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Gilles Simeoni : « Le dialogue avec l’Etat est peu fructueux sur le déconfinement, les Corses ont intérêt à se prendre en main »


Nicole Mari le Mercredi 22 Avril 2020 à 22:30

Chloroquine, stratégie de déconfinement, crise économique et sociale… Le président du Conseil Exécutif de Corse, Gilles Simeoni, et les autres élus insulaires, qui y assistaient, attendaient des réponses claires de la visioconférence avec le Premier ministre, Edouard Philippe, mercredi en fin d’après-midi. Mais, comme à son habitude, Matignon a pris note des attentes corses, sans s’engager. Deux heures de réunion et une absence de réponse qui ont laissé Gilles Simeoni perplexe, comme il l’explique à Corse Net Infos.




Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif de la Collectivité de Corse, en visioconférence avec le Premier ministre, Edouard Philippe.
Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif de la Collectivité de Corse, en visioconférence avec le Premier ministre, Edouard Philippe.
- Comment s’est passé cette réunion avec Edouard Philippe ?
- Commençons par les aspects positifs. Le Premier Ministre fait une réunion spécifique pour la Corse, alors que les autres régions sont conviées, jeudi, à une réunion globale. C’est quand même un signe politique. Sur le plan formel, c’est un signe de considération. Tout comme la composition de la délégation ministérielle très étoffée qui entourait Edouard Philippe : Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, ainsi que la Directrice générale de l’ARS, le secrétaire général de l’Agence du médicament. Ceci étant, la réunion a été très mitigée sur le fond. Sur les trois volets principaux que nous voulions aborder - l’Hydroxychloroquine, le déconfinement et la crise économique et sociale – nous avons pu échanger, ce qui n'est pas rien, mais je suis perplexe sur le résultat.
 
- Pourquoi ?
- La lettre, que j’avais envoyée le 4 avril au Premier Ministre pour faire de la Corse un territoire pilote dans le cadre d’un essai clinique sur l’utilisation de l’Hydroxychloroquine associée à l’Azithromycine, qui était cosignée par tout le monde médical corse et soutenue par les Professeurs et chercheurs de médecine de Marseille, n’a jamais eu de réponse. Aujourd’hui, le gouvernement nous propose d’intégrer la Corse dans l'essai clinique Coverage qui est mené par le CHU de Bordeaux. C’est intéressant parce l’essai porte sur quatre traitements, dont la chloroquine, mais celle-ci n’est pas combinée avec l’Azithromycine, ce n’est, donc, pas le protocole que nous voulions expérimenter. Ensuite, cet essai est limité aux patients de plus de 65 ans. Interrogés, les personnels soignants des hôpitaux et l’URPS insulaires ont accepté, même si l’URPS, qui voulait comme nous aller plus loin, a fait part de réserves. Nous avons pris acte. J’ai dit au Premier Ministre que nous aurions pu discuter avant, ne serait-ce que pour essayer de le convaincre du bien-fondé de notre position, et que, même s’il en mettait une autre en place, je souhaitais qu’il désigne au moins un interlocuteur au Ministère de la Santé pour que nous puissions continuer à plaider en faveur de la solution initiale. Il ne m’a pas répondu.

- Avez-vous trouvé des points d’entente sur la stratégie de déconfinement à mettre en œuvre en Corse après le 11 mai ?
- J’ai, d’abord, précisé que je ne voulais pas parler de stratégie de déconfinement, mais plutôt de stratégie de sortie progressive du confinement. La nuance n’est pas que sémantique ! Dans une sortie progressive du confinement, le principe reste le confinement tant qu’on n’a pas de fortes garanties au plan sanitaire, des garanties absolues. J’ai, ensuite, dit qu’il était indispensable que la Corse, territoire insulaire avec toutes les spécificités qu’il comporte, soit pleinement associée à cette stratégie. Le cadre général fixé par le gouvernement doit être décliné avec des mesures spécifiques à la Corse. Des mesures co-construites avec la Collectivité de Corse et les acteurs de terrain, notamment sur des questions qui sont d'une importance majeure. J’ai pris l’exemple des écoles, mais il y a aussi les transports, le tourisme, l'ouverture des restaurants et des bars... 
 
- Justement sur les écoles, vous contestez la date de rentrée scolaire ?
- J’ai dit au Premier Ministre que je ne voyais pas comment le 11 mai, nous pourrions rouvrir les écoles en l’état actuel. Personne ne voudra le faire, ni les parents d’élèves, ni les enseignants, ni les maires pour la plupart d’entre eux. Il est hors de question que la Collectivité de Corse valide une réouverture sans avoir toutes les garanties sanitaires sur les conditions de cette réouverture, y compris en termes de vision sanitaire, d’absence de risques, de moyens matériels à disposition : masques, gels… ! Pour l’instant, nous n’avions aucun élément qui nous permet de considérer ces garanties comme acquises. Bien au contraire ! C’est pour cela qu’il doit y avoir une co-construction.
 
- L’autre point épineux est le tourisme. En avez-vous parlé ?
- Oui, évidemment ! C’est le second exemple typique dont j’ai parlé et sur lequel il faut aussi une co-construction. Le secteur subit déjà en Corse des dégâts énormes. On ne sait pas si la saison pourra ou non, tout ou en partie, débuter dans les semaines à-venir. Dans tous les cas, qui dit tourisme, dit flux de population. D’où viendront les touristes ? De France, d’Europe, de l’international ? Comment les amènera-t-on en Corse ? Par bateau, par avion ? Avec quelles conditions de sécurité ? Comment s’assurer que ces touristes ne viendront pas contaminer la population ? Comment se prémunir des risques de rebond de l’épidémie ? De tout cela, ai-je dit au Premier Ministre, il faut qu’on en parle et que les décisions soient prises avec nous. J’ai annoncé que le Conseil exécutif fera des propositions pour se doter d’une structure d’aide à la décision au plan scientifique et médical.
 
- Qu’a répondu le Premier ministre à votre demande de co-construction ?
- Il a écouté et pris acte. Il a passé la parole aux autres élus présents. Puis, il a répondu : « On a bien entendu que le territoire voulait participer à la construction de la stratégie avec l’autorité déconcentrée de l’Etat, c’est-à-dire le Préfet. On va y réfléchir. On n’y est pas défavorable ». Il n’est pas rentré dans le concret. Il n’a fait aucune réponse précise quand je lui ai demandé : « Comment fait-on pour les masques, les tests, etc ? ». Il n’a donné aucune piste sur le déconfinement, ni sur l’école, ni sur l’ouverture des bars, commerces et restaurants, ni sur le tourisme, ni sur le BTP…

- Dernier point : la situation économique et sociale. Qu’a-t-il été décidé ?
- Rien ! J’ai insisté sur le fait que cette crise économique et sociale sans précédent partout en Europe et dans le monde serait encore plus grave en Corse à cause de la structure de notre économie, chiffres à l’appui. Il faut, donc, une réponse véritablement à la hauteur des enjeux de court terme, mais aussi de moyen terme. Sur le court terme, j’ai pris l’exemple du report des charges des entreprises, une mesure dont on sait bien qu’elle est totalement insuffisante. Les Chambres consulaires et de métiers et les différents secteurs demandent une annulation des charges. J’ai parlé aussi des prêts en disant qu’on ne peut pas imaginer que les entreprises et les artisans puissent commencer à rembourser dans un an alors que la plupart d’entre eux n’ont même pas encore recommencé une activité normale. Il faut, donc, envisager un délai supplémentaire de remboursement et des échelonnements plus importants. A côté de ces dispositifs de court-terme à améliorer, il faut une vision nouvelle et une stratégie co-construite de relance économique et sociale qui nous impose de revisiter complètement tout notre modèle.
 
- C’est-à-dire ?
- Il ne s’agit pas seulement de transferts d’argent, mais de savoir comment on soutient l’appareil productif corse, comment on construit une économie performante, comment on repense l’économique et le social dans le nouveau contexte. J’ai rappelé que le Président de la République a affirmé que « le monde d’après ne pourra pas être le monde d’avant ». On ne peut pas penser l’économie de la Corse après, avec les instruments d’avant ! On a vraiment besoin d’autre chose. J’ai expliqué qu’il ne s’agissait pas de décider ce soir, mais qu’il fallait en acter le principe et réfléchir à une méthode. Là dessus, le Premier Ministre n’a absolument rien répondu. Il a passé la parole à Mme Gourault qui s’est contentée de décliner ce que le gouvernement avait déjà fait en disant que nous discuterions encore autour du PEI (Programme exceptionnel d'investissements) et du PTIC (Plan de transformation et d'investissements pour la Corse).
 
- Au final, vous sortez de deux heures d’entretien pas plus avancé que lorsque vous y êtes rentré ?
- Non ! J’en suis sorti, comme je vous l’ai dit, extrêmement mitigé et dans une grande perplexité. Je pense que les Corses ont intérêt à se prendre en main et que beaucoup de solutions passeront par leur capacité à se mobiliser et à lutter contre le COVID et ses conséquences au plan sanitaire, économique et social. Il faut nous mobiliser, y compris pour faire prendre en compte nos besoins et nos attentes dans le cadre d’un dialogue avec l’Etat qui reste indispensable, mais, pour l’instant, peu fructueux sur les principes et sur les axes que nous avons évoqués. Il y a peu de choses concrètes, donc tout reste à faire.
 
- Qu’allez-vous faire maintenant ?
- Vendredi, lors de la réunion de l’Assemblée de Corse, nous présenterons un rapport qui rappelle les enjeux de la nouvelle phase qui s’ouvre et propose une méthode de déconfinement, que ce soit pour le 11 mai ou après, en impliquant l’ensemble des élus et des acteurs. Nous allons définir notre propre stratégie dans tous les domaines et essayer de la faire partager par l’Etat.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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