Corse Net Infos - Pure player corse

Avec cinq ATR cloués au sol, Air Corsica traverse une crise inédite qui pourrait durer jusqu’en novembre


Jeanne Soury le Mercredi 23 Septembre 2026 à 18:52

Cinq des sept ATR 72-600 d’Air Corsica sont aujourd’hui immobilisés, soit plus de 70 % de la flotte de ce type d’avion. En cause : des odeurs inhabituelles, devenues récurrentes et persistantes dans les cockpits. Pour faire le point sur cette situation exceptionnelle, la compagnie a organisé ce mercredi 23 septembre une conférence de presse. Pierre Muracciole, président du directoire, et Hervé Pierret, membre du directoire, y ont détaillé les investigations en cours, ainsi que les mesures mises en place pour assurer la continuité territoriale.



Hervé Pierret, membre du directoire et Pierre Murraccioli, président du directoire ont tenu une conférence de presse pour faire le point sur cette situation exceptionnelle
Hervé Pierret, membre du directoire et Pierre Murraccioli, président du directoire ont tenu une conférence de presse pour faire le point sur cette situation exceptionnelle
Air Corsica traverse une zone de turbulences dont elle se serait bien passée. En quelques semaines, quatre ATR 72-600, puis un cinquième il y a quelques jours, ont été cloués au sol après des signalements répétés des équipages. Une situation exceptionnelle pour la compagnie, qui a tenu une conférence de presse pour tenir informer de la situation : « Quand vous avez plus de 70 % de votre flotte ATR qui est immobilisée, on appelle ça une crise majeure dans l’aérien », affirme Pierre Muracciole, président du directoire. 

À l’origine de cette immobilisation en cascade, des odeurs signalées dans les postes de pilotage. Un phénomène qui peut exister ponctuellement dans l’aviation, mais qui présente ici des caractéristiques inhabituelles. « À bord du cockpit, il y a des odeurs, ça arrive dans plein d’avions, mais ça dure 20 secondes et ça ne perturbe pas la conduite du vol », explique Hervé Pierret, membre du directoire.

Depuis la fin août, le phénomène est différent : « On a des odeurs récurrentes, persistantes et qui rendent incapacitante la conduite du vol. » La piste actuellement étudiée concerne le système de conditionnement d’air. Pour autant, la cause exacte n’est pas encore identifiée. Constructeur, motoriste, conception du circuit ou encore logiciel : plusieurs hypothèses sont étudiées. « Personne aujourd’hui n’est capable de dire si c’est telle ou telle cause. Il faut le prouver scientifiquement », insiste Hervé Pierret.

À Toulouse jusqu’au début novembre

Les cinq ATR concernés appartiennent à la même génération, livrée à Air Corsica entre novembre 2022 et août 2024. Quatre appareils sont actuellement à Toulouse : deux défaillants de la compagnie et deux du constructeur, utilisés pour mener les tests. Des dizaines d’ingénieurs du constructeur, du motoriste, des équipementiers et d’Air Corsica travaillent à identifier la « cause racine ».

La méthode consiste notamment à démonter certains équipements d’un appareil concerné et à les tester sur un avion de référence afin d’identifier progressivement l’origine du phénomène. « On en a jusque fin octobre voir début novembre pour comprendre », indique Hervé Pierret.

Cinq des sept ATR 72-600 d’Air Corsica sont aujourd’hui immobilisés, soit plus de 70 % de la flotte régionale
Cinq des sept ATR 72-600 d’Air Corsica sont aujourd’hui immobilisés, soit plus de 70 % de la flotte régionale
Une chose est en revanche certaine : aucun ATR ne revolera tant que le doute ne sera pas levé. « La meilleure sécurité des vols, c’est des mesures préventives et c’est les avions au sol », rappelle Hervé Pierret. « Quels que soient les conséquences économiques », la compagnie dit assumer cette décision.

Une continuité territoriale à préserver

Pendant ce temps, Air Corsica doit continuer à assurer ses liaisons. La compagnie utilise donc intensivement ses Airbus et fait appel à des transporteurs extérieurs. Trois appareils des compagnies Amelia, Air Caraïbes et Chalair sont actuellement affrétées. « Le reste est fait en moyens propres avec l’utilisation intensive de nos Airbus. On utilise tous les moyens pour faire en sorte que, du point de vue du passager, ce soit le moins pénalisant », explique Pierre Muracciole. 
 
L’objectif est aussi de préserver autant que possible les horaires et les fréquences. La compagnie recherche notamment des appareils de 70 à 100 places, plus adaptés aux rotations habituellement assurées par les ATR. 

Cette situation concerne directement la Collectivité de Corse, actionnaire majoritaire d’Air Corsica et partenaire de la compagnie dans le cadre de la continuité territoriale. Un conseil de surveillance extraordinaire s’est d’ailleurs tenu la veille de la conférence de presse avec les élus. « Nous leur avons dit où nous en sommes aujourd’hui », explique Pierre Muracciole. 

La compagnie assure par ailleurs disposer de la trésorerie nécessaire pour absorber cette période, notamment le coût des affrètements. « Cette trésorerie nous permet de faire face à ce genre d’événement », affirme le président du directoire. Pas question, à ce stade, de répercuter ces dépenses sur les passagers : « Il n’y a pas d’incidence à prévoir sur le prix des billets. »

Pour l’heure, aucune date de retour dans les airs n’est donc avancée. Les investigations doivent se poursuivre jusqu’au début du mois de novembre au moins, sans garantie sur la durée d’immobilisation des appareils. Reste désormais une inconnue : les deux derniers ATR encore en circulation connaîtront-ils, eux aussi, le même problème ?