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Carole Delga : « Les Régions de France sont favorables à l’autonomie de la Corse »


Nicole Mari le Jeudi 16 Mai 2024 à 19:08

La présidente PS de Régions de France (ARF) et présidente de la région Occitanie, Carole Delga, s’est entretenue, jeudi matin à la Collectivité de Corse à Bastia avec le président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, et la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, sur le processus d’autonomie. Carole Delga a réaffirmé le soutien de Régions de France à la révision constitutionnelle et au statut d’autonomie de la Corse. Elle a insisté sur la nécessité de reconnaître dans la Constitution la spécificité de l’île, son histoire, sa singularité et son insularité. Elle a également appelé au dialogue et à la suspension du processus législatif pour la Nouvelle-Calédonie.



La présidente PS de Régions de France (ARS) et présidente de la région Occitanie, Carole Delga, entourée du président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, et de la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis.
La présidente PS de Régions de France (ARS) et présidente de la région Occitanie, Carole Delga, entourée du président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, et de la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis.
« En tant que présidente de Régions de France, je viens apporter mon soutien au processus d’autonomie pour la Corse à qui nous avons besoin de donner un plus grand pouvoir législatif et réglementaire. La Corse a une histoire, une singularité, une insularité qu’il faut savoir reconnaître au sein de la République une et indivisible au XXIe siècle ». C’est sans aucune réticence, ni ambiguïté que la présidente de Régions de France (ARF) et présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a réaffiché, mardi matin, à la Collectivité de Corse à Bastia, son soutien au processus d’autonomie en cours pour la Corse. Ce n’est pas une surprise en soi, puisque l’élue PS d’Occitanie avait, dès sa prise de fonction à la tête de l’association des régions françaises en juillet 2021, proclamé sa conviction « qu’il était nécessaire de travailler avec Gilles Simeoni sur une autonomie progressive pour la Corse, une autonomie qui s’inspire des statuts des autres îles méditerranéennes ». Il est vrai que ce fut alors la voix de Gilles Simeoni qui lui permit d’être la première femme et la première socialiste à accéder à ce poste. Le président du Conseil exécutif avait mis dans la balance sa demande d’autonomie de la Corse et l’inscription de cette demande dans un Livre Blanc sur la décentralisation. Promesse tenue comme l’a rappelé Carole Delga à l’issue de son entretien à huis-clos avec Gilles Simeoni et la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis. « Au niveau des Régions de France, dès 2021, nous avions approuvé le dispositif de l’autonomie pour la Corse parce qu’il nous semble essentiel qu’il y ait un statut constitutionnel spécifique à la Corse (…) Nous avions mis, à l’unanimité de toutes les régions françaises, dans le Livre Blanc pour les candidats à l’élection présidentielles, la nécessité de l’autonomie pour la Corse (…) D’où ma présence ici pour leur témoigner tout mon soutien et au niveau national rappeler que les régions de France sont favorables à l’autonomie de la Corse ».
 
Une maturité politique
Concernant le contenu de cet accord, là aussi la position de la présidente de Régions de France est claire : « Les bases de l’accord, en particulier celles définies au mois de mars, sont les bonnes. Je pense que nous devons être force de propositions et certainement pas de frein ou d’opposition ». Pas de frein donc, ni à l’inscription dans un article spécifique, ni à la dévolution d’un pouvoir législatif et règlementaire. Carole Delga insiste sur la spécificité liée à l’insularité de la Corse et à son histoire. « La Corse dans le paysage institutionnel français est la seule île qui n’a pas un statut particulier. On doit savoir reconnaître la spécificité de l’insularité et donc le besoin d’avoir un titre constitutionnel spécifique à la Corse. Il faut également savoir reconnaître l’histoire corse, reconnaître qu’au sein de la République une et indivisible, nous avons la maturité politique pour donner une autonomie à la Corse. C’est absolument indispensable ! ». La présidente de la région Occitanie prend en exemple la politique de détente menée par le gouvernement espagnol de Sanchez en Catalogne : « Je suis présidente de la région Occitanie, et j’ai vu les refus répétés du pouvoir central espagnol et ce qu’ils ont eu comme conséquences au niveau de la Catalogne. On est en train en Catalogne et en Espagne de renouer un dialogue apaisé entre le pouvoir central espagnol et la région de Catalogne. C’est absolument indispensable ! Je ne veux pas que sur une position trop dure, on ne donne pas la chance à la Corse d’avoir un statut d’autonomie qui permettra de répondre aux aspirations démocratiques et citoyennes, à l’histoire corse, mais aussi à l’insularité qui est propre à la Corse ».
 
Plus d’autonomie aux régions
La présidente PS, qui se dit « profondément décentralisatrice », avait au Congrés de l’ARF, l’an dernier, plaidé pour une autonomie des régions et plus de libertés locales. Elle avait même lancé au gouvernement Borne : « Faites-nous confiance ! ». A Bastia, elle réaffirme l’aspiration d’autonomie des régions françaises, tout en marquant bien la différence avec le processus corse. « On doit traiter la Corse de façon spécifique, de par son histoire, de par son insularité. On doit en même temps avoir un dispositif pour plus d’autonomie pour l’ensemble des régions françaises continentales, avoir un processus de décentralisation qui soit beaucoup plus abouti. Le rapport Woerth sur la décentralisation va être remis dans quelques jours. Nous devons aller au bout de la décentralisation, stopper les doublons entre les régions et l’État, donner des compétences complètes aux régions, faire en sorte qu’il y ait aussi un pouvoir réglementaire, législatif et un pouvoir fiscal. C’est absolument indispensable ! ». Carole Delga réagit dans la foulée à la crise en Nouvelle Calédonie, appelant à l’apaisement, « à la fin de toute forme de violence » et à « une suspension du processus législatif parce qu’il faut ramener de la concorde et du dialogue. Il doit y avoir beaucoup plus de dialogues et d’explications. Il faut ramener le calme. C’est absolument indispensable ». Elle estime que ces évènements dramatiques ne remettent pas en cause le processus corse, le gouvernement avait un temps planifié de traiter ensemble les deux révisions constitutionnelles, corse et Kanake, avant d’y renoncer devant l’enlisement des négociations outre-mer. « Il faut continuer le processus corse. On doit avancer, démontrer que dans la République française, il y a une attention portée aux territoires. Je comprends tout à fait qu’il y ait report de quelques jours parce que cela nécessite de l’investissement et de la maîtrise en Nouvelle-Calédonie, mais je suis très attachée à ce que le processus constitutionnel continue à avancer pour les Corses ».
 
Un soutien précieux
Ce soutien fermement affiché ravit le président de l’Exécutif corse : « Nous sommes très heureux, à titre personnel et amical, la présidente Maupertuis et moi-même de recevoir Carole Delga. Elle est ici en sa qualité de présidente de Régions de France. Elle est venue effectivement nous exprimer son soutien et le soutien de Régions de France au processus de révision constitutionnelle et à l’objectif d’autonomie ». Un soutien d’autant plus « précieux » au regard de la diversité d’opinions politiques au sein de Régions de France et de certaines frilosités. « La présidente Carole Delga est venue parler au nom de l’ensemble des présidents de régions », commente sobrement Gilles Simeoni. Revenant sur la demande d’autonomie des autres régions, il considère que le risque de contagion est politiquement écarté. « C’est très clair ! Il y a une singularité corse à travers l’histoire, à travers la légitimité démocratique du vote des Corses, à travers aussi la géographie. Et cette singularité doit se traduire par une révision constitutionnelle et par un statut d’autonomie pour la Corse et pour les Corses. À côté, il peut y avoir une réflexion sur un renforcement de la décentralisation au niveau des régions de France ». Le président nationaliste s’avoue, lui aussi, inquiet des évènements en Nouvelle-Calédonie et des conséquences indirectes sur le dossier corse. « Oui, bien sûr, je suis forcément inquiet. Inquiet d’abord pour la Kanakie, le peuple Kanak et la situation de façon générale. Inquiet également dans la mesure où ce qui se passe est d’une telle gravité que cela peut impacter l’ensemble de la vie politique française et donc aussi nécessairement le processus. Ceci étant, nous avons un cap, nous allons le garder tout en manifestant notre solidarité au peuple Kanak en appelant au retour au dialogue et à l’apaisement ».
 
Un calendrier bouleversé
La première conséquence de la crise kanake est le report de la venue samedi en Corse du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, que Gilles Simeoni prend avec philosophie : « Le processus a été tout, sauf un long fleuve tranquille ! On peut comprendre le report de la visite de Gérald Darmanin dans le contexte actuel, notamment eu égard à la situation en Kanakie. Ceci étant, il importe que le processus continue d’avancer ». Néanmoins ce nouveau retard et la situation exogène à la Corse bouleversent encore une fois le calendrier initial qui prévoyait un passage devant le Parlement pour la réforme constitutionnelle avant l’été. « Ce calendrier est objectivement remis en cause aujourd’hui. L’important est d’avoir des garanties et des certitudes sur l’engagement dans la réforme constitutionnelle et la saisie de l’Assemblée nationale et du Sénat à la rentrée de septembre. Donc il faut que nous optimisions le temps jusqu’à la rentrée de septembre, notamment à travers le travail mené au sein de la Conférence des présidents de groupe sur l’armature de la loi organique, mais également avec des contacts politiques ». Et de conclure sur ce qui reste, pour l’instant, l’essentiel : la rencontre avec le Président de la République : «  J’espère que les élus de la Corse seront reçus, comme cela a été annoncé, par le Président de la République et qu’Emmanuel Macron pourra donner des indications fortes et publiques à la fois sur le calendrier, et sur ce qui est prévu ». 
 
N.M.