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Centrale du Vazziu : Face au spectre de la rupture énergétique, la Corse en attente des réponses de l’Etat


Nicole Mari le Vendredi 8 Octobre 2021 à 21:25

Quand démarrera le chantier de la nouvelle centrale du Vazziu et comment fonctionnera-t-elle ? Avec quel combustible et quel acheminement ? Face au flou qui persiste à quelques mois de la signature de la nouvelle PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie), la conseillère territoriale, Nadine Nivaggioni a, au nom du Groupe Fà Populu Inseme, interpellé l’Exécutif sur le sujet, par le biais d’une question orale, lors de la dernière session de l’Assemblée de Corse. Le conseiller exécutif et président de l’Agence de l’urbanisme et de l’énergie (AUE), Julien Paolini, rappelle la stratégie de l’Exécutif, annonce les prochaines échéances et renvoie la balle dans le camp de l’Etat qui détient les clés de la décision.



Centrale du Vazziu.
Centrale du Vazziu.
Le remplacement de la centrale électrique du Vazziu par une nouvelle centrale dite du Ricantu, c’est un peu comme l’Arlésienne, tout le monde en parle, l’espère, l’attend, l’annonce imminente, et personne ne voit rien venir. La décision est entre les mains de l’Etat qui ne brille guère par sa constance. Des promesses ministérielles réitérées et même signées lors des voyages dans l’île aux multiples revirements dès les retours à Paris ou à chaque changement de ministre de la Transition écologique, difficile d’y voir clair. Une chose est certaine : la centrale du Vazziu, en fin de vie, ne pourra plus tenir très longtemps et doit être remplacée par une nouvelle centrale dite du Ricantu dont la construction pourrait, selon EDF, débuter en 2023 pour une mise en service en 2026. Pourtant, il y a urgence : au mois d’août, la consommation électrique a flambé dans l’île pour atteindre 410 mégawatts, soit quasiment le niveau d’un pic hivernal, et le réseau a frôlé la rupture. « L’augmentation exponentielle de la population, la sollicitation croissante des climatisateurs et le raccordement de la première vague des véhicules électriques ont contraint EDF, le 13 août, à lancer un appel à la responsabilisation pour réduire la puissance appelée. Si les abonnés se sont montrés solidaires et responsables, cette solution pour éviter la rupture ne peut être admise », estime Nadine Nivaggioni qui ne cache pas son inquiétude. Elle a, au nom de son groupe Fà Populu Inseme, interpellé l’Exécutif sur le sujet, jeudi dernier, lors des questions orales à l’Assemblée de Corse.

Nadine Nivaggioni, conseillère territoriale.
Nadine Nivaggioni, conseillère territoriale.
Aucune visibilité
La conseillère territoriale retrace les différentes étapes d'une affaire qui joue les longueurs : « Le décret initial pour une PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) corse a été voté le 18 décembre 2015. Il a été suivi d’un protocole d’accord signé le 13 juin 2016 et qui prévoyait l’approvisionnement en gaz naturel dès le début de l’exploitation en 2023 de la future centrale Turbine à gaz à cycle combiné. La procédure initiale de dialogue concurrentiel, menée par la DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat) sur ces bases, n’aboutit pas. Le 11 février 2020 est lancé un appel d’offre pour l’alimentation en gaz d’une centrale Diesel. L’Assemblée de Corse adopte le 29 avril 2021 un projet de révision de la PPE comportant la possibilité d’alimenter la future centrale au fioul léger, au biocombustible et au gaz naturel ». La Guyane, autre ZNI – zone non interconnectée d’un point de vue énergétique -, a déjà vu sa PPE modifiée en ce sens, avec, précise-t-elle, pour conséquence : « le renoncement à la réalisation de l’alimentation en gaz naturel, et au paiement des coûts échoués liés à cette alimentation au profit des bio combustibles ». Du 19 avril 2021 au 24 juin 2021, une concertation du public est menée par la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) sur saisine d’EDF PEI. « Aujourd’hui, nous n’avons plus aucune visibilité sur la date de démarrage du chantier de la nouvelle centrale, du choix du combustible retenu et de son acheminement. Aussi, à quelques mois de la signature de la nouvelle PPE, nous souhaitons connaître vos exigences sur le sujet face à la situation imposée par la DGEC et la CRE (Commission de régulation de l’énergie), ainsi que vos intentions », lance-t-elle à l’Exécutif corse. La veille, le maire d’Aiacciu et président de la CAPA (Communauté d’agglomération du pays ajaccien), s’était également ému par voie de presse que « personne n’évoque la PPE » et déplorait « l’absence de réflexion de fond sur l’avenir énergétique de notre île ».
 
Une signature attendue
Le conseiller exécutif et président de l’Agence de l’urbanisme et de l’énergie (AUE), Julien Paolini se charge de répondre aux deux en s’axant notamment sur la signature attendue de la PPE révisée. Il revient, d’abord, sur quelques éléments-clés : « Notre stratégie s’appuie sur 3 piliers essentiels. Le premier porte sur la diversification et la massification des différents types d’énergies, notamment renouvelables. Le second, sur la réduction de nos consommations et la maitrise de la demande en énergie dans le cadre, par exemple, du programme de rénovation des logements sociaux. Le troisième concerne la sécurisation de la période de transition jusqu’en 2050 avec l’objectif d’atteindre l’autonomie énergétique par l’alimentation au gaz naturel des centrales thermiques de Lucciana et du Ricantu ». Il confirme que la mise en service de la centrale du Ricantu est envisagée par EDF en 2026, soit dans cinq ans ! Julien Paolini rappelle, ensuite, que ces choix ont fait l’objet « d’un très large consensus, concrétisé, d’abord, à travers la signature d’un protocole d’accord entre le Président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, et le Ministre de la transition écologique, François de Rugy, en juillet 2019. Ensuite, lors des réunions du Conseil de l’Energie, de l’Air et du Climat de Corse dans lesquelles, entre début 2019 et fin 2020, des avis quasi-unanimes ont été actés autour de ce projet de PPE. Enfin, par un vote unanime de l’Assemblée de Corse en avril dernier ».

Julien Paolini, président de l'AUE. Photo Michel Luccioni.
Julien Paolini, président de l'AUE. Photo Michel Luccioni.
Des obstacles à franchir
Toutefois, reconnaît le président de l’AUE : « nous n’avons à ce stade franchi qu’une seule étape. Il nous reste un certain nombre obstacles à franchir ». Et de les énumérer : « Premièrement, l’examen en cours de la PPE par plusieurs comités d’experts au niveau ministériel qui vont remettre leurs copies dans les prochains mois. Deuxièmement, un nouveau passage devant notre Assemblée afin de prendre en compte leurs avis et leurs recommandations sur le projet qui leur a été soumis. Enfin, le plus rapidement possible, nous l’espérons, une signature du décret par le Premier Ministre qui rendra cette PPE opposable ». Il renvoie, donc, la balle dans le camp des ministères. « C’est à eux de répondre à nos légitimes interrogations. Ces réponses des services de l’Etat sont nécessaires, si nous ne voulons pas connaitre un nouveau blackout comme en 2005. Une situation qui serait effectivement inadmissible ! Ces réponses sont indispensables pour sécuriser le système électrique insulaire et répondre aux consommations records de cet été, avec des pics journaliers jamais atteints jusqu’à présent en été ». Ces chiffres records sont, explique-t-il, dus à divers facteurs : « des fortes chaleurs, une fréquentation touristique élevée, mais aussi des moyens de production contraints aussi bien au niveau hydroélectrique par la sécheresse que sur le câble SARKO qui nous relie à la Sardaigne en raison des incendies qui ont fait rage cet été ». Il admet que ces évènements exceptionnels ne peuvent servir d’excuses « car cette situation est appelée à devenir la norme dans les prochaines années ».
 
La clé du Ricantu
Concernant la future centrale du Ricantu, il renvoie là aussi à l’Etat et à la nécessité « de réponses urgentes en raison de la vétusté de la centrale du Vazzio, qui engendre pollution et risque sanitaire. Il est impératif de déverrouiller rapidement le projet du Ricantu en arrêtant son mode d’alimentation en gaz - barges, terminal, gazoduc-, c’est la clé aujourd’hui ! ». Il annonce qu’avec le Président de l’Exécutif, il rencontrera prochainement la DGEC. Il attend également les résultats de l’appel d’offre conduit par le ministère de la Transition écologique et qui vise à déterminer le choix retenu pour l’alimentation et l’approvisionnement de la future centrale. « Est-ce que ce seront des barges dans le golfe d’Aiacciu, notamment pour le Ricantu, des terminaux métalliers ou le gazoduc ? Les trois solutions étant aujourd’hui à l’étude ». Pour l’Exécutif corse, martèle-t-il, « Il n’est pas question à ce stade, pas envisageable de revenir sur l’alimentation au gaz. Nous sommes déterminés à obtenir rapidement des réponses de l’Etat et nous ne manquerons pas de lui rappeler ses engagements ». Il conclut à l’adresse de Laurent Marcangeli : « Nous avons fait notre part du chemin en élaborant un projet de PPE ambitieux. Nous n’avons pas perdu une minute dans la mise en œuvre de la PPE. J’ai d’ailleurs rencontré la semaine dernière, donc dans les 100 jours, votre premier adjoint et vos services au sujet d’un projet très concret et très important, celui de la rénovation de l’éclairage public de la Ville d’Aiacciu. Un projet de plusieurs millions d’euros, finançable à 80% dans la cadre de compensation que nous avons négociée, avec à peu près 5 millions d’euros financés par l’AUE. Ce qui, je crois, constitue une action concrète de maitrise de la demande d’énergie (MDE) que nous pouvons partager ».
Affaire à suivre…
 
N.M.
 






















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