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Assemblée de Corse : La dernière séance de Laurent Marcangeli


Nicole Mari le Vendredi 1 Juillet 2022 à 22:07

Le nouveau député de la 1ère circonscription de Corse du Sud et président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale, Laurent Marcangeli, a assisté, vendredi matin, à sa dernière session de l’Assemblée de Corse. Pour raisons de non-cumul des mandats, l’élu ajaccien garde ses mandats de conseiller municipal et communautaire et quitte ses mandats de maire, conseiller territorial et président du groupe « U Soffiu Novu » à l’Assemblée de Corse. Laurent Marcangeli a profité du débat concernant le projet de loi sur le pouvoir d’achat pour assurer le président de l’Exécutif de sa collaboration active et réaffirmé sa volonté d’être utile à la Corse. Il explique, à Corse Net Infos, que ses nouvelles fonctions nationales faciliteront les relations entre le gouvernement et l’île.



Laurent Marcangeli, nouveau député de la 1ère circonscription de Corse du Sud et président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale, quitte ses mandats à l'Assemblée de Corse. Photo CNI.
Laurent Marcangeli, nouveau député de la 1ère circonscription de Corse du Sud et président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale, quitte ses mandats à l'Assemblée de Corse. Photo CNI.
- C’est votre dernière séance à l’Assemblée de Corse. C’est un choix mûri ?
-  Oui ! Je l’avais annoncé pendant la campagne électorale. Je reste conseiller municipal d’Ajaccio et conseiller à la communauté d’agglomération du pays ajaccien. Le mandat municipal est à la base de tout. Ça a été mon premier mandat en 2008 dans l’opposition à Ajaccio. Aujourd’hui, je redeviens conseiller municipal après huit années d’exercice exécutif. L’attache, que j’ai à cette ville et à cette agglomération, ne se démentira jamais. Une attache sentimentale et affective que je ne peux pas mesurer tellement elle est forte ! Je pense aussi que ce mandat de base est particulièrement utile pour connaître les préoccupations de notre population. Je resterai dans ces responsabilités et essaierai d’accompagner le futur exécutif municipal et le futur exécutif intercommunal avec l’expérience qui est la mienne puisque j’en ai acquis beaucoup, mais également la vision que je peux avoir en étant élu national impliqué dans l’Assemblée nationale et doté d’une responsabilité importante en tant que président de groupe. Elle peut servir la Corse, mais également la ville de Ajaccio et la Communauté d’agglomération du pays ajaccien. C’est le vœu que je formule. L’action, que je mènerais, ira dans ce sens.
 
- Reste à trancher la nouvelle présidence du groupe à l’Assemblée de Corse. C’est un peu tendu ?
- Nous discutons avec mes collègues. Les choses vont se passer correctement. Tout changement implique des bouleversements, des remises en question. Ce que je demande et que j’ai dit à l’ensemble de mes collègues du groupe « U Soffiu Novu », qui m’ont accompagné pendant un an ici, est de ne jamais se désunir, de rester rassemblés comme nous l’avons été jusqu’à présent, de défendre les intérêts de la Corse avec le regard qui est le nôtre et de partager les responsabilités. Je pense que le partage des responsabilités, la confiance mutuelle sont des gages de réussite pour toute aventure humaine. Celle d’un groupe politique dans une assemblée élue en est une intéressante et parfois une difficile. Nous devons travailler au service des Corses et de la Corse, fidèles aux valeurs qui nous ont permis de faire en sorte qu’un Corse sur trois vote pour nous l’année dernière. Nous devons continuer à mener ce mandat jusqu’à son terme dans cet état d’esprit avec cette volonté pas seulement d’afficher un visage unitaire et travailleur, mais de l’incarner. Cela ne va pas trop mal se passer selon moi parce que l’intelligence collective de mes amis est bien plus élevée que parfois on pourrait le croire. Il suffit de se dire les choses et de travailler en bonne intelligence.
 
- C’est quasiment une première d’avoir un député corse président d’un groupe parlementaire. Quel est, pour vous, l’enjeu ?
- D’abord, c’est une deuxième puisque José Rossi l’a été entre 1998 et 2000 pour le groupe Démocratie Libérale. Dans le contexte actuel, c’est un signal concernant ma personne et surtout la Corse. Cela veut dire que l’on considère que des élus de ce territoire peuvent jouer des rôles au niveau national, ce que j’ai dit pendant la campagne électorale. Cela peut être utile dans la mesure où ma participation à la majorité présidentielle est de nature à dénouer un certain nombre de choses qui, malheureusement, ont empêché la Corse d’avancer correctement au cours de ces dernières années. Il faut que l’on soit davantage compris, que l’on ait un dialogue serein et apaisé avec l’Etat. C’est ce à quoi je vais travailler dans les semaines, mois et années à-venir.

Le groupe U Soffiu Novu à l'Assemblée de Corse.
Le groupe U Soffiu Novu à l'Assemblée de Corse.
- Cela prend un relief particulier dans le cadre des futures négociations sur l’autonomie. Avez-vous des informations sur la date de la réunion, une nouvelle fois repoussée ?
- Nous aurons une rencontre. J’ai fait savoir qu’elle doit être fixée le plus rapidement possible. Le processus de remaniement ministériel s’arrête en début de semaine prochaine. Le Président de la République est revenu de son déplacement à l’étranger. Il avait chargé la chef du gouvernement de faire des propositions, elle a consulté les présidents de groupes et de partis dans leur ensemble, particulièrement ceux de la majorité. Je lui ai parlé de la Corse pour ne pas la surprendre lorsque j’interviendrai en tant que président du groupe et surtout en tant que député de la première circonscription de Corse-du-Sud, notamment sur les problématiques liées au pouvoir d’achat avec un volet corse que j’avais annoncé pendant ma campagne électorale et que je ferai valoir en tant parlementaire. Ce remaniement peut être de nature à rallonger un peu les délais, mais tout est prêt pour que nous soyons reçus, une fois que cette période politique un peu compliquée sera derrière nous. J’émets en tous cas le souhait que nous puissions le faire, le souhait aussi que que mon ami, Christophe Béchu qui est, pour le moment ministre délégué aux collectivités territoriales, le restera, voire même sera renforcé dans ses fonctions, puisqu’il est secrétaire général du parti dont je suis membre, afin qu’il puisse avoir aussi un positionnement fort sur ce sujet. Les liens humains étant toujours très importants, je crois que ce serait facilitateur s’il était également en charge du dossier avec le Ministre de l’Intérieur qui devrait également garder cette responsabilité. Évidemment, je me rendrais à la réunion avec la délégation dans son ensemble pour porter un certain nombre de sujets, notamment la priorité absolue à une adaptation du paquet « Pouvoir d’achat-lutte contre l’inflation » à la situation réelle de la Corse en matière de carburants, de produits de première nécessité, de retraites. Il y a un travail particulier à réaliser en Corse dessus.
 
- Comment la Première ministre a-t-elle accueilli ce que vous lui avez dit ?
- Elle m’a écouté. Elle découvre un peu le sujet en matière économique et sociale, ses responsabilités ministérielles ne l’ont pas forcément mêlée à la situation spécifique de la Corse, même si elle avait connaissance des difficultés entre la Corse et le gouvernement auquel elle a participé pendant cinq ans. C’est un grand commis de l’Etat, elle a été au cabinet de Lionel Jospin. Lors du processus de Matignon, elle n’était pas très éloignée des arcanes ministérielles. C’est quelqu’un qui privilégie l’efficacité et qui aura un regard particulier sur la Corse. J’espère que ma fonction me permettra de faciliter les choses. C’est ce que j’ai dit au président de l’Exécutif corse publiquement et en privé, il n’y a pas de dichotomie entre les deux discussions. Je veux être utile.
 
- De quelle façon ?
- Il s’avère qu’il y a un président de l’Exécutif dont le mandat finira en 2028, si on garde ce calendrier. Je suis parlementaire pour cinq années, si ce mandat n’est pas interrompu par une dissolution, mon mandat de président de groupe devra également être conservé. Je crois pouvoir être utile à la Corse en tant que membre de la majorité présidentielle et avec la responsabilité qui est la mienne comme président d’un groupe membre de cette majorité. C’est quelque chose qui est de nature à aider la Corse et les Corses. En tout cas, c’est comme cela que j’entrevois mes fonctions à l’avenir et que je vais travailler, en discutant avec l’assemblée de Corse et son émanation qui est le Conseil exécutif. Quand on ne sera pas d'accord, parce que cela va arriver, on le dira très tranquillement, mais si on travaille sur certains sujets, les désaccords seront moins nombreux que les accords.
 
- Vous avez émis un doute quant à la possibilité d’obtenir des adaptations législatives au vu du passé. Pensez-vous que les choses peuvent changer ?
- La loi le permet. Il faut une volonté politique, c’est aussi simple que ça. Il faut pousser, faire preuve de beaucoup de persuasion, de constance, de calme et de méthode. C’est en tout cas ce à quoi je me suis engagé pendant ma campagne électorale et je le ferai en tant qu’élu. Le tout étant de donner de la suite aux idées et aux paroles. Je suis plutôt confiant, même si la situation est difficile. Les réserves sont aussi, avant tout, liées à la situation économique globale. L’État est dans une situation financière dégradée après les épisodes Covid et une cinquantaine d’années de budgets en déficit, soutenus par l’emprunt. Cette dette est une perte de souveraineté pour le pays, elle correspond aujourd’hui à des taux d’intérêt particulièrement élevés. Le gouvernement actuel et ceux qui lui succèderont seront confrontés à cette problématique. Les prévisions en matière de croissance ne sont pas bonnes, la côte de confiance en matière économique n’est pas au rendez-vous. Il faudra donc travailler pour recréer des chocs de confiance, de la croissance, de l’emploi et pas favoriser un système en crise économique permanente. En même temps, la situation exige une action de l’État pour venir en aide aux plus défavorisés parce qu’ils en ont besoin et que ce n’est que justice.

Le groupe Horizons à l'Assemblée nationale.
Le groupe Horizons à l'Assemblée nationale.
- La Corse, dans ce contexte de crise globale, n’est pas un sujet ?
- Non ! Je pense qu’elle doit l’être, comme l’ensemble du territoire. La Corse a un statut particulier, une situation économique, sociale et culturelle particulière, il faut le prendre en compte sans pour autant tout détricoter ou tout remettre en cause. Des arguments plaident pour que le gouvernement porte un regard particulier sur la Corse. Des arsenaux législatifs permettent un certain nombre de choses comme les adaptations législatives. À nous de le rappeler tranquillement et de faire valoir notre point de vue. Il faut avoir une vision globale, mais en même temps, il faut défendre les nôtres, c’est ce que je ferais en tant que parlementaire dans les mois et les années à venir.
 
- La situation en France est compliquée aussi au niveau politique avec un Parlement que certains jugent ingouvernable. Comment la voyez-vous évoluer ?
- Je fais partie de ceux qui considèrent qu’il faut toujours écouter ce que les Français disent lorsqu’ils sont consultés. Vous pensez, dès le début de l’installation des vice-présidents, des bureaux, des commissions de l’assemblée, que vous allez être bloqués, vous passez une semaine agitée, comme toute installation de l’Assemblée nationale… néanmoins les présidences et les vice-présidences ont été élues dans la pluralité des différents groupes politiques et dans le respect de ce que les Français ont voulu dire les 12 et 19 juin dernier. C’est aussi aux députés de faire la démonstration, quelques soient les horizons dont ils parviennent, de leur volonté de régler les problèmes des Français, en s’affrontant quand ils ne sont pas d’accord, mais aussi en acceptant de se mettre d’accord lorsque l’enjeu est de taille. Et Dieu sait s’il l’est ! Des amendements seront portés par des groupes qui se réclament de l’opposition, le gouvernement devra, à mon avis, en tenir compte lorsqu’ils sont frappés au coin du bon sens. Il faut une nouvelle méthode, une nouvelle façon de concevoir la loi et le Parlement. C’est, selon moi, une situation politique intéressante parce qu’elle remet l’Assemblée nationale au cœur du jeu, au cœur de la production législative et de la gouvernance. Le gouvernement dépend de l’Assemblée nationale. En ce qui me concerne, je ferai en sorte que les choses marchent et je ne pense pas être le seul à le vouloir.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 













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