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"Des pratiques dignes des pires régimes autoritaires": Nazione dénonce l'arrestation de deux de ses militants


Laurent Hérin le Vendredi 2 Février 2024 à 16:37

Lors d'une conférence de presse ce vendredi 2 février, le mouvement indépendantiste Nazione a vivement critiqué l'arrestation de deux de ses membres mardi dernier. Le nouveau parti dénonce la violence de cette "véritable répression" et suggère qu'elles pourraient être une réaction "de l'Etat central au succès de cette nouvelle initiative politique". Ces interpellations, similaires à d'autres incidents du passé, surviennent quelques jours seulement avant une nouvelle visite du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Dans ce contexte, le mouvement envisage déjà un rassemblement lors de la venue du "ministre de la police" la semaine prochaine.



Communiqué et conférence de presse de Nazione à L'Ostella © LH
Communiqué et conférence de presse de Nazione à L'Ostella © LH
Ce vendredi, le parti indépendantiste Nazione a tenu sa première conférence de presse à la suite de l'interpellation, mardi dernier en région bastiaise, de deux de ses militants par la police antiterroriste. Cette interpellation s'inscrit dans le cadre d'une enquête diligentée par le PNAT pour des faits d'association de malfaiteurs terroristes, de fabrication d'engins explosifs en lien avec une entreprise terroriste, et de dégradation dangereuse en relation avec une entreprise terroriste. L'enquête porte sur la dégradation d'une villa inoccupée dans la nuit du 19 au 20 novembre 2022 à Santa-Maria di Lota. 

Les deux militants di a Nazione, Antò Simoni et Nicolas Pinzutiqui ont été transférés et auditionnés à Paris ont été présentés ce vendredi au juge d'instruction en charge du dossier et mis en examen, selon les informations d'une source proche du dossier.
 

Appel à la mobilisation

AZERTAC, l'Agence d'Information d'Etat de l'Azerbaïdjan interroge Ghjuvan Filippu Antolini © LH
AZERTAC, l'Agence d'Information d'Etat de l'Azerbaïdjan interroge Ghjuvan Filippu Antolini © LH

​Dans un discours ferme, Ghjuvan Filippu Antolini, membre du collectif Patriotti, pointe du doigt ce qu'il considère être une justice politique orchestrée depuis Paris et rappelle la chronologie des faits qui ont poussé Nazione à tenir cette première conférence de presse. « Dimanche dernier, à Corti, le mouvement Nazione était porté sur les fonts baptismaux par plus de 600 militants. Deux jours plus tard, seulement, l'appareil d'État français répondait au succès de cette nouvelle initiative politique par une énième vague répressive en interpellant deux de nos militants et membres de notre coordination nationale, Antò Simoni et Nicolas Pinzuti. » Le porte-parole di a Chjama Patriottica a ensuite précisé alors les conditions de ces interpellations :" portes détruites à l'explosif, jouets intentionnellement détruits et le transfert arbitraire des deux militants à Paris suite à la décision du Parquet national antiterroriste (PNAT)". Il ajoute avec insistance que « concernant les affaires corses, la séparation des pouvoirs politique et judiciaire est une fable absolue et que les interpellations de mardi ont été menées par une police politique aux ordres d'une justice politique. » Une véritable répression pour les leaders de Nazione qu'ils perçoivent comme une réponse mécanique « à chaque initiative du courant indépendantiste » et surtout comme un moyen de préparer « chaque visite en Corse d'un représentant du gouvernement français. » En conséquence, Nazione appelle, à l'occasion de la venue de Gérald Darmanin, le « ministre français de la police », à un rassemblement autour des mots d'ordre « Per i diritti di u populu corsu » et « Basta à a ripressione. »

« L'autonomie, pas la décentralisation »

Les leaders de Nazione étaient réunis pour prendre la parole © LH
Les leaders de Nazione étaient réunis pour prendre la parole © LH
​Des propos immédiatement repris et confirmés par Petru Antone Tomasi, ancien porte-parole de Corsica libera : « 
Après l’agression caractérisée contre nos deux militants et contre notre mouvement, le ministre de l’Intérieur qui est, par ailleurs, le ministre de la police en France ne peut pas venir dans notre pays comme si de rien n’était. Il y aura une mobilisation de nos militants autour de deux mots d’ordre "Basta à a ripressione" pour répondre à l’agression qui a été faite et "Per i diritti di u populu corsu" pour signifier que nous sommes dans une démarche de construction politique. Mais cette construction tourne le dos à l’impasse qui est aujourd’hui celle des discussions entamées entre le ministère de l'Intérieur et la collectivité de Corse. »
Il poursuit et conclut : « Les méthodes sont misérables et inadmissibles tout comme le transfert arbitraire de nos militants sur Paris. Nous exigeons leur libération. Il y a, de notre point de vue, une volonté de neutraliser ce mouvement politique qui est le seul aujourd’hui le seul à contester la stratégie de Paris en Corse. Une stratégie avalisée par les responsables du Cours Grand Val. Il faut dire la vérité aux Corses. On ne se situe pas dans une discussion sur l’autonomie de la Corse, nous souhaitons une autre mobilisation pour créer une nouvelle perspective et qui prenne une trajectoire qui respecte les intérêts de notre peuple. »