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Bastia : "Delacroix, genèse d'un génie" par Jean-Marc Idir


Rédigé par Odile de Petriconi le Mercredi 20 Janvier 2016 à 23:49 | Modifié le Jeudi 21 Janvier 2016 - 00:06


Récemment le centre culturel Una Volta en partenariat avec la Villa Gaspari Ramelli, avait convié le peintre et historien de l'art Jean-Marc Idir à présenter son ouvrage "Delacroix, genèse d'un génie" (paru chez Cohen & Cohen Editeurs,) et à donner une conférence, illustrée d'un diaporama, sur ce sujet.


Quatrième de couverture 
"La commande officielle reçue par Géricault, venant du ministère de l'Intérieur et destinée à la Cathédrale de Nantes, "La Vierge du Sacré-Coeur", fut effectuée par Delacroix dans le plus grand secret... et installée dans la Cathédrale d'Ajaccio, sous un autre titre en 1827. Toutefois, son histoire même allait condamner "La Vierge du Sacré-Coeur" à rester dans l'ombre.
Il faudra attendre 1930 et l'exposition du centenaire du romantisme pour retrouver le tableau qui, en 1963, sera à nouveau exposé au Louvre pour le centenaire de la mort de Delacroix.
Or, le tableau d'Ajaccio est capital pour la compréhension d'une période charnière dans la carrière de Delacroix. Le traitement pictural est en effet révélateur des influences subies, non seulement avant son séjour anglais mais également, avant sa révélation de la peinture espagnole. Il ne lui faudra pas même cinq ans pour passer du néoclassicisme au romantisme.
C'est justement ce moment clé dont le tableau d'Ajaccio est témoin : pour la première fois, Delacroix s'émancipe de l'emprise de Raphaël, annonçant "Dante et Virgile aux Enfers" et "Les Massacres de Scio".

L'étude de Jean-Marc Idir présente tous les aspects politiques, historiques, religieux et artistiques de cette commande, et elle indique la place de cette toile dans la peinture de l'époque en général et dans l'oeuvre du peintre en particulier."


Quelques lignes de l'avant-propos 
"Des trois commandes officielles qu'il reçoit, Géricault n'en effectuera finalement aucune. La première devait représenter le prince Eugène de Beauharnais dans un épisode de la campagne de Russie : elle avorta en raison de l'abdication de l'Empereur. L'exposition du "Radeau de la Méduse" en déclencha deux autres : l'une prenait comme sujet Joseph Vernet attaché au mât d'un vaisseau pour mieux juger des effets de la tempête, l'autre la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus et de Marie. La première émanant de la maison du roi, fut réalisée par Horace Vernet de façon tout à fait officielle (après tout, le petit-fils représentait son grand-père), la seconde, venant du ministre de l'Intérieur, fut effectuée par Delacroix dans le plus grand secret...
Pour quelles raisons Géricault renonça-t-il à exécuter lui-même une commande qu'il accepta pourtant de livrer personnellement? L'un de ses premiers biographes évoque son état de santé - ce qu'aurait confirmé Delacroix -, d'autres mentionnent plutôt ses réticences. Compte-tenu de ses opinions, cela pourrait se comprendre mais alors, pourquoi avoir copié autant de sujets religieux? Si "L'Assomption de la Vierge" ou "La Mise au Tombeau" s'enracinaient dans un répertoire aussi bien traité par Titien que Caravage, un "Sacré-Coeur" demeurait un cas tout à fait à part. En fait, le sujet imposé devait paraître d'autant plus déconcertant qu'il n'en existait aucune référence marquante. A l'âge de vingt-deux ans, issu d'un milieu plutôt rationaliste (son père avait fait partie des conventionnels régicides), Delacroix se voyait donc contraint de renouveler l'art sacré : contrairement à Géricault, sa situation financière ne lui laissait guère le choix.

L'œuvre d'Eugène Delacroix

Cette œuvre de Delacroix a eu un parcours assez particulier et une destinée hors du commun qui mérite que l'Histoire de l'Art si arrête. C'est ce que va faire Jean-Marc Idir lors de sa conférence. Tout d'abord, c'est un tableau  qui a eu trois noms, ce qui est exceptionnel :
- La Vierge du Sacré-Coeur (à Paris)
- Le Triomphe de la Religion (uniquement en Corse)
- Notre-Dame des Sept-Douleurs.

Il ne porte aucune signature, ni celle à qui l'oeuvre avait été commandée (Géricault) ni celle du peintre qui l'a réalisée (Delacroix). Ce qui a participé à ce qu'il soit égaré pendant très longtemps, et aussi à cause de ses différents noms, recherché en Bretagne alors qu'il était à Ajaccio perdu dans le plus strict anonymat.

Jean-Marc Idir situe "La Vierge du Sacré-Coeur", entre "Le Radeau de la Méduse" et "La Liberté guidant le peuple"
Delacroix ne peindra que peu d'allégories. La plus connue précisément en raison de sa force allégorique, (autrefois reproduite sur les billets de cent francs) est "La Liberté guidant le peuple" (1830). En raison justement de sa force évocatrice ce tableau ne sera accroché au Louvre qu'après la mort du peintre. La seconde allégorie peinte en 1826 est "La Grèce sur les ruines de Missolonghi". La troisième allégorie - qui est chronologiquement la première - est restée inconnue pendant plus d'un siècle. Encore maintenant, elle n'est guère connue que de quelques spécialistes, il s'agit de "La Vierge du Sacré-Coeur", initialement commandée à Géricault... Cette "Vierge du Sacré-Coeur" est une commande consécutive au "Radeau de la Méduse" qui fut présenté au salon de 1819, tableau pour lequel Delacroix a posé pour l'un des naufragés. Dépassant le tableau historique, "Le Radeau de la Méduse" est aussi une allégorie liée à la liberté par sa dénonciation implicite de l'esclavage. L'exposition du tableau fait naturellement scandale, mais Géricault espère que le gouvernement l'achètera et le peintre a un appui de taille en la personne du comte de Forbin, directeur des musées royaux. Mais, sous la pression des ultras le gouvernement n'achète pas l'oeuvre. Cependant, le comte de Forbin obtient deux commandes officielles :
- "Joseph Vernet attaché au mât d'un navire étudiant les effets de la tempête". Géricault ne semble pas intéressé par la réalisation de cette oeuvre.
- La seconde commande est destinée à la cathédrale de Nantes. Géricault semble vouloir répondre à cette commande dont le sujet est un "Sacré-Coeur de Jésus et de Marie". Géricault exécute un dessin (conservé à New-York au MoMa) mais confie l'exécution du tableau dans le plus grand secret à un Delacroix totalement inconnu! Qui devient ainsi "le nègre" de Géricault.
Sur le plan iconographique, Géricault et Delacroix disposent de sources documentaires succinctes, se rapportant au thème du "Sacré-Coeur". Dans leurs études, Géricault et Delacroix reprennent l'une des trois vertus théologales, "La Charité" et Delacroix réalisera pour cette toile "La Vierge du Sacré-Coeur", une étude dont le titre initial sera "Notre-Dame des Sept-Douleurs".
Géricault, revenant d'Italie, a communiqué son enthousiasme à Delacroix pour Michel-Ange, cela expliquerait comment Delacroix semble avoir pris "La Sibylle delphique" comme idéal antique pour le visage de la Vierge.
Delacroix achève le tableau "La Vierge du Sacré-Coeur" vers la fin de l'année 1821. Géricault attend quelques mois avant de livrer la commande. Le tableau n'arrivera à Nantes qu'en décembre 1823, mais c'est un nouvel évêque qui le réceptionne et ne l'apprécie pas sans doute pour une controverse religieuse opposant ultramontains et gallicans. Le tableau est donc renvoyé à Paris en janvier 1824. Cette même année, le préfet Lantivy arrive en Corse et demande à l'Etat un tableau de maître pour la cathédrale.
"La Vierge du Sacré-Coeur" arrive triomphalement à Ajaccio en février 1827 et devient un "Triomphe de la Religion". Il s'agit de faire comprendre que le sujet n'est pas une Sainte-Vierge, mais une figure allégorique représentant la Religion.
Quant à l'auteur du tableau, dès 1841, la supercherie a été dévoilée par l'un des premiers biographes de Géricault. Mais lorsque Mérimée débarque en Corse, il ne parle ni de Delacroix, ni de Géricault. A Paris il n'y a nulle trace de l'envoi de l'oeuvre en Corse.
Il faudra attendre un siècle après son arrivée en Corse pour que l'oeuvre soit enfin localisée, grâce à François Corbellini, peintre et conservateur du Musée Fesch, qui a lu un article d'André Joubin dans "La Gazette des Beaux-Arts", parue en 1927.
L'oeuvre sera présentée au Musée du Louvre en 1930 lors de la grande exposition Delacroix "Centenaire du romantisme". Lors de cette exposition "Le Triomphe de la Religion" est classé par l'Inspection des Monuments Historiques sous son titre initial "La Vierge du Sacré-Coeur".
De retour à Ajaccio, la toile intégrera la collection du Musée Fesch. Mais dès 1936 il sera demandé de mettre les oeuvres majeures à l'abri, avant l'évacuation du Musée en 1941.
L'oeuvre sera si bien cachée qu'elle ne sera retrouvée qu'en 1950.

Lacérée et noircie par la fumée des cierges, "La Vierge du Sacré-Coeur" a été restaurée et a été placée dans une chapelle latérale gauche de la cathédrale d'Ajaccio, où elle est très difficile à voir...
 

Jean-Marc Idir, artiste peintre

Jean-Marc Idir est né à Paris. Il a effectué ses études à l'Ecole des Arts Appliqués Duperré de 1982 à 1984 et a été l'élève d'Yves Got puis de Georges Richard (section bandes dessinées).
Il entre par la suite dans l'atelier de Leonardo Cremonini à L'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1984.
Il est également élève de Philippe Lejeune à l'Atelier de la Vigne, à Etampes de 1980 à 1990

Jean-Marc Idir a exposé de nombreuses fois individuellement et a également participé  a des expositions de groupe et obtenu bon nombre de distinctions :

- 1987 : Prix Karl Beule, Institut de France, Académie des Beaux-Arts
- 1987 : Prix René Beja, Fondation Taylor
- 1988 : Prix de la jeune peinture au Salon d'Automne
- 1988 : Prix Noufflard, Fondation de France
- 1991 : Prix Brizard, Institut de France, Académie des Beaux-Arts
- 1993 : Prix du portrait Paul-Louis Weiller. Institut de France, Académie des Beaux-Arts
- 1993 : Prix Couderc, Fondation Taylor
- 1995 : Prix Dagnan-Bouveret, Institut de Frrance, Académie des Beaux-Arts
- 1999 : Prix Eddy Rugale-Michailov, Fondation Taylor




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