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Cystites, angines : En Corse, des pharmacies prennent désormais en charge les patients pour des "petits maux"


Patrice Paquier Lorenzi le Mardi 2 Janvier 2024 à 15:39

Après deux ans d’expérimentation en Bretagne, le programme « Osys » est étendu depuis le 1er janvier 2024 à trois autres régions dont la Corse. Ce dispositif va permettre aux pharmaciens de prescrire à certains patients des médicaments, habituellement délivrés sous ordonnance, ou d’orienter les patients vers des médecins, en cas de doute. Un dispositif qui a notamment pour objectif de désengorger les services des Urgences des hôpitaux ou les cabinets médicaux concernant quelques maux du quotidien. Sandrine Leandri, Présidente de l’Union des syndicats de Pharmaciens d’Officines de Corse, nous explique les grandes lignes du dispositif.



Les pharmacies insulaires vont pouvoir prescrire des médicaments, habituellement délivrés sous ordonnance médicale, dans le cadre du dispositif "Osys".
Les pharmacies insulaires vont pouvoir prescrire des médicaments, habituellement délivrés sous ordonnance médicale, dans le cadre du dispositif "Osys".
Cystites, conjonctivites, angines, petites plaies, piqûres de tique ou brûlures superficielles : toutes ces blessures du quotidien vont désormais pouvoir être traitées directement dans les pharmacies sans passer par la visite chez votre médecin. À l’initiative de l’association Pharma Système Qualité, le dispositif « Osys » (NDLR Orientation dans le système de soins) débarque en Corse à compter de ce 1er janvier 2024.
Un programme expérimenté avec succès en Bretagne depuis deux ans et qui a étendu cette année à au Centre-Val de Loire, l’Occitanie et la Corse, comme l’explique Sandrine Leandri, Président de l’USPO Corse et gérante de la pharmacie du Finosello à Ajaccio : « Avec l’USPO nous avons milité pour que la Corse puisse faire partie de l’expérimentation. Nous avons eu beaucoup de retours positifs que ce soit au niveau des médecins et des pharmaciens quant à la mise en place de ce programme en Bretagne. Il n’y a que des effets bénéfiques à ce que nous intégrions ce dispositif chez nous ».

Six pathologies référencées par le dispositif Osys
Concrètement, le patient, qui suspecte une des pathologies référencées par le dispositif (Cystites, conjonctivites, angines, petites plaies, piqûres de tique ou brûlures superficielles) peut se rendre directement en pharmacie pour bénéficier d’une prise en charge. Celui-ci sera conduit dans un endroit confidentiel où il sera soumis à un questionnaire et dépisté, par exemple par le biais d’une bandelette urinaire, dans le cadre d’une cystite. « Grâce à ce questionnaire et ce dépistage, nous pourrons, soit lui prescrire des antibiotiques ou l’orienter vers un médecin en cas de doutes. Si nous ne pouvons pas répondre à sa pathologie, il pourra se rendre chez une médecin, avec le questionnaire déjà rempli. C’est aussi un travail d’orientation. Mais c’est aussi quelque chose que nous faisons déjà notamment dans le cadre de plaies superficielles. Tout le monde est déjà venu en pharmacie pour se faire nettoyer et désinfecter une plaie et y mettre un pansement »
 
« Nous ne sommes pas là pour remplacer les médecins ! »

Une prise en charge dans les pharmacies qui permet ainsi de désengorger les urgences et les cabinets de médecins, mais aussi et surtout d’apporter une réponse rapide pour le patient : « Nous sommes ouverts 7 jours sur 7 et 24/24 h avec les pharmacies de garde. Nous sommes là quand les urgences sont saturées, ou quand le médecin ne peut pas être là. Nous avons le savoir-faire. Ce qui est important, c’est le patient ».
Un programme ambitieux, mais qui a levé des doutes de la part de quelques médecins. Déléguée générale du syndicat de médecins MG France et vice-présidente de l'URPS médecins libéraux Centre-Val de Loire, la Dr Alice Perrain ne s'était pas privée de critiquer l'expérimentation bretonne qui, selon elle, ne montre « pas clairement d'amélioration de l'accès aux soins. C'est beaucoup de perte de temps et d'argent », avait-elle dénoncé dans le « Quotidien du Médecin ». « Si l'État veut que les autres professionnels s'occupent des soins non programmés, il faut nous le dire ». 
Des propos réfutés par Sandrine Leandri : « Nous ne sommes là pour prendre la place des médecins ! C’est un service en plus pour désengorger les urgences et les cabinets. On ne fait pas de diagnostic. Nous faisons du triage et de l’orientation. Nous allons travailler ensemble dans l’intérêt du patient. Nous ne sommes pas une menace ! Les pharmaciens ont effectué une formation pour expérimenter ce dispositif et ne sont pas là pour faire n’importe quoi.  On protocolise ce que nous faisons déjà ».

Depuis son lancement à l’automne 2021 en Bretagne, l’expérimentation a permis la prise en charge de 1 800 situations. Près de 40% des patients ont indiqué que, sans ce service, ils seraient allés voir un médecin et 5% seraient allés aux urgences. « L’expérimentation a évité 420 consultations médicales et 68 passages aux urgences » selon l’ARS de Bretagne.