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Alternatives aux pesticides : l’Université de Corse-CNRS, fer de lance de la recherche


Università di Corsica Pasquale Paoli le Dimanche 24 Novembre 2019 à 20:05

Dans le cadre d’un partenariat avec l’Areflec, l’Inter Bio Corse et l’Inra, l’Université de Corse et le CNRS ont mis sur pied un programme de recherche baptisé « Protect’Agrumes et autres productions végétales en Corse ». Son objectif : trouver des solutions biologiques alternatives aux pesticides pour la protection des cultures et en particulier la lutte contre les ravageurs.




Photo : Université de Corse.
Photo : Université de Corse.
Le combat contre les pesticides est engagé à l’Université de Corse. À l’heure où les pesticides chimiques classiques font l’objet de controverses, des chercheurs de l’Université de Corse / CNRS (Laboratoire Sciences Pour l’Environnement) réunis au sein du projet structurant « Ressources Naturelles » orientent leurs travaux de recherche afin de proposer des alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires dans l’île.

Dans le cadre d’un partenariat avec l’Association de Recherche et d’Expérimentation sur les Fruits et Légumes de Corse (Areflec), l’Inter Bio Corse et l’Institut National de Recherche Agronomique (Inra) Sophia Agrobiotech de Nice, un programme scientifique commun a débuté en septembre 2018. Intitulé « Protect’Agrumes et autres productions végétales en Corse », ce projet de recherche innovant, financé par l’Office de Développement Agricole et Rural de la Corse (Odarc) et la Direction de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de la Collectivité de Corse, résulte d’une demande de la filière agrumicole corse.

Ces travaux visent à répondre à un enjeu aussi simple qu’ambitieux : trouver des alternatives biologiques pour protéger les cultures et lutter contre les ravageurs en utilisant notamment la ressource végétale.
 Jean-Claude Ribaut, président de l’Areflec explique : « Cette démarche s’inscrit dans une vision résolument bio-environnementale. En associant différents acteurs qui agissaient jusqu’à présent de façon cloisonnée, ces recherches doivent nous permettre d’être plus proches des réalités du terrain et d’évoluer vers un modèle d’agriculture durable ».

Pour cela, des chercheurs de l’INRA de Sophia Agrobiotech de Nice, procèdent à l’élevage d’insectes spécifiques susceptibles de protéger les cultures sans utiliser de produits phytosanitaires. Pour la première fois conjointement, l’Université de Corse / CNRS, les professionnels et les acteurs de l’expérimentation et du développement agricole mènent ainsi des expérimentations et testent en grandeur nature des produits capables de doper la croissance de végétaux et de jouer un rôle d’herbicide et d’insecticide.

« Notre stratégie consiste à travailler sur des plantes présentes sur le territoire de la Corse pour trouver des actifs susceptibles d’être utilisés contre des nuisibles , développe Alain Muselli, professeur de Chimie au Laboratoire SPE de l’Université de Corse / CNRS, en charge du programme « Protect’Agrumes et autres productions végétales en Corse ». À terme, notre objectif est de transférer les connaissances acquises et les innovations technologiques vers les agrumiculteurs et d’élargir cette démarche à d’autres filières afin d’accompagner les initiatives pour tendre vers une agriculture raisonnée ».

Deux nuisibles sont particulièrement ciblés par les travaux de ce programme pour les dommages qu’ils engendrent : la tapinoma (Tapinoma nigerrimum), petite fourmi noire locale, ainsi que la mineuse des agrumes (Phyllocnistis citrella), principal ravageur sur agrumes dont la larve s’attaque aux jeunes pousses des arbustes. 

Sur l’ensemble de l’île quelque 500 agriculteurs sont aujourd’hui certifiés « bio » et exploitent plus de 24 000 hectares, soit 14 % des surfaces agricoles de la Corse. Si seulement 18 % des exploitations insulaires œuvrent sur un modèle de production biologique à ce jour, l’Inter Bio Corse observe une progression des conversions biologiques de l’ordre de 15 à 20 % par an.

« Le fait de trouver des nouvelles molécules efficaces contre certains ravageurs va certainement renforcer cette dynamique et favoriser les conversions biologiques d’exploitations , estiment Emilie Claudet et Charline Landerieux, respectivement coordinatrice et chargée de projet pour l’Inter Bio Corse. Par exemple, l’absence de solution pour certains nuisibles comme la mouche de l’olive freine actuellement le cheminement de la filière oléicole vers des démarches biologiques. De plus, si certaines cultures bénéficient déjà d’alternatives naturelles pour lutter contre les ravageurs, le programme Protect’Agrumes vise surtout à privilégier des solutions à base de plantes locales ».

Un critère qui rejoint d’ailleurs l’un des enjeux de ce projet de recherche : favoriser une forme d’autonomie insulaire en limitant l’importation de produits extérieurs, pour privilégier l’usage des matières issues du territoire corse dans une démarche d’agriculture locale et durable.




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