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CdC : Le dernier débat budgétaire de la mandature sur fond de tribune électorale


Nicole Mari le Jeudi 25 Mars 2021 à 20:07

C’est dans une ambiance franchement électorale que l’Assemblée de Corse a voté, jeudi après-midi, le dernier budget primitif de la mandature. Un budget de 1,312 milliard € qui entend garder le cap et maintenir le niveau d’investissements malgré une crise COVID qui douche les recettes et fait flamber les dépenses. L’opposition, au plus haut de sa forme, a survolté le débat, le transformant en une tribune électorale pour férocement éreinter le bilan du pouvoir nationaliste. L’Exécutif a refusé d’entrer dans le jeu et s’est contenté de répondre aux critiques.



L'hémicycle de l'Assemblée de Corse clairsemé pour cause de pandémie COVID. Photo Michel Luccioni.
L'hémicycle de l'Assemblée de Corse clairsemé pour cause de pandémie COVID. Photo Michel Luccioni.
C’est le dernier budget de la mandature qui a la double contrainte de s’établir dans un contexte de crise sanitaire, économique et sociale qui plombe présent et avenir, et à moins de trois mois d’une échéance électorale majeure où l’opposition est déjà sur les starting-blocks. C’est pourquoi, avant même de parler chiffres, le conseiller exécutif chargé du budget, Jean Biancucci, a-t-il insisté sur cette situation inédite et tenter de déminer la bataille électoraliste qu’il savait inéluctable : « Nous sommes à un tournant. La situation dégradée, que nous connaissons d’un point de vue sanitaire, économique et sociale, nous invite à laisser de côté tout ce qui peut relever des dissensions habituelles et prendre de la hauteur. Ce n’est pas parce que nous sommes en période électorale que nous devons nous laisser aller » prévient-il d’emblée. « Nous devons plus que jamais prendre en compte l’intérêt supérieur de la Corse. C’est le sens qu’a voulu donner le CESEC dans son vote ». Rappelant que les certitudes acquises et les logiques de pensées, notamment le dogme de la rigueur budgétaire, ont été remises en cause par la pandémie COVID au niveau étatique et européen, mais pas local, il précise : « Nous sommes mis en demeure d’accompagner ces politiques publiques avec l’obligation de présenter un budget en équilibre, fondé sur nos propres ressources. Malgré la complexité de l’équation, nous proposons un budget conforme et en adéquation avec nos objectifs fixés en 2016 et nos politiques engagées en 2018 ».

Une dynamique perdue

Jean Biancucci. Photo Michel Luccioni.
Jean Biancucci. Photo Michel Luccioni.
Le budget s’établit à 1,312 milliard €, en évolution de 1,71 %. Ce qui représente 3816 € par habitant. Les recettes réelles de fonctionnement, fortement impactées par les effets de la crise sanitaire, sont en diminution de 1,17%, elles ne totalisent plus que 1,84 milliard €, soit un delta de 14 millions € par rapport à 2020. La perte de recettes fiscales atteint 19,8 millions €. Les dépenses réelles de fonctionnement mobilisent 953,8 millions €, en hausse de 1,73 %. « La trajectoire retenue permet de maintenir les ratios financiers en deçà des seuils d’alerte afin d’absorber le choc sur les recettes qui pourrait impacter les deux années à venir, mais la dynamique perdue du fait de la crise ne sera plus jamais rattrapée », commente Jean Biancucci. L’Exécutif se prévaut ainsi de conserver un fort niveau d’investissement de 315 millions €, en hausse de 1,67%. La crise COVID a, comme partout ailleurs, forcé le recours à l’emprunt qui culmine à 880 millions € avec une annuité de la dette de 65, 5 millions €. La capacité de désendettement s’est, de fait, amenuisée et est passée à 6,72 années : « On est très loin du seuil d’alerte fixé à 9 ans par la loi », rassure Jean Biancucci. Le montant d’épargne brute baisse également à 130,8 millions € contre 164 millions € en 2020. L’épargne nette s’établit à 88 millions €.
 
Un cap maintenu
Pour l’Exécutif, le cap est maintenu, contre vents et marées. Jean Biancucci insiste sur les politiques mises en œuvre, les moyens financiers et les pourcentages consacrés aux divers secteurs. « Ce budget témoigne, malgré les difficultés, d’une volonté d’engagement et d’une confiance dans l’avenir. La volonté, tout d’abord de solidarité et de soutien face à l’épreuve de la crise Covid-19. Le Conseil exécutif en a fait depuis un an maintenant sa priorité absolue. Sanitaire dans un premier temps, l’urgence s’est progressivement déplacée sur le terrain économique et social avec la mise en œuvre du Plan Salvezza è Rilanciu qui nous conduit à mobiliser 100 millions € ». Et d’expliquer : « A travers ce budget primitif, nous essayons d’apporter une réponse forte à la situation et nous vous proposons un certain nombre de choix avec des marges de manœuvre possibles en tenant compte de l’augmentation mécanique des dépenses et de la baisse des recettes ». Qualifiant ce budget d’« offensif », il interpelle les élus : « La crise COVID doit nous permettre de réfléchir. Nous nous posons tous beaucoup de questions. Il faudra peut-être tous ensemble y apporter des réponses ».
 

La faute des autres

François Orlandi. Photo Michel Luccioni.
François Orlandi. Photo Michel Luccioni.
La demande de Jean Biancucci est restée un vœu pieu ! A moins de 12 semaines du 1er tour, pour l’instant toujours programmé, des Territoriales, pas question pour l’opposition, déjà en campagne, de laisser filer l’occasion ! Elle s’en est, donc, donnée à cœur joie, transformant le débat habituellement indigeste du budget primitif en une réjouissante tribune électorale. Le premier à s’y essayer fut François Orlandi, élu du groupe Andà per Dumane, qui ouvre le bal sur des considérations fort peu budgétaires : « La situation économique, la crise Covid, cela est vrai, mais insuffisant pour justifier nos craintes. Au-delà des chiffres, le décor est planté : c’est la faute des autres contre le peuple corse ! Cette approche manichéenne est inquiétante, elle ne sert pas la Corse. Ne laissez pas une forme de populisme et une victimisation s’installer ! Les Corses ont besoin de sérénité, d’optimiste, nous le revendiquons autant que d’autres ». Il relève quelques points saillants : l’augmentation de la dette, les marqueurs politiques retenus en 2021, le plan Salvezzu… « Nous ne sommes pas maltraités par le gouvernement, même si nous devons être vigilants », affirme le conseiller macroniste en déplorant qu’il n’y ait pas encore de contractualisation avec l’Etat, comme l’ont fait d’autres régions. Tout comme il pointe la « forte augmentation des budgets pour l’intérieur et la montagne, compensée par une baisse des aides sur les communes et intercos ». Ceci dit, il équilibre les critiques en saluant, notamment le soutien au tourisme et aux entreprises, la maitrise des dépenses de fonctionnement de l’Office des transports... « Nous ne donnerons pas un avis budgétaire favorable, eu égard au 71 offres d’emplois en 2020, à l’absence d’incidence du plan Salvezzu... Nous ne céderons pas à un électoralisme opportuniste en votant contre, nous ne participerons pas au vote ».

Jean-Martin Mondoloni : « Vous avez perdu les feuilles de l’espérance ! »

Dans cette veine, la droite passe à une vitesse supérieure avec une suave délectation. Le président du groupe Per l’Avvene, Jean-Martin Mondoloni, tire une salve bien plus féroce que d’habitude pour éreinter le bilan de la mandature. « Je suis méchant », reconnait-il, « mais, j’espère utile ». S’il reconnaît que l’Exécutif « traverse avec prudence la crise COVID », il pourfend allègrement « des angles morts, des trous dans la raquette, des promesses qui n’ont pas été tenues, des annonces qui n’ont pas été soutenues, et une flamme qui n’a pas été entretenue ». Dans sa ligne de mire : la maison de cristal, les embauches, la PPE, les gilets jaunes… Avant de lancer au président de l’Exécutif : « Vous êtes un arbre qui a gardé ses racines, mais a perdu les feuilles de l’espérance que vous avez suscitée, il y a cinq ans maintenant ». Comme il l’explicite, en vidéo :
 


Une fièvre électorale !

Jean Biancucci prend la chose avec philosophie : « Je dois constater que je n’ai pas été entendu. Hors de la critique nécessaire, il me semblait que la situation actuelle devait faire abstraction d’un certain nombre de positionnements politiciens. Je ne m’attendais pas à cette espèce de débat, à ces interventions électoralistes ! ». Et, tout comme les élus de la majorité, refuse de se laisser entrainer sur ce terrain-là : « Je reste à mon niveau pour vous alerter sur la situation, les gesticulations dans cette enceinte et ailleurs ne sont pas en phase avec les nécessités de l’heure ». A François Orlandi, il répond : « Vous tenez un discours comptable, j’ai tenu un discours financier et politique, ce n’est pas la même chose ! ». A Jean-Martin Mondoloni : « Vous n’êtes d’accord sur rien ! Chacun sait que l’on va négocier la PPE fin avril, ce sera le moment des grands choix. On ne peut pas cacher l’endettement, mais il y a eu plus de 810 millions € d’investissement qui ont irrigué l’économie corse, il faut aussi le prendre en compte ». Concernant les emplois que dénonce l’opposition dans son ensemble, il rétorque placide : « Vous pouvez continuer à répéter des choses qui ne tiennent pas debout, c’est votre droit ! ». Et se moque de la salve inattendue tirée à ce sujet par Pierre Ghjonga, élu de la Corse dans la République : « Vous êtes habituellement bien plus tendre avec l’Exécutif ! ». Il conclut en rigolant : « C’est une fièvre électorale ! ».

Pas de course à l’emploi !

Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Tout aussi goguenard, le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, contre-attaque, chiffres à l’appui. L’augmentation des postes ? « En 2015, CD2A + 88, CD2B – 17, CTC – 43. En 2016, CD2A + 84, CD2B – 2, CTC – 42. En 2017, CD2A + 5, CD2B + 41, CTC – 23. En ce qui concerne la CTC, sur cette période où j’étais président du Conseil exécutif, il y a eu diminution de 108 des effectifs. Pour les départements, il y a eu augmentation : + 22 pour le CD2B et + 177 pour le CD2A. En 2020, la CdC compte : 3956 titulaires, soit – 44 par rapport à 2019. 464 non titulaires, soit + 155 contractuels, dont 100 postes de contractuels liés à la crise COVID, notamment à la mise en œuvre du protocole sanitaire, une cinquantaine de postes sont liés au surcroit d’activités dans le social ». La promotion de la langue corse taclée par Pierre Ghionga ? « Je ne doute pas que Pierre Ghionga, dans le cadre de la préparation des prochaines élections territoriales, imposera à la liste sur laquelle il figurera d’aller beaucoup plus loin que nous en matière de revendication et de mise en œuvre du bilinguisme et de la coofficialité. Je ne doute pas, enfin un peu ! ».
 
Une mauvaise analyse
Les exemples pris par Jean-Martin Mondoloni ? Ce sont « des contre-exemples ! Sur l’innovation, vous citez Guillaume Guidoni, qui explique dans tous ses tweets que « la CdC fait le job, la défaillance vient de l’Etat central. Ailleurs la Recherche & Développement est dopée par la présence de CHU et de laboratoires publics décentralisés qui n’existent pas en Corse ». Vous êtes, donc, à contre-courant de l’analyse ! ». La crise des Gilets jaunes ? « Si vous n’avez pas vu de pastilles jaunes, c’est que vous n’allez pas souvent faire les courses dans les 4 enseignes qui ont ratifié la charte sur 230 produits de consommation courante. Dans les 31 magasins signataires, les prix se situent dans la fourchette des 25% des prix les plus bas sur le continent, hors Ile de France. Ce dispositif est sans équivalent, il fonctionne. Son suivi a été confié à Corsica Statitisca, les prix sont relevés chaque mois. Nous avons agi et discuté lorsque le continent se barricadait. Votre exemple est là encore particulièrement mal choisi ! ». Sur le niveau d’investissement de la CdC ? Il cite le cabinet Kopfler : « La CdC a un ratio investissement-fonctionnement qui est dans la fourchette haute des grandes collectivités françaises. En 2019, le ratio moyen pour l’investissement est de 14% dans les départements et de 34 % dans les régions, soit un ratio consolidé région-département de 20%. La CdC continue d’apparaître comme une des grandes collectivités où l’investissement pèse le plus, 24% des dépenses totales, niveau qu’une seule collectivité réunifiée, l’Ile de France, dépasserait ». Donc, déduit Gilles Simeoni : « La CdC investit 4% de plus ! Notre démarche reste très vertueuse ».
 
Un jeu fermé
Le président de l’Exécutif rappelle qu’entre le poids de la fusion et le choc de la crise COVID, le jeu est fermé : « Il n’y a pas 36 solutions : ou on emprunte, ou on crée du déficit comme le font les Etats. Le déficit de la France a doublé en un an. Il est monstrueux ! ». Pour lui, ce budget « n’est pas un budget de crise, mais une réponse politique à la crise avec des logiques de solidarité et de soutien pleinement assumées, tout en restant dans un cadre budgétaire maitrisé ». Il prévient que l’avenir reste sombre : « Nous ne sommes pas dans la relance, mais dans l’urgence qui s’aggrave et dans l’incertitude qui pèse sur l’économie et le social. Notre économie ne pourra pas se relever d’une deuxième année identique à 2020. Nous sommes à l’os avec des dépenses qui augmentent de manière mécanique tous les ans : 90 % de plus pour les dépenses liées à l’aide sociale, 1200 personnes en plus qui émargent en RSA. Nous avons peu de ressources propres, nous sommes très dépendants des transferts et cela, il faut le changer par une autonomie fiscale ». D’où la nécessité, déclare Gilles Simeoni, d’avoir « une vraie discussion avec l’Etat pour orienter les différents dispositifs au service d’une vision stratégique et mobiliser l’ensemble des crédits disponibles sur les priorités ». Et de conclure : « Il n’y a pas d’autre chemin que celui-là ! Quelque soit la majorité qui sortira des urnes, Il s’imposera à tous ! ».
Le budget a été adopté, la droite a voté contre, le groupe Andà per Dumane s’est abstenu.
 
N.M.






















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