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Assassinat d’Yvan Colonna : Les députés nationalistes rendent visite à son ancien co-détenu inquiet pour sa sécurité


Nicole Mari le Lundi 11 Juillet 2022 à 20:26

Les députés nationalistes corses, Jean-Félix Acquaviva et Paul-André Colombani, se sont rendus à la centrale pénitentiaire d’Arles pour rencontrer, à sa demande, Sébastien Mattei, en compagnie de son avocat Me Julien Pinelli. L’ancien co-détenu d’Yvan Colonna, qui était hospitalisé lors de l’assassinat de ce dernier par un autre détenu, dénonce ses conditions de détention et affirme craindre pour sa sécurité. Les deux députés corses en ont profité pour vérifier la version des services pénitentiaires concernant les circonstances de l’assassinat d’Yvan Colonna. Et pour eux, elle est sujette à caution. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Félix Acquaviva.



Photo archives.
Photo archives.
- Quel était l’objet de cette visite à la centrale d’Arles ?
- Nous avons été sollicités par la famille de Sébastien Mattei, détenu qui côtoyait quotidiennement Yvan Colonna et qui, depuis le mois de mai, est à l’isolement. Il est sous statut de DPS et a exprimé des craintes au niveau de sa détention. Il a voulu nous faire part de ses inquiétudes quant à son régime d’emprisonnement, notamment l’isolement auquel il est astreint. De plus, étant donné que nous allons présenter une proposition de résolution pour obtenir la création d’une Commission d’enquête parlementaire concernant l’agression mortelle d’Yvan Colonna par Franck Elong Abé le 2 mars dernier il était important que symboliquement, humainement et politiquement, nous retournions à la centrale d’Arles. D’une part, pour entendre ce qu'avait à dire Sébastien Mattei et écouter l’administration pénitentiaire sur son cas. D’autre part, pour retourner sur les lieux du drame, cette fameuse salle de sport où a été agressé mortellement Yvan Colonna. L’idée est de reprendre pied avec le positionnement des discours et leur confrontation sur les lieux à partir de ce que l’on se rappelle des auditions de l’ancienne directrice et de l’actuel directeur de la centrale d’Arles afin d’entamer le travail qui va nous conduire à l’impulsion de la Commission d’enquête parlementaire. Nous voulons faire toute la lumière sur ce qui s’est passé à Arles, le 2 mars dernier.
 
- Pourquoi Sébastien Mattei est-il emprisonné à Arles ? Par quoi se sent-il menacé ?
- Sébastien Mattei a été condamné pour plusieurs affaires de braquage. Cela fait trois ans qu’il est à la centrale d’Arles. Au moment de l’agression d’Yvan Colonna, il était hospitalisé et n’est revenu à la centrale qu’après les faits. Il a fait état d’un certain nombre d’incidents précédent l’agression, des incidents en termes d’agression et de menaces de mort qu’Yvan Colonna et lui-même ont subi de la part de certains détenus, mais aussi d’informations quant au comportement dangereux de Franck Elong Abé, qui était connu bien avant l’acte du 2 mars. Depuis, Sébastien Mattei a un sentiment diffus de danger et d’une défiance de l’administration pénitentiaire à son égard. Nous sommes allés vérifier cela en compagnie de son avocat, l’écouter et faire preuve de vigilance. Nous avons pu échanger avec l’administration pénitentiaire. Il serait bon que son statut de DPS soit levé pour qu’il puisse être rapproché à Borgu, ce serait la finalité.
 
- Vous avez également pu échanger avec l'administration pénitentiaire concernant l’agression d’Yvan Colonna ?
- Nous avons fait part de notre questionnement à l'administration pénitentiaire concernant les événements du 2 mars dernier et de notre volonté d’engager réellement une Commission d’enquête parlementaire. Autrement dit, nous leur avons expliqué que nous reviendrons avec un pouvoir d’investigation plus fort, dévolu par la Commission parlementaire, lorsqu’elle sera actée. Pour l’instant, notre approche s’est cantonnée aux questions que nous avions déjà posées lors des auditions menées par la Commission des lois. Le directeur de la centrale, Marc Ollier, n’étant pas là ce matin, nous avons été reçus par ses adjoints. Mais, comme je vous l’ai dit, nous avons surtout repris possession des lieux parce c’était la première fois qu’on y retournait, Paul André Colombani et moi-même, suite à notre tout premier passage le 27 janvier dernier. Autrement dit, nous n’étions plus retournés depuis l’agression. Nous avons pu nous refaire une idée des lieux, refaire les pas dans le couloir, regarder le positionnement des salles, notamment de la salle de vidéosurveillance, la façon dont elle fonctionnait, vérifier l’écran de contrôle, regarder la proximité entre les salles, là où y avait des témoins potentiels, évoqués en tout cas dans les auditions… Je réitère qu’à la lumière de ce que j’ai vu ce matin, il me paraît vraiment impossible, très peu probable en tout cas, que personne n’ait rien entendu de manière saillante quand on connaît les distances entre les salles et comment fonctionne un service de surveillance, sans compter les présences physiques humaines, soit de détenus, soit de gens ou de surveillants à proximité. C’est la confirmation de nos craintes ! Maintenant, il faudra aller plus loin dans le cadre de la Commission d’enquête parlementaire.
 
- Avez-vous des nouvelles de l’enquête administrative et de l’enquête judiciaire ?
- Notre visite, ce matin à la centrale d’Arles, avait aussi pour but de faire en sorte que l’engagement pris par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, le 16 mars dernier à Aiacciu et acté dans le compte rendu co-signé avec Gilles Simeoni, soit tenu. C’est-à-dire la publication de l’enquête administrative interne concernant l’administration pénitentiaire sur ce qui s’est passé à Arles le 2 mars, et la publication du rapport de l’Inspection générale de la justice. Ces deux rapports et l’enquête doivent aujourd’hui être portés à la connaissance des élus, de la famille d’Yvan Colonna, de ses avocats et du public. L’ancien Premier ministre, Jean Castex, s’était engagé à ce que ces rapports soient rendus publics au lendemain des élections législatives. C’est ce que nous demandons. Il y aura ensuite évidemment le travail de la Commission d’enquête parlementaire. L’idée est de la faire débuter lors de la session ordinaire de l’Assemblée nationale du mois d’octobre, elle devrait durer six mois.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.