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Fin de vie : En Corse, l'association pour le droit de mourir dans la dignité, accueille avec espoir une nouvelle loi


L.S. le Dimanche 18 Septembre 2022 à 20:53

En Corse, l'association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) se réjouit de la réouverture du débat sur la fin de vie, après l'avis favorable du Comité d'éthique sur une "aide active à mourir" rendu mardi 13 septembre. Christiane Muretti, ancienne déléguée régionale adjointe de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), qui milite depuis des années pour la légalisation de l'euthanasie et du suicide médicalement assisté en France, répond à nos questions



Christiane Muretti milite depuis des années pour la légalisation de l'euthanasie et du suicide médicalement assisté en France
Christiane Muretti milite depuis des années pour la légalisation de l'euthanasie et du suicide médicalement assisté en France
- Vous militez pour le droit à mourir dignement, est-ce que l'avis du comité d'éthique va selon vous dans le bon sens ? 
- L’ avis rendu par le comité d’éthique représente une avancée significative . En effet, cette institution s’était opposée jusqu’à présent à toute modification majeure de la loi Leonetti. Je pense que cela a été rendu possible par la pression de l’opinion publique, les nombreux articles de presse sur ce sujet, la prise de position médiatisée de personnes connues, la mise en lumière de nombreux cas de fin de vie dramatiques et la proposition de loi par Olivier Falorni du groupe Territoires et Libertés et adoptée par 240 députés de touts bords politiques. 

- Que manquerait-il ? 
- L’aide active à mourir ou suicide assisté et l’euthanasie se doivent bien sûr d’être encadrés pour éviter tout abus. Mais le socle doit être ,à mon avis,le respect absolu de la volonté de la personne concernée . 

- Le lancement d'une convention citoyenne sur l'aide active à mourir du président va-t-elle dans le bon sens ? Selon vous, est-ce que cela pourrait aboutir sur la légalisation du suicide assisté ? 
- Je suis un peu sceptique sur cette consultation citoyenne. Il y a une opposition importante du corps médical sur ce sujet et j’espère que nous n’allons perdre un temps infini en discussions stériles. C’est peut être un moyen pour le Président Macron de « refiler le bébé ». La loi sur le suicide assistée est essentielle, c’est le droit fondamental de chacun de disposer de son corps et la liberté ultime de quitter la vie au moment choisi. 

- Chaque année, combien de personnes s'adressent à vous en Corse ? - - De très nombreuses personnes…elles veulent connaître les possibilités offertes actuellement. Parfois il s’agit de personnes âgées ou isolées en grande détresse qui sollicitent simplement une aide ponctuelle. 

- Quelles sont les raisons pour lesquelles elles viennent à vous ? 
-
 La crainte de mourir en souffrant ou la peur d’une déchéance physique ou psychique intolérable ( ex : maladies neurologiques incurables ..). Nous avons tous eu connaissance autour de nous de cas dramatiques. 

- Aujourd'hui en Corse, quelles solutions s'offrent à ces malades ?
Malheureusement il y en a peu : une place aléatoire en soins palliatifs, mais qui ne résoudra rien à terme pour ceux qui souhaitent quitter la vie. Sinon il y a l'option Belgique. Mais il faut avoir été suivi pendant un certain temps par un médecin belge en Belgique et que celui-ci accepte d’appuyer votre dossier. Pour nous en Corse à moins d’avoir de la famille ou des amis résidant en Belgique ,cela semble difficile et onéreux. Et il faut être encore en assez bonne santé pour multiplier les voyages. Pour la Suisse, cela semble plus simple, mais certaines associations, par exemple « Civitas » sont très critiquées pour en avoir fait un business (minimum 10 000 à 15 000€). Il faut rajouter le voyage, l’hébergement et l’incinération. Il leur a été reproché des locaux et des conditions de décès un peu glauques. Il y a d’autres associations suisses, mais qui se situent en Suisse allemande. Il y a alors le problème de la langue. Elles ne reçoivent pas de public. Seul un dossier peut être rempli en ligne pour communiquer. De toute façon, cela oblige à anticiper le moment de sa mort, car il faut être encore en état de voyager. Or les gens souhaitent mourir chez eux le plus tard possible sans souffrir, dignement et si possible près de leur famille.