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Cavallo : La polémique rebondit et vire à la passe d’armes politique entre l’Exécutif et la droite


Nicole Mari le Jeudi 28 Janvier 2021 à 19:00

Passe d’armes très politique entre le président du groupe Per l’Avvene, Jean-Martin Mondoloni, et le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, lors des questions orales en ouverture de la session de l’année de l’Assemblée de Corse. La question, qui se voulait très polémique, du leader de la droite sur le rachat d’un terrain à Cavallu et sa plus-value pour le contribuable corse, s’est attirée une mise au point ferme et dure du président nationaliste. Un échange révélateur de la tension qui règne dans l’hémicycle en ce début d’année électorale.



L'entrée de l'île de Cavallo.
L'entrée de l'île de Cavallo.
C’était du pain béni pour l’opposition ! Une phrase prononcée par le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, lors d’une conférence de presse, mardi après-midi, sortie de son contexte et reprise en boucle sur les réseaux sociaux, a suscité le buzz et un tollé attendu dans l’opposition qui s’en est emparée avec une gourmandise de bonne guerre. Tout le monde s’attendait à ce que la tension, ainsi créée depuis deux jours, se répercute dans l’hémicycle lors de cette première session de l’Assemblée de Corse en ce début d’année électorale. Ce fut patent dès l’ouverture. La question orale du président du groupe Per l’Avvene, Jean-Martin Mondoloni, avait été déposée bien avant que ne soit prononcée la fameuse phrase, mais l’occasion était trop belle pour le leader de l’opposition pour la laisser s’échapper. Il a rajouté une polémique à une question déjà, il le savait, particulièrement épidermique, et qui a opposé, déjà rudement, il y a plus deux ans, la droite et les Nationalistes sur l’acquisition en 2018 par la Collectivité de Corse (CdC) d’une parcelle de terrain sur l’île de Cavallo pour 2 millions d’euros. Un achat hautement symbolique pour les Nationalistes et totalement inutile pour une partie de la droite insulaire qui ne le digère toujours pas.

Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
Des réserves et des questions
« Je ne m’imaginais pas au moment où j’ai déposé cette question pouvoir la poser aujourd’hui dans un contexte que vous avez créé avant-hier lors d’une conférence de presse, prenant donc un accent un peu particulier », précise d’emblée Jean-Martin Mondoloni. « Cette Assemblée a voté, en octobre 2018, l’acquisition d’une parcelle de terrain sur l’île de Cavallo sans les voix de notre groupe. Nous avions manifesté un certain nombre de réserves. D’abord une réserve médiatique : s’il ne s’agissait que d’aller planter a bandera corsa nanta l’isula di Cavallu, per noi, un n’avià micca sensu. Une réserve d’ordre juridique puisque nous avons préempté une parcelle sur laquelle il y avait et il y a toujours une activité commerciale avec le risque de réclamer des indemnités d’éviction. Ce risque a-t-il été levé ? ». Il enchaîne sur un flot de questions qui se veulent autant de chausse-trappes pour l’Exécutif : « Troisième réserve d’ordre financière qui prend aujourd’hui un relief très particulier : nous avons investi 2 millions d’euros du haut de notre mur de dettes. Si c’était à refaire, le referiez-vous ?... Quelle mission de service public va-t-on exercer sur cette parcelle qui justifierait l’intervention de la puissance publique ? Cette opération est un condensé de votre façon d’être depuis cinq ans, dans le dogme et le symbole. Relève-t-elle toujours d’une gestion politique des intérêts supérieurs de la Corse ou d’une gesticulation médiatique qui, comme souvent, souffre du déni de réalité ? ». Dans le texte écrit de la question, il avait résumé ces interpellations en une seule : « Quelle est la plus-value de cette opération pour le contribuable corse ? ».

Cent fois oui !
De toute évidence, le président du Conseil exécutif n’est guère d’humeur à s’en laisser compter. Passablement énervé par la polémique qu’il a bien involontairement déclenché lors d’une conférence de presse dont on n’a pas très bien compris l’utilité, il a répliqué froidement sans prendre de gants. Il est vrai aussi que la question de Cavallu est plus que symbolique pour les Nationalistes pour qui l’acquisition d’un bout de cette île, longtemps interdite aux Corses, tient quasiment du haut fait d’armes dans la longue bataille pour la maîtrise de la terre corse. « Votre question, les arguments qui la sous-tendent, les convictions qui vous animent à cet égard et que nous respectons, démontrent l’ampleur du désaccord et du fossé qui nous séparent sur cette question et sur bien d’autres, à la fois sur la vision du rôle de cette institution et la vision que nous avons de la Corse d’aujourd’hui et de celle de demain », commente Gilles Simeoni. Il répond aux questions : « Le referions-nous ? Cent fois oui ! ». La plus-value pour le contribuable corse ? « Je vais, d’abord, vous répondre sur la plus-value pour le citoyen corse, elle est définie dans notre acte de préemption qui encadre strictement la faculté que nous avions de procéder à cette préemption. La première plus-value est environnementale et écologique. La parcelle de 3,3 hectares est dans une zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique, au sein du site Natura 2000, dans un espace remarquable et proche du rivage, ou caractéristique du littoral (ERC), et dans le périmètre de la réserve naturelle de Bunifaziu, même si elle n’est pas juridiquement intégrée. Cette acquisition présente un enjeu de préservation de l’écosystème, de la qualité du site et du paysage, comme un bon potentiel d’aménagement ».

Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Des plus-values pour le citoyen
Le président de l’Exécutif rappelle le projet de mettre en place des équipements légers d’accueil du public pour la mise en valeur culturelle, scientifique, voire archéologique, et pour la protection de la biodiversité. Pour affiner ce diagnostic, les services de la CdC ont travaillé et constaté « l’altération de la biodiversité et du fonctionnement de l’écosystème due au traitement urbanistique sur cette île pendant des décennies ». Et d’énumérer : « fragmentation du milieu naturel, prolifération d’espèces invasives, piétinement urbain, zones dégradées, dépôts sauvages, pistes anarchiques, pollution, eutrophisation des lieux ont contribué à sa dégradation environnementale. Ce n’est peut-être pas très important pour vous, cela l’est pour nous et pour l’humanité toute entière. Le répertoire du patrimoine floristique de Cavallu a permis d’inventorier un tiers d’espèces nouvelles, ce qui montre bien la place cruciale de cette île dans l’archipel ». Ces enjeux réaffirmés, Gilles Simeoni repart sur un terrain plus idéologique : « La deuxième plus-value, que vous semblez méprisée, est une plus-value politique et symbolique que nous assumons et revendiquons, celle de permettre à la puissance publique, incarnée par la Collectivité de Corse, de reprendre pied sur cette île dont nous chantions en 1998 : « orfanella di stu mare, t‘hanu chjamatu Cavallu, e strade di u miò mondu ti tenennu da cunfina ». Cavallu a été, pendant des décennies, le symbole outrancier et caricatural de la spéculation, du non-droit et des dérives de toutes sortes, y compris avec l’abstention, la complicité passive et quelque fois active de l’Etat, de ses représentants et de ses services. Pour nous, il était fondamental au plan politique et au plan symbolique que la CdC et la puissance publique reprennent pied à Cavallu ».
 
La force du droit
N’ayant pas du tout apprécier l’utilisation polémique de sa fameuse conférence de presse, le président de l’Exécutif martèle : « Le symbole de Cavallu, c’est le vote de l’Assemblée de Corse, de la majorité territoriale, symbole auquel je suis tout particulièrement attaché. Nous sommes revenus à Cavallu et nous y avons repris pied au nom de l’intérêt général. Non pas par la force, mais par la force du droit, de la démocratie et du suffrage universel qui nous a mandatés pour le faire. Et c’est ce que nous allons continuer à faire, ne vous en déplaise, y compris en choisissant d’autres modes d’expression démocratiques comme les combats citoyens et les mobilisations plus larges en Corse et ailleurs. C’est ce que j’ai voulu dire hier et avant-hier, et vous le savez très bien ! ».  Gilles Simeoni apprécie encore moins d’être accusé de gaspiller l’argent des Corses et tire une bordée inattendue : « Vous vous souciez de l’intérêt du contribuable. Nous aussi ! Venir nous dire cela aujourd’hui, après notamment la décision de la Cour administrative d’appel de Marseille, alors que, pendant sept ans, entre 2007 et 2013, votre majorité a dépensé 115 millions € par an pour financer la SNCM, la CMN et la Corsica Ferries, quand nous, pour un service amélioré et un prix diminué, nous avons dépensé en moyenne, depuis notre arrivée aux responsabilités, 83 millions €. Et vous dites que nous avons échoué dans le domaine des transports lorsque nous avons fait économiser aux contribuables corses et à la Corse 32 millions € par an ! Avec ce que vous avez dépensé pendant 7 ans, 7 fois 32 millions €, soit plus de 200 millions €, nous aurions pu acheter Cavallu cent fois ! ».
 
Une vision de la Corse
Il conclut sur ce qu’il pose comme le vrai enjeu : la vision de la Corse. Cavallu , « vous vous rappelez « l’île interdite aux Corses », l’île où les Corses n’avaient pas le droit de mettre les pieds » est plus qu’un symbole, c’est une combat politique : « Est ce qu’on veut que la Corse et les Corses soient partout chez eux en Corse grâce au droit, à la démocratie et au travail en commun ? Est-ce qu’on veut une Corse développée et qui réintègre Cavallu ? Où est-ce qu’on veut que ce qui s’est passé à Cavallu, pendant des décennies, devienne la règle partout en Corse ? ». Et d’expliciter : « Sur Leboncoin, j’ai vu un T2 à Lumiu de 60 m2 en vente au prix de 895 000 € ! Un T2 à Lumiu, 60 m2, 95 000 € ! Ce sont les prix pratiqués à Cavallu qu’on est en train de retrouver partout en Corse ! ». Et d’assumer : « Cela ne nous convient pas. Nous continuerons à nous battre contre cela, pour construire la société corse que nous voulons, celle qui nous a conduits à nous engager depuis des décennies, qui est fondamentalement une société de droit et de démocratie ».
 
N.M.














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