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Avec son dernier film, À son image, Thierry De Peretti s’illustre à Cannes


le Vendredi 17 Mai 2024 à 12:24

Basé sur le roman éponyme de Jérôme Ferarri, le quatrième long métrage du réalisateur ajaccien était diffusé en avant première lors de la Quinzaine des Cinéastes, ce jeudi à Cannes. Sa sortie en salles est prévue pour le 4 septembre prochain.



À son image (sortie le 4 septembre) raconte l'histoire d'Antonia, jeune photographe de presse, dont la destinée s'entremêle avec des évènements politiques majeurs de la Corse contemporaine (Photo : Elise Pinelli - Pyramide Film)
À son image (sortie le 4 septembre) raconte l'histoire d'Antonia, jeune photographe de presse, dont la destinée s'entremêle avec des évènements politiques majeurs de la Corse contemporaine (Photo : Elise Pinelli - Pyramide Film)
C’est la première fois qu’il s’attaque à une adaptation. Et c’est avec le roman éponyme de Jérôme Ferrari qu’il a choisi de s’essayer à l’exercice. Le réalisateur ajaccien Thierry De Peretti présentait son dernier long métrage À son image, ce jeudi soir à Cannes à l’occasion de la Quinzaine des Cinéastes, une section parallèle du fameux festival. « À son image me permet de me confronter à l’exercice de l’adaptation, avec l'écriture de Jérôme Ferrari, qui est mon contemporain. Il explore des territoires de fiction, politiques et historiques, qui me sont familiers, mais de façon radicalement différente. Mais j’avais déjà pensé adapter une partie de son roman Balco Atlantico avant de mettre en chantier Une vie violente, mais les droits étaient pris. De même pour Le Sermon sur la chute de Rome », explique-t-il en confiant travailler sur ce film depuis qu’il a lu le roman, « durant l’été 2018 » et avoir eu une petite appréhension avant que Jérôme Ferrari ne découvre son histoire portée à l’écran.
 
Si des échanges ont eu lieu avec l’auteur de l’œuvre originelle tout au long du processus de création, ce dernier a en effet fait le choix de laisser Thierry De Peretti et son acolyte Jeanne Aptekman très libres pour élaborer le scénario. Au point que ces derniers ont pris le parti de prendre quelques distances avec le livre, même si l’essentiel a été conservé. À mi-chemin entre le portrait et l’éloge funèbre, À son image raconte ainsi la vie d’Antonia, une jeune photographe de presse à Corse-Matin qui perd la vie dans un accident de la route. Comme le ferait un photographe, Thierry De Peretti y joue avec l’ombre et la lumière pour dépeindre un éloge empreint de mélancolie et évoquer les moments forts de la vie de la jeune femme au fil des deux dernières décennies de la fin du XXème siècle. Compagne d’un militant nationaliste ayant embrassé la lutte armée et qui multiplie les allers-retours en prison, elle voit malgré elle sa destinée s’entremêler avec des évènements politiques majeurs qui font l’histoire de la Corse contemporaine à l’instar de l’affaire Bastelica-Fesch, du double homicide de la prison d’Ajaccio, ou encore de la scission au sein du FLNC. La fresque d’une époque que le réalisateur a lui-même bien connu, ayant grandi à Ajaccio durant ces années de plomb. 

Avec À son image, Thierry De Peretti signe son 4ème long métrage et s'attaque pour la première fois à l'adaptation d'un roman (Photo : Rita Scaglia)
Avec À son image, Thierry De Peretti signe son 4ème long métrage et s'attaque pour la première fois à l'adaptation d'un roman (Photo : Rita Scaglia)
Un premier rôle pour Clara-Maria Laredo
 
Pour son quatrième long métrage, Thierry De Peretti revient également à ses premières amours en repassant de l’autre côté de la caméra et en incarnant le rôle du prêtre, parrain d’Antonia qui sera à l’origine de sa passion pour la photographie. « Un rôle bien plus modeste dans le film que dans le roman », souffle-t-il. À l’image, on retrouve aussi des visages familiers déjà aperçus dans ses précédents films comme Cédric Appietto, Antonia Buresi, Alexis Manenti, Victoire Du Bois, Théo Frimigacci, Cédric Alessandri, Gérard Mazzoni. « J’aime cette idée qu’on s’accompagne d’un film à l’autre, cela fait des liens entre films et entre nous bien sûr », sourit le réalisateur. Pour le reste du casting, il a à nouveau choisi de faire confiance à Julie Allione - aux côtés de qui il a déjà travaillé pour tous ses précédents films - et a décidé de faire une fois de plus appel à des acteurs non professionnels, mais imprégnés par le contexte par le contexte politique corse, à l’exemple de Clara-Maria Laredo, jeune étudiante en sciences politiques qui incarne le rôle principal, mais aussi de Marc’Antonu Mozziconacci, Andrea Cossu, Pierre-Jean Straboni, Saveria Giorgi, Barbara Sbraggia, Louis Starace, Harold Orsoni, ou encore Paul Garatte. « Je suis moins intéressé par les questions d’authenticité que par l’idée de constituer une troupe d’actrices et d’acteurs singuliers et qui comprennent les enjeux du film de manière à la fois organique et politique, explique-t-il. 
 
Un tour de force payant au vu de l’accueil qui a été déjà réservé au film par les premiers spectateurs lors de sa diffusion sur la Croisette ce jeudi. Après avoir été déjà distingué à Cannes en 2017 avec Une vie violente, le réalisateur ajaccien a donc été sélectionné pour participer à la Quinzaine des Cinéastes 2024. Une fierté pour lui de voir à nouveau l’un de ses longs métrages diffusés lors de ce festival emblématique. « C’est une grande joie de venir présenter le film à la Quinzaine, où je suis « né » comme cinéaste en 2013 avec les Apaches. Et cela seulement quelques jours après avoir fini le film et en compagnie de cette nouvelle génération d’actrices et d’acteurs », se félicite-t-il. 
 
En outre, il constate avec satisfaction que les réalisateurs corses ont la côte à Cannes cette année, trois films étant présentés dans différentes sections du festival. « Ce sont trois films indépendants et personnels. Mais d’autres films, faits par d’autres cinéastes corses ont aussi été tournés cette année, je pense à celui de Frédéric Farrucci ou ceux d’Éric Fraticelli, sans parler de ceux qui se préparent pour les mois à venir. Ce sont des films où la Corse n’est ni un paysage, ni une toile de fond, mais le centre même. C’est la preuve qu’il y une filière extrêmement dynamique en Corse, unique même : comment un territoire si peu dense démographiquement peu faire émerger autant d’œuvres au même moment ? C’est évidemment le fruit d’années de travail et d’engagement, non seulement des artistes, mais du pôle cinéma de la Collectivité de Corse et plus largement de qui a été accompli par celles et ceux qui œuvrent depuis si longtemps à l’émergence d’un cinéma en Corse », observe-t-il.
 
Après avoir conquis la Croisette, À son image sera à retrouver au cinéma à partir du 4 septembre prochain.