Europe. Je veux construire la Corse autour de ces valeurs qui nous ont emmené jusqu’à aujourd’hui. Après, tout est critiquable, tout est améliorable. Le mot autonomie ne me gêne pas, tout dépend ce que l’on met dedans. C’est peut-être le moment de mettre à plat toutes les réformes institutionnelles que nous avons eu, et de voir ce dont nous avons réellement besoin, ce qu’il faut améliorer. Plus d’autonomie, c’est plus de responsabilités. Cela peut m’intéresser mais à condition qu’on ne dise pas : « on est autonome, mais on n’est pas responsable ». Non ! Je suis responsable de ce que je fais, de ce que je dis, y compris dans le travail. Donc, c’est un débat qui doit être mené avec beaucoup de sérénité. Il faut être capable d’entendre les autres, parfois d’accepter des positions que l’on n’approuve pas personnellement à la condition qu’elles aillent dans le sens de l’intérêt commun.

Jean-François Paoli et sa suppléante, Oceane Baldocchi. Photo CNI.
Jean-François Paoli et sa suppléante, Oceane Baldocchi. Photo CNI.
- Sur quels thèmes comptez-vous faire campagne ?
- Sur trois thèmes. J’ai déjà cité la transition écologique qui a aussi un impact sur le coût de la vie, donc le pouvoir d’achat. Je dirais aussi la nécessité de faire très attention à l’économie parce que l’économie locale, - c’est vrai pour toute la France -, est faite, majoritairement, pour ce qui est de l’emploi, par des artisans, des commerçants, des PME et des PMI. Cette économie a besoin d’être soutenue parce que c’est elle qui nous fera gagner la victoire sur le chômage. Il n’y a pas de solution pour augmenter le pouvoir d’achat de façon durable sans un retour vraiment important à l’emploi. La pression écologique impacte les entreprises. Le problème du pouvoir d’achat se retrouve dans la cherté de la vie, le prix de l’électricité, du gasoil ou de l'essence tout simplement. Le coût de l'électrique qu'il faudra produire pour les voitures électriques. La présence d’Océane montre bien que la santé est aussi un sujet fondamental, y compris chez nous, où il y a encore des déserts médicaux. Le gouvernement a fait un certain nombre de choses, mais il reste encore des choses à faire.
 
- Si vous êtes élu, quelle serait votre priorité ?
- Puisque c’est le souhait de tout le monde, la priorité est de rentrer le plus vite possible dans ce débat sur nos institutions, sur comment retrouver une relation apaisée, sereine et constructive de la région Corse avec l’ensemble national. Nous avons toujours la volonté ou la sensation d’être différents, je veux bien assumer ma différence, mais pour autant nous avons aussi beaucoup de points communs avec les autres régions, que ce soit l’inflation, le logement, l’immobilier, l’écologie… les autres ont les mêmes problèmes que nous. L’idée est d’essayer de travailler avec mes autres collègues de l’Assemblée nationale pour proposer des solutions qui soient bonnes pour tout le monde, et bien sûr pour la Corse. Il faut créer le plus vite possible ce réseau à l’intérieur d’une majorité pour pouvoir faire changer les choses. C’est important d’être dans la majorité ! J’ai été dans l’opposition un certain nombre d’années. Quand on fait de la politique, on s’aperçoit qu’on ne change réellement les choses que lorsqu’on est dans une majorité. Que vous soyez dans une mairie, une région ou un Etat, c’est la majorité qui gouverne. Il est important d’y être, non pour recevoir des ordres, mais pour justement influencer sur les choix. Par exemple, la Corse doit réussir un grand challenge sur l’économie. Les crises nous ont impactés un peu différemment parce que nos coûts sont un peu différents à cause de l’insularité. Nos entreprises pourraient, un jour, répondre tout à fait au défi écologique et social, mais, pour cela, il y a besoin de prendre en considération le surcoût lié à l’insularité. C’est un vrai sujet qu’il faudra discuter très rapidement avec le prochain ministre de l’économie et au sein d’une majorité.
 
- Vous partez un peu tard. Comment se déroulera votre campagne ?
- Nous sommes en train d’organiser tout cela. Vous avez compris que construire une union, c’est long et difficile. Il y a eu l’élection présidentielle dont il fallait attendre le résultat. C’est vrai, je suis parti un peu tard, je ferai un sprint, même si ce n’est pas ma spécialité. On fera des réunions, on va essayer de rencontrer les gens pour les écouter, leur dire ce qu’on a envie de faire, ce qu’on leur propose. Tout cela va monter en puissance sur les trois semaines et demi qui nous restent.
 
- Le député sortant est grand favori. Est-ce jouable ?
- Michel Castellani est plutôt un homme de football, c’est vrai qu’ici, c’est très à la mode. Moi, je pratiquais des sports un peu plus individuels qui sont le judo et la boxe. Je ne suis jamais rentré dans un combat en pensant que j’allais le perdre ! On ne perd réellement que les combats qu’on ne mène pas ! Donc, tout est possible. À moi d’être suffisamment convaincant pour être au second tour. J’ai la sensation que je peux être au second tour. Après, ce sera un nouveau match entre Michel Castellani et moi-même.
 
- Donc, vous êtes confiant ?
- Quel intérêt de partir si c’est pour partir perdant ! Je n’ai pas d’à-priori, je ne suis ni super confiant, ni inquiet. Je ne suis pas confiant de façon naïve, mais confiant de façon positive. Je crois qu’il y a un espace, un message que les Corse ont envie d’entendre dans la circonscription. Là aussi, il ne faut pas se tromper : On ne refait pas le match de la présidentielle ! On ne refait pas le match de l’élection régionale ! On ne refait pas le match des municipales ! C’est une élection législative dans la première circonscription. Je pense qu’on aura un écho favorable.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

















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