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Gilles Simeoni : « Notre détermination à construire ce pays est plus forte que jamais. Rien ne nous en détournera »


Nicole Mari le Dimanche 15 Décembre 2019 à 21:30

C'est à la veille d'une année 2020 cruciale sur le plan politique et à trois mois d'élections municipales tendues pour les Nationalistes que le parti Femu a Corsica a tenu, à l'université de Corti, dans un amphithéâtre comble, sa première assemblée générale ordinaire. Avec deux temps forts : la présentation de la motion de politique générale du secrétaire du parti, Jean-Félix Acquaviva, et le discours très attendu du patron et président de l'Exécutif de la Corse, Gilles Simeoni. Et un mot clé : tenir le cap sur le fil historique de la lutte pour construire, comme promis, une nation sans déroger ni aux promesses, ni aux fondamentaux. Ceci, en dépit de l'hostilité avérée de l'Etat et des remous qui agitent la coalition au pouvoir dans l'île. Gilles Simeoni revient, pour Corse Net Infos, sur les points essentiels de son intervention, répond aux critiques et réaffirme que sa détermination reste intacte.




Gilles Simeoni, patron de Femu a Corsica et président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni, patron de Femu a Corsica et président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Luccioni.
- En préambule, vous avez pris soin d’expliquer à quel titre vous parliez. N’y a-t-il pas de contradiction entre vos fonctions exécutives et votre activité de militant ?
- Non ! Je suis président du Conseil exécutif, mais je suis également militant d’un parti politique Femu a Corsica que j’ai contribué à fonder, et je me suis exprimé en tant que militant. J’ai pris l’exemple du président du gouvernement basque qui est issu du PNV, le parti nationaliste basque. Lorsqu’il exerce ses fonctions de président, il est au service du Pays basque et de tout le peuple basque dans la diversité de ses convictions. C’est ce que j’essaye d’être avec beaucoup d’humilité, un président de l’Exécutif qui a pour seul boussole : l’intérêt général et la volonté de défendre l’intérêt de la Corse, de son peuple, de son droit à la vie et à la reconnaissance. Le président basque s’exprime aussi devant son parti et les militants qui l’ont élu. Comme lui, je considère que j’ai des comptes à rendre aux militants et qu’au moins une fois par an, je dois être devant eux, les écouter, leur parler, faire le point sur ce qui va, ce qui va moins bien et sur ce qu’il faut faire.
 
- Justement, vous êtes interrogé sur le sens de votre combat. Pour vous, il n’a pas dévié ?
- Non ! Nous sommes dans le fil historique de la lutte du peuple corse pour faire nation et dans une logique d’ouverture, en conformité avec les engagements que nous avons pris devant les Corses, y compris avec Pè a Corsica. Je suis sûr que la ligne politique que nous défendons avec Femu a Corsica est celle qui nous permettra d'avancer vers la liberté, la démocratie, l’émancipation, la reconnaissance de notre peuple et la construction de la nation. Je le dis sans ostentation, sans avoir de leçons à donner à quiconque, sans se disputer sur un nom ou sur une manière de faire, mais en ayant à l’esprit tout ce qui a été fait avant nous, tout ce à quoi nous devons être irréductiblement fidèles. Notre chemin a vocation à s'élargir. Je dis à tous ceux qui sont d’accord avec nous sur l’essentiel, les valeurs, les principes et les objectifs, qu’il y a la place pour agir ensemble.
 
- L’ouverture semble rester, au-delà des querelles électorales, une condition sine qua non ?
- Oui ! Elle est indissociable du fil historique du nationalisme corse. Je ne le répèterai jamais assez : le peuple corse, ce ne sont pas les seuls Nationalistes, ce sont les gens qui vivent sur cette terre. Un peuple se fait avec tous ceux qui le composent. Si nous voulons continuer à construire ce pays, il ne faut pas rester fermés sur nous-mêmes. Soyons sérieux ! Comment pourrions-nous être à la hauteur du rôle historique qui est le nôtre, construire ce pays et cette nation sans être en permanence ouvert vers l’ensemble de la société, irrigués par tout ce qu’elle produit de positif, y compris lorsque cela ne vient pas de nos rangs ! Le chemin doit se poursuivre avec tous les Corses dans une logique de projets. C’est cela faire peuple et faire nation.

- Dans cette logique, vous octroyez un nouveau rôle au parti Femu a Corsica. Qu’attendez-vous de lui ?
- La force politique d’un parti ne se mesure pas seulement à la densité ou à la réussite des assemblées générales, même si, comme vous l’avez vu, elle est importante, ni au nombre d'adhérents, même si Femu compte plus de 1500 adhérents à jour des cotisations. Elle se juge par ce que le parti peut apporter au débat public. Nous sommes issus d’un combat qui n’a été que résistance et opposition, et nous devons continuer à résister face à un Etat qui veut notre disparition en tant que peuple. En même temps, nous devons construire ce pays. Femu a Corsica a un rôle fondamental à jouer, un rôle de mémoire, de transmission et de formation. Il n'y a pas en Corse d’autre structure politique qui compte dans ses rangs quatre générations de militants. L’enjeu est de transmettre cette mémoire et ce combat aux jeunes générations, de les former pour qu’elles prennent le relais, qu’elles accèdent aux responsabilités et qu’elles continuent la lutte. L’enjeu est aussi de bâtir un projet de société et de s’ouvrir vers la France, la Méditerranée et l'Europe pour continuer à tisser des passerelles et à identifier des alliés.
 
- Certains vous accusent de ne pas avoir de vrai projet de société. Que leur répondez-vous ?
- Ce projet existe, mais il est, pour l'instant, épars. Nous allons le mettre en forme, le conceptualiser et le traduire par des initiatives nouvelles. C’est essentiel ! Par delà les euphories électorales, ce qui va faire la différence et nous permettre d’agréger dans la durée, c’est notre capacité à proposer, à notre pays et à notre peuple, un chemin crédible, réel, pas d’incantation, mais d’émancipation économique, sociale, culturelle, linguistique, institutionnelle… La Corse en a plus que jamais besoin. Les difficultés actuelles sont nombreuses, cumulatives et réelles, mais elles ne nous découragent pas.

Gilles Simeoni : « Notre détermination à construire ce pays est plus forte que jamais. Rien ne nous en détournera »
- Vous lancez une nouvelle charge contre l’Etat et dénoncez un piège. Lequel ?
- L’Etat a une responsabilité historique majeure. Il continue, surtout depuis l’arrivée du président Macron à l’Elysée, la politique qu’il a menée depuis deux siècles. Une politique anti-démocratique, scandaleuse, de négation de notre peuple et de mépris absolu de ce que nous sommes, de ce que nous avons été et de ce que nous serons. C'est non sur tout ! Toutes ces portes fermées jusqu’à la répression qui est inacceptable et que nous n’accepterons jamais ! La place des jeunes Corses n’est pas dans les prisons, mais dans le bonheur et dans la paix. En même temps, il ne faut pas tomber dans le piège tendu par l’Etat et faire croire, notamment aux jeunes qui sont scandalisés par l’injustice faite à la Corse, qu’il existe un autre chemin que celui de la démocratie. Je le répète : il n’y a pas d’autre réponse que la démocratie. Nous allons assumer le rapport de forces que nous impose l’Etat. Nous ne cèderons rien de ce qui est essentiel ! Nous continuerons avec détermination, avec le courage et la force que nous donne la certitude d’être dans notre droit, à renforcer nos rangs et à chercher des alliés en Corse et ailleurs. On n’arrête pas les peuples qui ont décidé d’aller vers la liberté et l’émancipation ! Pour autant, la Corse ne se sauvera pas par procuration !
 
- C’est-à-dire ?
- Nous avons, tous, dans nos mains, une part de la solution. Nous pouvons, individuellement et collectivement, faire plus, y compris par rapport aux difficultés graves que connaît la société corse. Par exemple, la dérive mafieuse qui nous inquiète et nous insupporte. Notre devoir est de la regarder en face et de nous donner les moyens de la traiter. Non pas en revenant en arrière, en ressuscitant des mécanismes qui conduisent à des drames, à d’autres dérives et à des impasses, pas plus par le mythe d’une violence clandestine revivifiée. Le seul moyen, c'est la démocratie comme méthode et comme objectif. Il ne faut pas se leurrer, cela prendra du temps. Il y a toujours des marges dans une société, c’est le rôle de la police et de la justice de les traiter. Pour notre part, ce qui nous importe, c'est qu’en Corse, la marge ne devienne pas le centre. Défendre la démocratie, la transparence, l’éthique et l’intérêt général, est, en Corse, comme ailleurs, un chemin risqué. Cela ne me fera pas reculer. C’est le chemin qu’il faut prendre et que nous prendrons.
 
- Comme sur la question des déchets que vous avez également citée en exemple ?
- Le problème des déchets s’est cristallisé sur des décennies. Nous n'avons, en trois ans, pas réussi à le traiter, mais nous le traiterons. Ceci dit, la politique publique et le choix du tri généralisé sont un choix de société. Ceux, qui par démagogie scandaleuse ou électoraliste, essayent de réanimer artificiellement la logique de l’incinérateur et disent que les Corses ne peuvent pas trier, tournent le dos au progrès, à ce qui se fait de mieux partout dans le monde. Pourquoi les Corses ne pourraient-ils pas faire ce que font tous les citoyens d’Europe ? La Sardaigne a réussi, en peu de temps, à faire croître de manière spectaculaire, le tri des déchets, et les Corses n’y arriveraient pas ! Si nous ne sommes pas capables d'être un peuple responsable, y compris face à des questions complexes, de regarder en face les problèmes, de définir des solutions et de les mettre en œuvre, c’est que nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux. Or moi, je crois que nous sommes, en tant que peuple, à la hauteur des enjeux. Il suffit de voir ce que nous avons su produire de courage, de sacrifice, d’héroïsme et de bon sens pour échapper au sort funeste qui nous était promis et auquel rationnellement, nous ne pouvions pas échapper.
 
- Pourtant, beaucoup disent que les choses ne vont pas assez vite. Que répondez-vous aux critiques et aux impatiences qui s’expriment même dans votre camp ?
- Nous avons beaucoup travaillé. Nous entendons les critiques. Pour autant, nous ne pouvons pas accepter les attitudes démagogiques qui laissent croire qu’on peut tout régler en un coup de baguette magique alors qu’il y a au moins 10 ou 20 ans de travail devant nous. Qui peut sérieusement imaginer qu’il suffit de 4 ans et de quelques élections gagnées pour affranchir un pays de deux siècles de colonialisme, d’obscurantisme, de décennies de clanisme, de renoncement, d’absence de démocratie, de choix désastreux qui ont complètement détruit ses structures et la notion même de l’intérêt général ! Qui peut croire qu’en quatre ans, on peut régler tous les problèmes et remettre debout un pays et une économie qui sont à genoux ! C’est impossible ! Qui peut ignorer la difficulté de cette entreprise et le temps qu’il faut pour mettre en œuvre un projet ! Le chemin que nous avons pris est le bon. La réussite sera au rendez-vous. Notre détermination à construire un pays est plus forte que jamais. Rien ne nous en détournera.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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