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Gilles Simeoni : « Personne ne nous fera, ni reculer, ni renoncer aux engagements que nous avons pris devant les Corses »


Nicole Mari le Lundi 16 Janvier 2023 à 09:12

C’est dans un amphithéâtre bondé de la faculté de droit que s’est tenu, dimanche après-midi, à Corti, l’assemblée générale de Femu a Corsica. L’occasion pour le parti de la majorité territoriale d’appuyer le processus d’autonomie et d’apporter son plein soutien à son leader, le président de l’Exécutif corse. Dans un discours de clôture très attendu, Gilles Simeoni a lancé un appel à la mobilisation, renvoyé l’Etat à ses responsabilités, et réaffirmé la nécessité de réussir le processus d’autonomie, sous peine de voir ressurgir le spectre de la violence et des dérives. Face aux menaces, il a martelé haut et fort que rien, ni personne, ne le fera reculer, ni renoncer aux engagements qu’il a pris devant le peuple corse, et qu’il ne peut pas y avoir d’émancipation sans démocratie.



Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse et leader du parti autonomiste Femu a Corsica. Photo CNI.
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse et leader du parti autonomiste Femu a Corsica. Photo CNI.
« La réponse, que vous donnez aujourd’hui à la situation actuelle, est claire. C’est celle de votre présence. Et cette mobilisation massive, sereine, est le premier message politique qu’il faut retenir de cette assemblée générale. Nous sommes là, ensemble, soudés ». La prise de parole du président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni, en clôture de l’assemblée générale de son parti Femu a Corsica, qui s’est tenu, dimanche après-midi à Corti, était très attendue. Elle l’était dans le contexte tendu du processus d’autonomie et des discussions avec l’Etat suspendues à la question de la libération conditionnelle des deux derniers membres du commando Erignac encore emprisonnés, mais elle a pris une dimension particulière depuis l’allusion à des menaces ou pressions dont le président de l’Exécutif serait ou pourrait être directement ou indirectement l’objet dans le cadre de ses fonctions. Une allusion lâchée à deux reprises, la première lors de son discours introductif de la session spéciale sur la mafia en novembre dernier, et la seconde, un simple mot, glissé lors de ses vœux télévisés du 31 décembre, qui a déchainé le buzz dans toute l’île. Comme l’a souligné son secrétaire national, François Martinetti, le parti Femu a Corsica a, donc, dimanche après-midi, resserré les rangs autour de son leader et affirmé son soutien sans faille en l’entourant massivement dans un amphithéâtre bondé. « La démocratie ne peut accepter les menaces. Que ceux, qui pensent qu’ils peuvent menacer impunément le président de l’Exécutif, sachent que le président a un peuple derrière lui », résume à la tribune l’une des intervenantes. Des militants que le président de l’Exécutif remercie avec gravité et émotion.
 
Trois messages clairs
« J’ai trois choses à vous dire », débute Gilles Simeoni. Trois messages à l’Etat qui se défausse, à ses anciens alliés qui le critiquent, ou à ceux qui aimeraient bien lui tenir la main et répandent à dessein maintes rumeurs. Des messages politiques clairs et fermes. Le premier est celui, toujours martelé, de la « fidélité indéfectible » au fil historique du combat mené depuis 60 ans. « Je ne suis rien d’autre qu’un militant comme vous, qu’un élu que vous avez choisi, et un Corse comme vous qui est déterminé à se battre pour ce pays. Votre présence est le signe que notre volonté est inébranlable. Si nous sommes aussi nombreux aujourd’hui, c’est parce que nous avons conscience que nous vivons un moment qui est certainement historique ». A ceux qui l’accusent d’oublier les fondamentaux de la lutte nationale, il rétorque : « Cette fidélité est constitutive de ce que nous sommes, et personne ne peut imaginer un instant ou feindre d’imaginer, que nous puissions nous écarter, ne serait-ce que d’un pas, du chemin qui a été tracé par les espoirs, les engagements, les sacrifices de milliers de femmes et d’hommes avant nous ». Il rappelle que cette assemblée générale est, comme toutes celles qui l’ont précédée, « une assemblée de mémoire, de fidélité, de détermination, de sérénité, mais aussi de combat » Avant d’évoquer Yvan Colonna, « celui qui a incarné, cette année, à la fois le caractère tragique de notre combat et nos échecs parce que nous n’avons pas réussi à le faire revenir en Corse et à lui faire retrouver la liberté, celui qui incarne aussi une figure de l’engagement pour ce peuple. Parmi les combats que nous allons mener et remporter, il y aura celui de la justice et de la vérité pour Yvan parce que nous le lui devons ».

L’appel aux Corses
Son second message s’adresse à l’Etat : « La paix ne s’obtient que par le dialogue, mais un dialogue orienté vers une solution politique. Pendant sept ans, nos appels au dialogue n’ont rencontré que mépris, manœuvres et refus. Si l’État avait fait le choix du dialogue vrai, de la prise en compte du fait démocratique, du respect de la volonté des Corses et du suffrage universel, nous ne serions pas dans la situation inquiétante et délétère d’aujourd’hui. L’État a créé les conditions de l’affaiblissement de la démocratie en Corse. Là où il n'y avait plus de place pour le doute, la violence ou les dérives, le doute, les violences et les dérives retrouvent mécaniquement un espace là où la démocratie recule ». Comme il le répète depuis des mois, il n’y a pas d’autre option que de réussir le processus. « Réussir pour déboucher sur une solution politique et un statut d’autonomie. Si nous ne prenons pas ce chemin-là, un autre nous guette, c'est celui de la stagnation, de la régression, celui d’un peuple qui disparaît sous les coups conjugués de la spéculation, de l’affaiblissement des villages, d’une jeunesse qui désespère, des logiques mortifères qui reprennent, des bandes mafieuses qui cherchent à mettre l’île en coupe réglée, d’une démocratie qui s’étiole. Ce chemin-là, nous pouvons l’éviter. Personne, ni chez les Nationalistes, ni ailleurs ne peut s’accommoder de voir la Corse retourner vers la violence, les prisons, les drames, vers une économie sous-développée et le culte de l’argent ». Mais pour cela, il faut tirer les leçons. Gilles Simeoni lance un appel aux Corses : « Nous devons nous battre avec toutes les armes de la démocratie parce que le meilleur est à portée de main. Nous pouvons l’obtenir, mais le pire peut aussi revenir. Cette assemblée générale doit sonner le tocsin de la mobilisation avec tous ceux qui veulent que ce pays maîtrise son présent et son avenir ».
 
Un calendrier tendu
Gilles Simeoni détaille l’importance du calendrier qui est « un concentré de ce que nous avons fait, de ce que nous voulons faire, de ce que nous espérons et de ce que nous n’accepterons jamais, c’est-à-dire l’injustice ». Le 25 janvier, le Tribunal d’application des peines va se prononcer pour Alain Ferrandi. Le 31 janvier tombera la décision sur la libération conditionnelle de Pierre Alessandri. Le 6 février marquera les 25 ans de l’assassinat du préfet Erignac. Le 2 mars sera le 1er anniversaire de l’assassinat d’Yvan Colonna. « Il faut que l’Etat crée les conditions, et cela se joue dans les jours à-venir ». Avant d’ajouter que « quoi qu’il arrive, les semaines à-venir vont marquer la fin d’un cycle ». Le président de l’Exécutif exhorte encore une fois l’Etat à éclairer le jeu. D’abord, sur sa volonté, 25 ans après, d’ouvrir une nouvelle page sans rien oublier, ni d’un côté, ni de l’autre. Ensuite, sur sa volonté réelle d’avancer vers l’autonomie. « La seule fenêtre de calendrier possible pour une révision constitutionnelle, c’est entre juillet et décembre 2024, après les Jeux olympiques. J’ai demandé à l’État s’il avait la volonté de faire une révision constitutionnelle, il m’a répondu : Oui. Aura-t-il la volonté de traiter les problèmes historiques de dignité et de justice ? L’État doit répondre. S’il dit oui, cela voudra dire qu’avant la fin 2023, il faudra avoir boucler les discussions ». Il redit la nécessité de « rechercher les plus grandes convergences possibles » avec l’ensemble des Nationalistes. Tout en reconnaissant que la situation est difficile : « Il y a des désaccords, des critiques qui sont portées contre nous, et je n’y répondrais même pas ! Il faut que nous soyons d’accord entre nationalistes, mais pas seulement. Ce n’est pas un affaiblissement, au contraire c’est un renforcement de notre vision nationale. C’est notre devoir ». Et d’ajouter que le moment est historique et qu’il ne faut pas manquer les rendez-vous : « L’année 2022 a été celle du drame, de la mobilisation dans la rue, de la révolte. L’année 2023 doit être celle de la concrétisation ».

Poser des règles
Au bout de 30 minutes de discours, Gilles Simeoni aborde enfin directement la question que tout le monde se pose, mais sous l’angle de la société corse et de son devenir, de ses atouts, de ses faiblesses et même de ses démons : « Si je suis pour une société corse démocratique, ce n’est pas parce que l’État a eu une politique démocratique dans ce pays. Pendant des décennies, l’État a eu une politique coloniale. Il a alimenté les barbouzes, méprisé le fait démocratique et le suffrage universel depuis 2015, matraqué les jeunes, mis des innocents en prison. C’est notre histoire, mais mon choix de nationaliste corse, c’est de dire que cette injustice, je vais la combattre par la force de la démocratie parce que le pays que je veux, pour moi et mes enfants, est un pays dans lequel on se donne des règles et on les respecte. Notre façon de combattre aujourd’hui pour la Corse de demain préfigure la société que nous allons créer. C’est pour cela que le combat pour l’émancipation du peuple Corse est indissociable du combat pour la démocratie ». Avant d’en venir directement à l’émotion qu’a suscité les « menaces » évoquées dans ses vœux et d’envoyer un troisième message extrêmement ferme : « Je n’ai rien d’autre de plus à dire aujourd’hui, mais simplement à mettre en perspective. La démocratie se construit dans tous les domaines, dans l’accès à l’emploi, l’accès aux subventions pour les communes, dans l’attribution des marchés publics, dans les documents d’urbanisme, dans la capacité à dire Non aux logiques d’intérêts privés qui veulent prendre la prendre le dessus sur la logique d’intérêt général. Lorsque nous avons pris des engagements devant le peuple corse, nous avons dit que nous ne donnerons pas de leçons d’éthique - on n’est pas des pères La Vertu – mais nous voulons, avec le peuple, poser des règles et essayer de s’y tenir ensemble. J’ai pris le serment de mettre l’intérêt général au centre de chaque décision, et ça ne changera pas ! ».

Gilles Simeoni : " Il n'y a personne qui va me dire là où je dois aller"

Un climat trouble
Revenant sur la session de l’Assemblée de Corse consacrée aux dérives mafieuse, Gilles Simeoni estime qu’il faut aborder le sujet « sans surenchère, sans démagogie, sans atteinte à la présomption d’innocence, sans appel à la répression, sans proximité douteuse avec les services de police ou de justice, chacun est à sa place ». Et là aussi, il clarifie les choses envers ceux qui l’accusent de ne pas en faire assez : « Il y a des juges et des policiers. Je ne suis pas un auxiliaire de police, je ne suis pas un juge, je suis un militant et un responsable politique. Je veux que dans ce pays, quand un chef d’entreprise se lève et travaille, il travaille normalement, quand un homme gagne son salaire à la sueur de son front, il soit respecté. Quand un jeune demande une place, il n’a pas à être à genoux, ni devant un voyou, ni devant un élu. Quand un maire prend une décision sur l’urbanisme, il est protégé et il applique le mandat qui lui a été donné par le peuple. C’est cela la Corse que nous avons mandat de défendre ». Il exprime, de nouveau, sa solidarité à Hervé Baldrighi, à Jean-André Miniconi, à d’autres militants et d’autres proches qui ont subi des attentats, et avoue : « Je ne connais pas l’origine, ni les motivations, mais je sais que, dans ce climat trouble, peuvent prospérer des intentions malsaines et peut-être des volontés de porter atteinte à ce que nous sommes ». Avant d’asséner : « Notre force est celle du peuple. On n’est pas une équipe de voyous ! On n’est pas une bande armée ! Nous sommes des gens, des travailleurs. Nous n’irons pas là où nous ne nous voulons pas aller ! Personne ne va me prendre par l’oreille pour me dire ce que je dois faire ! ». Acclamé par les militants, il renchérit : « On n’a pas fait  - avec ceux qui étaient là avant nous - tout ce que nous avons fait, ni pour reculer, ni pour échouer. Nous avons pris deux engagements : construire ce pays et en faire un pays libre, moderne avec un peuple debout, reconnu dans ses droits et capable de maîtriser son destin. Et sur cela, personne ne nous fera reculer ! ». Pas question, conclut-il, d’échouer ou de renoncer « surtout au moment où le peuple Corse en majorité est à nos côtés ». Avant d’appeler les militants à œuvrer pour que 2023 soit « l’année des avancées majeures pour la Corse ».
 
N.M.